Tormenta - La ligne âpre Alors là attention, on a affaire à du très lourd, du sauvage, du virtuose, du "qui remet les idées en place sans prévenir", en clair, du labelisé "W-Fenec, même que si c'est recommandé par le zine aux longues oreilles, c'est que c'est forcément jouissif pour les conduits auditifs". Nom de code : Tormenta. Objet de la mission La ligne âpre, un album gorgé math-noise-rock'n'roll jusqu'à plus soif, liquidant l'auditeur en quelques sept pistes sonores d'une froide efficacité et lessivant les enceintes comme personne. Le modus operandi ? Implacable. "Pagan" pour dépoussiérer le matériel, "L'arche interne" pour se charger de la cible, les cinq autres morceaux pour ramasser les restes. On l'aura compris, ce duo-là fait dans l'efficace (le premier qui dit "et pas cher" s'en ramasse une...), concis, compact et d'une effrayante cohérence, de la première note au dernier quart de soupir. Entre les deux, c'est une déferlante de maîtrise formelle et de finesse d'écriture masquée derrière des torrents de riffs super-noïsique qui s'abat sur les enceintes, une intense démonstration de force et d'élégance racée un orage électrique à situer entre breaks sulfuriques et poussée de fièvre contagieuse, qui amène Tormenta a exécuter l'auditeur en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Songwriting foudroyant et mécanique de haute précision arrosée avec une dextérité diabolique ("Rituels et décadence"), presque chirurgicale, "Fêlure" est une arme de destruction massive non-conventionnelle et si le groupe emprunte parfois à des références de la trempe de Keelhaul et autres formations suiveuses d'un calibre évidemment moindre, c'est pour mieux imprimer sa marque (l'intense "La sensation du monde fantôme", l'éponyme "La ligne âpre"). A chaque nouveau titre, les duettistes parviennent à créer quelque chose de pas si commun en terme d'excellente, tout conservant une ligne directrice clairement assumée ("Ubris"), et Africantape (Aucan, Shipping News, Ventura) de démontrer qu'à chaque nouvelle sortie, au passage livrée ici dans un très classe digisleeve, il entre de plus en plus dans le petit milieu très fermé des labels indépendants qui compte sur le vieux continent.