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Biographie > Sous le signe du V

Turzi est un groupe de Versailles mené par Romain Turzi dont les multiples références musicales sont à trouver notamment du côté du giallo italien (pays de ses origines), du rock psychédélique, de l'électronique voire de l'afro-beat. Porté par Record Makers (Sébastien Tellier, Kavinsky, Klub Des Loosers), le label co-fondé par les membres de Air, le son Turzi se répand une première fois en 2006 avec un EP intitulé Made under authority suivi l'année d'après par son premier album A. Vont se succéder au fur et à mesure une série d'EP, deux expériences électroniques en solo, des remixes (Phoenix, Wolfmother, Don Nino.), des ciné-concerts ("Métropolis" et "Nosferatu"), des BO et deux albums dont le petit dernier en date, C, sorti en mars 2015.

Turzi / Chronique LP > C

Turzi - C Turzi est un vrai maniaque. Après A en 2007 et B en 2009, il sort C, logique imparable pour un album dont chacun des neuf titres commence par un nom d'oiseau portant la lettre C. Une belle insulte à l'imagination, comme dirait notre ancien collègue Rémi. Et ce n'est pas son retour d'expériences au sein de Code Napoleon (groupe électro psyché dans lequel évolue avec lui Arnaud Rebotini et Kill For Total Peace) et sa revisite musicale du film "Nosferatu" qui ont fait perdre à Romain Turzi toute inspiration. Bien au contraire, son nouvel album a ce quelque chose de fascinant et de déroutant, une entrée dans un monde teinté d'onirisme psychédélique qui nous échappe un peu de prime abord tant les efforts entrepris dépassent le simple stade de la composition rock triviale avec ses couplets-pont-refrains. Et ce n'est pas pour nous déplaire, cela fait même un bien fou.

Pour élaborer cet aventureux C, la bande de Turzi s'est regroupée dans un lieu isolé, un sous-sol humide sans eau ni lumière entouré d'instruments pour la plupart vintage. Un environnement dont s'est imprégné son auteur, servant ainsi de toile de fond à ses expérimentations sonores les plus farfelues. A commencer par cette introduction ténébreuse et mystique dans laquelle la soprano Caroline Villain exerce tout son talent, un lyrisme céleste maîtrisé que l'on retrouve d'ailleurs sur toute la première partie de ce disque. Romain Turzi parvient à mêler à merveille ses influences, nombreuses soient-elles, si bien qu'en neuf titres son rock progressif teinté d'électronique peut, sans prévenir, devenir une musique de giallo à la Ennio Morriconne et Alessandro Alessandroni ("Colombe"). Quand ce n'est pas le "Condor" qui nous attrape pour nous déposer sur un terrain où Can et Fela Kuti se seraient fort bien entendus. Certains trouveront forcément dans la musique de Romain Turzi d'autres références musicales plus ou moins éloignées, comme la musique électronique 70-80's de Jean-Michel Jarre ou Tangerine Dream, ou celle des années 90-2000 d'Air ou Kavinsky avec qui le groupe est affilié par son label.

Les compositions difficilement étiquetables de C ne seraient rien sans ces arrangements minutieux qui leurs confèrent une certaine profondeur émotionnelle et une chaleur harmonique, surtout quand leurs humeurs à la fois angoissantes et salvatrices peuvent aliéner l'esprit. Voici donc un album chaudement recommandable pour ceux qui aiment se faire bousculer par les variations de styles et les beaux sons organiques et électroniques.