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Zero Absolu est un projet solitaire qui a germé dans l'esprit de Nak au printemps 2006. L'idée de départ, marquer toutes les idées qui arrivent le temps d'une minutes, tous ces petits moments de nostalgie, de mélancolie, voire de colère qui peut surgir dans l'esprit et les mettre en musique dans des morceaux aux ambiances intimistes. Le résultat est un hybride de (post)-rock/ambiant aux effluves électroniques et flagrances post-hardcore, mené sous la forme d'un one-man band qui devient duo lorsqu'il passe sur la scène. Rejoint pendant quelques dates par un vidéaste, en la personne de Lucas, Nak, qui reprend rapidement les commandes uniquement seul, développe alors le projet Zero Absolu comme quelque chose d'interactif et non plus uniquement typiquement musical. A l'été 2006, un premier maxi voit le jour sous la forme d'un CD de neuf titres intitulé La fuite, suivi à la rentrée 2007 d'un véritable premier album long-format : Du vide au néant. L'automne 2008 voit Zero Absolu participer à la prestigieuse compilation Falling down, aux côtés notamment de Pelican, Kylesa, Knut ou ASIDEFROMADAY. Fin 2009 paraît le deuxième effort du projet, un double-album intitulé Dans les bras de Morphée, suivi en 2011 par l'EP Eyjafjallajoküll. La même année : Zero Absolu enregistre son troisième album, Autømn, qui sort au début de l'année 2012.

Interview : Zero Absolu, L'interview absolue (janv. 2010)

Zero Absolu / Chronique LP > Autømn

Zero Absolu - Autømn Imaginons une nuit d'automne, pluvieuse et silencieuse, un paysage désolé enveloppé d'une brume au travers de laquelle on devine à peine les premiers contreforts des reliefs environnant, imaginons ensuite quelques esquisses mélodiques nous parvenant au loin, traversant le halo d'incertitudes pour laisser la place à une musique tantôt apaisée, tantôt plus écorchée, cette "First step", première piste du nouvel album de Zero Absolu, le bien nommé Autømn, par ailleurs accompagné d'un artwork particulièrement cinégénique et en même temps bien dans le ton de l'album. On reprend notre respiration.

"Home sick home" suit le déroulement de la bobine musicale du one-man band qu'est Zero Absolu pour distiller un (ambient)rock atmosphérique enveloppé d'une mélancolie pregnante et désenchantée, que vient rompre quelques instants plus tard "The hill", un titre assez proche des rivages ambient shoegaze metal d'un Jesu pour citer l'exemple évident qui vient à l'esprit lors de la première découverte du morceau. A la fois contemplatif et passionnel, parfois aérien, d'autre fois tellurique lorsque Zero Absolu alterne les passages les plus ambient metal de shoegazer et ceux flirtant avec les courant d'un post-rock aux tentations électroniques enlevées, ce nouvel opus jongle avec les genres comme les couleurs musicales. Après trois titres, on a les contours de l'univers de cet Autømn, un disque organique régulièrement changeant et porté par tout un tas d'influences, d'envies... parfaitement maîtrisées.

Que ce soit sur un "Hello darkness, hello gentle moon" ambient post-rock aux passages spoken word et aux fulgurances enragées, un "Autømn" foncièrement dub-rock au climax aussi intense que puissamment évocateur ; ou un "After her" schizophrénique, qui entre post-rock scintillant et rock hardcore abrasif, fait passer l'auditeur par tous les états, l'album évolue au grès des humeurs de son auteur. Des moments de (quasi) calme absolu ("Vertigos and confusions") aux poussées de fièvres les plus éruptives ("Lord of the unconscious"), lesquelles se laissent parfois bercées par quelques mélodies doucement (ou pas) plaintives ("Snowball aftertaste") et surtout une intensité palpable ("A kingdom without walls", "Season is falling") qui rythme Autømn pour lui offrir la dimension émotionnelle qu'il mérite. Un troisième album signé Zero Absolu pour une oeuvre un peu lunatique ("Strike it down"), fourmillant d'idées (parfois presque trop) mais s'offrant un grand huit sensoriel conclue à merveille par son ultime plage : "Amend grace's legacy". Peut-être moins abouti que Dans les bras de Morphée mais une bien belle réussite tout de même. Classe.

Zero Absolu / Chronique LP > Dans les bras de Morphée

Zero Absolu - Dans les bras de Morphée "La substance du rêve est la conscience d'un manque", M.Brion, Algues - 1976

Songes d'une nuit d'hiver que leur auteur a imaginé puis couché sur papier en s'abandonnant Dans les bras de Morphée, le deuxième album long-format de Zero Absolu se dédouble et se dévoile à nous le temps de deux livres : "Rêves" puis "Insomnies". Deux facettes d'une même histoire. Deux volumes indissociablement liés par ce qui fait l'essence-même de la musique du projet : la captation des émotions pures que reflète l'insomnie nocturne et ce mélange d'émotions, parfois paradoxales et contradictoires qui entrent en collision les unes avec les autres pour nous rendre tout simplement humain... vivant.
De "Mourir de sommeil" à "Le soleil se lève", le premier "livre" de Dans les bras de Morphée retrace donc cette nuit d'insomnie, parfois trop courte, parfois interminable, au cours de laquelle on se retrouve fatalement face à soi-même. Une musique cotonneuse et enveloppée de textures sonores clairs-obscurs dans laquelle l'auditeur vient se lover, s'abandonner et se révéler à lui-même, c'est à travers les dédales de ces rêveries noctambules que Zero Absolu parvient à nous transporter en apesanteur dans le royaume de Morphée. De là, on sent déjà, de par le travail sur les textes et la très fine construction des atmosphères que l'auteur essaie (avec un certain talent) de sublimer, qu'il est avant tout question ici de faire basculer l'auditeur vers un état de semi-conscience. "Aerosphere", "De sang froid", "Northern lights"... endormir pour mieux réveiller semble être le leitmotiv d'un album qui joue avec nos émotions pour mieux nous emmener là où il le désire.
Entre post-rock évanescent, noise troublante et electronica satinée, Zero Absolu se plaît à nous faire sombrer dans les abîmes de l'inconscience pour mieux nous bercer de quelques éclairs d'une lucidité rageuse emmenée par les crescendos éruptifs et lueurs de rage brute de "Highgate" ou "Impulsations". Une poésie lunaire transfigurant cette errance imaginaire qui nous fait traverser nos propres sentiments refoulés pour les faire rejaillir vers la surface, Nak conduit ainsi notre esprit embrumé à voguer entre rêve et cauchemar, entre douce euphorie et froid retour à la réalité... Même encore ensommeillé, l'esprit se retrouve pris entre la douce monotonie ouatée de "Northern lights" et "Peaux mortes" et les tourments d'un "17th Waltz" à la fois ombrageux et fascinant. Au terme d'un dernier "Rêve inachevé", encore mouvementé et parsemé de spoken word enfiévré, Zero Absolu boucle la première partie de son double album en nous faisant entrevoir les premières lueurs du jour sur "Le soleil se lève". Après l'ombre, voici la lumière et c'est sur une note post-rock mélodique mâtinée d'electro gracile que Nak conclue "Rêves", première partie de ce double album au concept aussi ambitieux qu'inspiré.

Deuxième volet de Dans les bras de Morphée, "Insomnies" prend la thématique générale de l'album et l'envoie valser contre les murs du studio en la transposant dans les conditions d'expression du live. De lumière, d'atmosphères propices à l'apaisement et de mélodies finement euphorisantes, il ne sera que très peu question ici ; et "Portes closes" instille clairement la sensation de malaise grandissant dans l'esprit de l'auditeur. Les bulles d'innocence éclatent et les riffs de guitare, lourds et tranchant dans le vif du sujet, viennent défoncer les "portes" jusque là "closes" de la psychée pour nous emmener dans les souterrains peuplant les soubassements du royaume de Morphée. Et "Quand dorment les anges" n'a dès lors plus l'air que d'un voile de fumée subtilement placé là par le maître des lieux pour embrumer un peu plus notre esprit. Ce, avant que "Wonderland" ne prenne une tonalité ouvertement plus rugueuse, alternant ainsi fulgurances déchirantes et faux moments de calme à la noirceur encore tapie dans l'ombre.
Mais lorsqu'il s'agit de "Défaire le monde" puis de "Passer le cercle à la plume", Zero Absolu démontre qu'il est fait "De sang chaud" et laisse sa musique se réfugier dans un post-hardcore éruptif sans concession. Compacte et viscérale, elle ne s'enferme pas pour autant dans les clichés du hardcore frontal et monolithique mais se veut plus insidieuse, plus organique que cela, se laissant également envahir par les effluves post-rock/electroniques déjà distillées sur le premier livre de Dans les bras de Morphée. Magistral. Zéro "Déjà vu" ici, Nak délivre des compositions qui traversent (non sans faire de sacrés ravages) le "Livre des insomnies" sans penser à "Demain", des textes acerbes sur la réalité du quotidien qui nous entoure : "les gens ne sont pas bêtes, ils ont juste la flemme d'utiliser leur cerveau", des ambiances désenchantées à l'image d'une société moderne qui se déshumanise toujours plus en accélérant le phénomène du repli sur soi : une forme d'égocentrisme poussée à l'extrème". Reflet de notre temps, peinture sans compromis mais inspirée, Dans les bras de Morphée est de ces albums difficilement dispensables, porteurs d'un propos, d'un constat, lucide et implacable ("Sainte Trinité"). Après le vide et le néant, Nak, architecte du projet Zero Absolu, nous convie aujourd'hui à explorer avec lui le monde des rêves en plongeant dans les abîmes de l'âme humaine et ainsi provoquer un début d'éveil des consciences. Bluffant. Un "must have"... absolu.

Zero Absolu / Chronique LP > Du vide au néant

Zero Absolu - Du vide au néant Du vide au néant, de la page blanche au disque finalisé, de l'esquisse de rêve à la réalité tangible et au milieu, vingt et un morceaux composant ce deuxième effort (après La fuite paru en 2007) d'un projet littéralement connecté à l'image. Car, plus qu'une "simple" entité musicale, Zero Absolu est donc un projet audio solitaire, sur lequel vient se greffer un travail vidéo, lui offrant le caractère interactif que l'on retrouve chez des groupes comme Ez3kiel ou Idem. Une relation à l'image intime, presque charnelle, que l'on retrouve ne serait-ce que sur l'artwork et à l'intérieur du digipack au travers de photos illustrant de panoramas clairs/obscurs à l'onirisme intemporel. Musicalement, Zero Absolu égrène une musique oscillant entre rock expérimental, post-rock métallique et électro suave qui, dès "A l'aube" distille sa poésie crépusculaire avec un sens mélodique qui n'est pas sans évoquer les travaux de Justin Broadrick sur Jesu (à découvrir également sur le très réussi "Ouverture des sens"). Samples parsemés ci et là, chant vaporeux qui se perd dans les brumes synthétiques ambiantes, guitares acérées, dynamique implacable nous enferma dans une spirale musicale complexe et envoûtante.
Zero Absolu joue sur les paradoxes et les contrastes, passant en un clin d'oeil d'une "Petite berceuse" doucereuse à un "Tuer parfait" vénéneux qui semble vouloir se glisser insidieusement derrière nous pour s'emparer de notre être. Rock électro industriel ravageur sur l'efficace et post-hardcore "Pas âgés clandestins", titre à la rage brute dont les hurlements déchirants éclaboussent les enceintes de leur propos aussi lucide que cinglant, ou (post)-rock scintillant mâtiné d'electronica délicat, Zero Absolu suit son propre cheminement musical, sinueux et introspectif, navigant à vue dans son univers à la noirceur palpable ("Caresser l'indicible", "La sève ne coule plus", "Plonger"...). Rythmiques percutantes, émotions à fleur de peau, entre douceur cotonneuse et éclairs éruptifs, Nak, l'instigateur du projet, joue sur les mots (l'excellentissime "Il déserte", "Vie d'ordure", "Les faits blessent"). Spoken word habité, arrangements finement ciselés pour servir d'habillage sonore à une toile musicale sur laquelle Zero Absolu dépeint le quotidien froid et déshumanisé d'un monde en déliquescence, enfermé dans ses futilités et son absence de sens des réalités. Malgré quelques écarts de conduite pas forcément indispensables (un "Spectacle de clowns" cynique mais un peu stérile, "Folie douce"...). Quand il ne voit par notre monde en noir et blanc, Nak, joue des dégradés de couleurs pour allumer la lumière au bout du tunnel et nous faire reprendre espoir (le très beau "Reveil de bonheur", le plus anecdotique "Ode à la sérénité"), avant de se laisser aller avec son piano sur un "Au centre de la lune" au ravissement post-classique de tous les instants. Album riche en variations et pépites sonores, Du vide au néant nous a déjà conquis en une quinzaine de morceaux, alors vient le moment pour lui de se sublimer sur "Artriste ?" puis "Mourir de fin", un 21eme et dernier tour de piste avant de mettre un point d'orgue à cet album en forme de véritable découverte... A suivre de (très) près.