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Biographie > la bande à Cuomo

Weezer c'est surtout son charismatique chanteur et guitariste Rivers Cuomo, c'est lui qui fonde le groupe à Los Angeles en 92, Patrick Wilson (batteur) fait déjà partie du combo, Matt Sharp en sera le bassiste jusque 1998, remplacé ensuite par Mikey Welsh qui laisse sa place à Scott Shriner en 2001. Quant au guitariste Brian Bell, il est quasiment un historique car Jason Cropper a quitté le groupe en 93, avant qu'il n'explose, même si on le retrouve crédité sur un titre du premier album éponyme Weezer que tout le monde appelle "le bleu" (ou the blue album). Un album qui sort au printemps 94 chez Geffen et qui installe dans nos têtes plusieurs hits ("My name is Jonas", "Buddy holly", "Undone - the sweater song", "Say it ain't so"...). Alors que le groupe surfe sur le succés, leur deuxième album, Pinkerton, ne cartonne pas, les références à un opéra de Puccini (Madame Butterfly) sont peut-être trop complexes pour l'américain de base qui préfère les mélodies simples à la "Why bother ?". A la fin de la tournée, le groupe disparaît de la circulation, incompris, les rumeurs de split sont légions... Et c'est tout "vert" qu'ils reviennent en 2001, the green album), le groupe pose toujours sur un fond uni et ne donne pas de titre à son opus, "Hash pipe" fait son petit effet mais le ressort est cassé et ceux qui avaient défendu Pinkerton ne retrouvent pas forcément un groupe qui enchaîne avec un Maladroit en 2002 comme s'il bossait à l'usine. En mai 2005 Make believe est un carton mais la fraîcheur a disparu, le quatuor reste fun au travers de ses clips, écrit de bonnes chansons mais on s'est habitué... A nouveau le groupe fait une pause, l'hyperactif Rivers Cuomo fait le beau à Harvard, sort un album solo (2007) et relance la machine Weezer avec un troisième éponyme sur fond rouge cette fois-ci, The red album déboule en juin 2008.

Weezer / Chronique LP > The green album

Weezer - The green album 5 ans : C'est le temps que s'est donné Rivers Cuomo pour nous donner une suite à Pinkerton, le second album de Weezer. C'est également le temps qu'il lui a fallu pour sortir de son mutisme en forme de régénération psychologique où il pansait les plaies de son ego blessé à la suite de l'accueil plutôt tiède réservé à Pinkerton. Entre-temps, sur la toile et les forums traitant de musique, l'album a progressivement fait son petit bonhomme de chemin dans le cœur des fans et chez les critiques qui ont rétroactivement fini par acclamer Pinkerton et lui donner ce statut d'album "à part" dans la discographie de Weezer.
A l'intérieur du livret de ce nouvel album, les américains annonce la couleur (verte ?) via une phrase qu'on vous laisse traduire "Torniamo all antico, e sarà un progresso", ce troisième album, intitulé The green album, se positionne donc dores et déjà comme un retour aux sources. Hypothèse confirmée également par l'artwork calqué sur celui du blue album : on y voit les Weezer dans une disposition un peu différente, presque à l'unisson et un Rivers Cuomo à l'allure revancharde armé de sa plus jolie guitare prêt à distribuer des rafales de power-pop. Au niveau de la musique, la donne est un peu similaire et évoque également un revirement d'orientation : les Weezer renoncent au son plus brut et rock'n'roll de Pinkerton pour une production plus polissée et retrouve également ce ton aseptisé qui évoquera le Weezer plus impersonnel de "Buddy Holly" que le Weezer en forme de journal intime de "Tired of sex".
Après autant d'années d'abstinence musicale, on aurait pu penser que le quatuor allait avoir un trop-plein d'énergie à dépenser, ce n'est pourtant qu'avec "Hash pipe" et son refrain provocateur ("Come on and kick me !") que Weezer déboîtera (au moins) une épaule de fan avec ce morceau particulièrement rentre-dedans pour un groupe de ce registre. Mais avant ce déferlement de guitares, ils nous auront offert une belle entrée en matière aux travers des chansons power-pop ("Don't let go", "Photograph") qui nous laissent à penser que la magie est encore bien présente et les américains maintiendront d'ailleurs cette illusion pendant encore quelques morceaux : "Island in the sun combine un Weezer terre à terre et bucolique avec une facette plus aérienne et avide d'espace tandis que "Crab" et son refrain simplet irrémédiablement accrocheur imprègne rapidement les neurones. Ensuite ? On a le droit a "seulement" de bonnes chansons de Weezer, des morceaux qui pâtiront éternellement de la comparaison avec ce début d'album dans un premier temps et ensuite avec le reste de la discographie du groupe : un peu comme si le groupe, qui n'avaient alors fourni que de la haute gastronomie musicale, avaient décidé de cuisiner simplement de la bonne bouffe sans prétention. C'est largement mangeable ("Glorious day") mais beaucoup moins délectable pour l'oreille de l'auditeur élevée au Weezer haut de gamme. Fatalement, le groupe a mis la barre tellement haute qu'on peine à imaginer qu'ils puissent ne seraient ce qu'égaler ces deux premiers formidables albums : une mission partiellement accomplie par The green album. Les Weezer renoue en partie avec la magie d'antan en nous offrant un album constitué de morceaux naviguant entre le très bon et ce qu'ils ont de mieux à offrir en terme de musique. Cet album vert est certes la moins bonne production du groupe à ce jour mais il ne démérite absolument pas dans la discographie du groupe. Un retour réjouissant.

Weezer / Chronique LP > Pinkerton

Weezer - Pinkerton Un album quasi-parfait constitué de tubes en puissance (le blue album), un clip drôlement sympa ("Buddy Holly" et son revival Happy Days) sur les CD d'installation de Windows 95 et surtout en heavy rotation sur la toute puissante MTV, ça a suffit à Weezer pour vendre son premier album par palettes entières et par la même occasion d'emmagasiner un capital confiance qui faisait sans doute défaut au groupe, surtout à son très introverti leader Rivers Cuomo. Deux après son fantastique Blue album, le quatuor revient avec un album plus ambitieux nommé Pinkerton, du nom d'un personnage issu de l'opéra Madame Butterfly. L'album ne traite pas à proprement parler de l'œuvre de Puccini, mais cette influence se traduit plutôt aux travers de nombreuses références (les thématiques abordées, dans les textes, les titres des morceaux ainsi que dans l'artwork) incrustées ici par le cerveau de Weezer.
Décomplexé, c'est le premier mot qui vient instantanément à l'esprit lorsque l'on écoute le premier morceau de l'album "Tired of sex" : Rivers met sa pudeur au placard et sa vie sentimentale à nu en nous parlant de ses multiples conquêtes lors des tournées avec son groupe, il ose des choses plus extrêmes en matière de chant, le ton général est plus mordant, la musique semble épurée pour gagner en urgence et enfin la production est beaucoup plus crue, moins enjoliveuse et léchée, presque garage. Elle donne un cachet quasi punk à un morceau qui permet de voir un Weezer sous des hospices très différentes mais carrément à leurs avantages. Les Californiens semblent vouloir s'émanciper de cette image trop collante de fan des Beach Boys qui auraient été élevés au hard-rock durant leur adolescence et ils vont continuer leur entreprise de déstabilisation de l'auditeur durant les 9 autres pistes de Pinkerton : "Getchoo" percute les tympans pour notre plaisir, "No other one" ralentit le rythme et se fait plus cajoleuse. Pour la première fois, Rivers Cuomo semble adopter le ton qu'il prendrait s'il parlait avec son meilleur ami : la proximité avec l'auditeur devient réellement palpable et demeure très touchante. "Why bother ?" accélère le rythme de nouveau et ré-adopte ce ton mordant alors qu'avec "Across the sea", cette proximité s'avère de nouveau présente puisqu'il s'adresse à une fan japonaise qu'il lui a écrite quelques années auparavant. Petit bijou power-pop, "The good life" concentre tous les éléments qui font une bonne chanson de Weezer : un riff simple, un refrain qui fait mouche et la voix douce-amère de Rivers. Avec son gargarisme introductif, "El Scorcho" semble être le morceau le plus léger de l'album et renoue avec le Weezer un peu futile et insouciant mais extrêmement rafraîchissant du premier album. Pinkerton est un album riche en nuances et diverse dans les émotions évoquées et il ne nous fera pas mentir sur sa conclusion. Si "Pink triangle" et "Falling for you" ne dépareillent pas dans l'univers de Weezer, c'est définitivement "Butterfly" et sa forme inédite qui (d)étonne : une guitare acoustique qui s'accouple avec la voix d'un Rivers Cuomo à fleur de peau, un morceau dénué d'artifices à la nudité tellement impudique que l'auditeur en viendrait presque à se boucher les oreilles : curieux sentiment lorsque l'on écoute de la musique.
Pinkerton est un album extrêmement attachant de par ses aspérités mais aussi de par un vocaliste/songwriter qui nous apparaît dans une dimension beaucoup plus humaine qu'a l'accoutumée. Rétrospectivement, le Blue album nous apparaît un peu impersonnel à coté de ce Pinkerton qui suinte la personnalité de son auteur. Cet album est aujourd'hui renié par son géniteur, le qualifiant d'album "hideux" et d'"erreur douloureuse s'étant produite devant des centaines de milliers de personnes". Bien heureusement, peu de personnes sont d'accord avec lui : Pinkerton est probablement l'un des meilleurs albums de Weezer à ce jour et incontestablement un petit chef d'œuvre à mettre à l'actif de Rivers Cuomo.

Weezer / Chronique LP > Weezer

Weezer - Weezer Certains albums sont difficiles à juger tant l'affectif et le contexte d'écoute rentrent en ligne de compte dans la formulation d'un avis global : c'est le cas du premier album éponyme de Weezer qui a été, durant les années 90, la bande-son d'une jeunesse adolescente qui s'abreuvaient au rock estampillé MTV.
Au vu de la pochette de cet album, il est assez aisé d'imaginer ce que sont les Weezer : le genre de types que les filles snobent dans les soirées de campus qu'ils préfèrent d'ailleurs esquiver pour revoir les relectures des aventures de Superman avec Christopher Reeves ou pour s'affronter sur des parties endiablées de Halo III sur la dernière console de jeux vidéos. Bref, des garçons plutôt gentils et inoffensifs. C'est pourtant avec un "My name is Jonas" direct et percutant, presque agressif, qu'ils entament cet album : guitare parfois grassouillette et massive, mélodie qui titille les conduits auditifs, voix "Peter Pan" qui semble ne jamais avoir à subir les affres de la maturité, alternance de passages rock bien enlevés et d'autres beaucoup plus pop dans l'essence, refrains sucrés addictifs qui vous donnent encore (et encore.) envie de plonger le doigt dans cette mixture hautement calorique. Une recette que le groupe de Rivers Cuomo saura appliquer à toutes les sauces avec une certaine constance dans la qualité des compositions qui semblent souvent faire la passerelle entre le passé et le présent d'un groupe très friand de nostalgie : ils n'hésitent ainsi pas à jeter un coup d'œil dans le (rétro)viseur avec un "Buddy Holly" au charme suranné où à rendre un joli hommage ("Surf Wax America") à un groupe mythique qui faisait des chansons sur le surf sans l'avoir jamais pratiqué (Rivers non plus d'ailleurs). Des influences assumées et rendues clairement identifiables par le groupe mais le Blue album, c'est également des morceaux imparables où les Californiens s'emploient à développer cette identité à grand renfort de tubes accrocheurs : "Undone-the Sweater song" et son final dissonant avec un piano démantibulé côtoie également la décontraction passagère de "Say it ain't so" (reprise par les Deftones, un gage de qualité) mais aussi le bouquet final "Only in dreams" de 8 minutes où les Weezer tiennent à faire durer les adieux avec une première partie pop délicate puis une montée d'énergie patiente pour exploser et retomber dans les bras de ce rock "radiophoniquement" correct qu'ils affectionnent tant. Epatant.
On octroie souvent le sobriquet de "bleu" à une personne en apprentissage, pourtant les Weezer font preuve de maturité à l'heure de ce premier album déjà exemplaire. En fait, c'est plutôt du coté du bleu de l'océan et du ciel vers lesquels ce disque lorgne : il a longtemps été la bande-son de l'adolescence, il est désormais devenu la bande-son idéale lorsque les températures daignent à augmenter un peu. Un must en matière power-pop et de rock calibré.

Weezer / Chronique LP > The red album

Weezer : the red album Weezer nous a tellement charmé avec ses deux premiers opus (qui semblent intemporels tant ils sont toujours agréables à écouter) qu'on attend chaque nouvelle livraison avec un peu d'impatience... "Un peu" car nombreuses furent les déceptions depuis Pinkerton. Et pour cause, jamais le groupe de Rivers Cuomo n'a semble en mesure de nous refaire fondre durant plus de 2-3 morceaux... Et ce sixième album ne déroge pas à la nouvelle règle... Weezer a perdu à la fois la spontanéité de The blue album et la profondeur de Pinkerton, ils écrivent de bonnes chansons, ont un talent remarquable pour trouver des mélodies mais l'ensemble manque d'homogénéité, il manque cette étincelle qui faisait que de la première à la dernière note on était embarqué dans leur(s) histoire(s). Là, on surfe sur différents thèmes, on saute d'une référence à un autre, clip aidant, l'énergique et ultra efficace single "Pork and beans" pourrait être écrit avec The Bloodhound Gang, "Everybody get dangerous" ressemble à du Red Hot Chili Peppers avant de se terminer en eau de boudin, "Automatic" a des allures grungy, "The angel and the one" est une ballade grandiloquente... The red album touche un peu à tout et finit par ne plus vraiment nous toucher ou alors par intermittence... Pour ma part, c'est la première partie de l'opus qui m'éclate, "Troublemaker" envoie la sauce, le ton et le flow de Rivers réactive les souvenirs et si la recette n'a pas trop changé, c'est que le résultat fonctionne. Un petit délire (notamment dans les voix) avec "The greatest man that ever lived (variations on a shaker hymn)", le fun est lui aussi un élément important chez Weezer qui adore dynamiter ses fins de titres comme ici. "Pork and beans" est le single idéal avec un clip fantastique. Alors que demande le peuple ? Que ça dure ! Et c'est là que le bât blesse car si "Heart songs", en partie acoustique, passe encore, le reste de l'album devient vite ennuyeux, changeant trop souvent de directions pour trouver de nouvelles idées qui au final ne ressemblent pas trop au Weezer que j'aime. D'autant plus que ça se finit par se calmer et qu'on perd peu à peu en énergie. Et ce n'est pas le titre bonus "The weight" qui redonnera du punch, reprise de The Band, le morceau a beau être un standard, il reste un peu vieillot et vu qu'Aretha Franklin, Bob Dylan, Grateful Dead, Travis et une dizaine d'autres l'ont déjà retravaillé, ça n'apporte pas grand chose.
En 2008, Weezer a 14 ans de plus et n'a pas uniquement changé la couleur de fond de sa pochette, nous aussi on a 14 ans de plus et on aimerait retrouver intégralement le groupe qui enchainaît les tubes comme les perles, putain de nostalgie ...