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Tad / Chronique LP > God's balls

TAD  - God's Balls 1987, Seattle, une figure de la scène rock locale bosse dans son coin, il s'appelle Tad Doyle, il est boucher et son quintal ne passe pas inaperçu. Fan du métal des seventies et des sons crados qui commencent à se faire entendre, il grattouille et essaye de chanter ses chansons. Il apporte ses démos au studio Reciprocal où Jack Endino a enregistré le Screaming life de Soundgarden et le Dry as a bone de Green River. Un single composé de deux titres, "Ritual device" et "Daisy", sort chez Sub Pop, le label local qui a signé les deux groupes précités et qui, en ce 1er août 1988, sort également un single de Mudhoney. Le lascar capitalise sur son prénom pour donner vie au projet, ce sera donc Tad et des potes viennent lui prêter main forte pour défendre ses morceaux sur scène. La mayonnaise prend et ils retournent en studio pour enregistrer un premier album qui sort en mars 1989 : God's balls. Cet album était devenu une rareté quasi introuvable, comme les autres disques parus chez Sub Pop, ils sont aujourd'hui réédités. En bonus sur ce premier album cultissime, on a le fameux single et même une version démo de "Tuna car". En plat de résistance, on a donc cette première œuvre de Tad avec ce chant gueulé souvent mal tenu, une batterie sur laquelle on frappe fort, des riffs hachés, un son de distorsion bien crade, bref, une collection de titres pas sexy pour deux sous, carrément poisseux qui ne ressemble ni à du rock, ni à du hard rock (comme on dit à l'époque), ni à du punk. En 1989, le mot à utiliser est celui qui colle à la peau de Green River : grunge. 15 jours après édité un split single Tad/Pussy Galore (un des premiers groupes de Jon Spencer), le 15 juin Sub Pop met sur orbite un autre groupe qui sort aussi un premier album : Nirvana qui est allé enregistré Bleach chez Endino (au passage, c'est lui qui remasterise le tout)... Et tout ce que tu entends sur ce Bleach est déjà sur God's balls, certes Tad n'a pas un "About a girl" pour draguer mais pour le reste, on en est assez proche. Non, le groupe de Kurt Cobain n'a rien inventé... Pouvoir facilement se procurer ce premier opus de Tad aujourd'hui permet donc de remonter le temps et de se replonger dans une époque et une ambiance particulière, de revivre le tournant des années 90 avec ces jeunes groupes qui ont enterré les années 80 et transformeront bientôt le monde musical sans forcément le vouloir. Je n'ai plus de lecteur K7, et de toute façon les K7 doivent être usées, donc cette réédition est un petit miracle. Parce que oui, les beuglements de "Behemoth", les déchirements inaudibles de "Cyanide bath" ou la pseudo mélodie de "Hollow man" font partie de l'histoire du Rock.

Tad / Chronique LP > Salt lick

TAD - Salt Lick Pendant que Sub Pop continue de signer des groupes devenus cultes (L7, Fugazi, Les Thugs, Dinosaur Jr, Unsane, Rollins Band...), Tad part en Europe accompagner Mudhoney, on est fin 1989 et le groupe du blondinet Mark Arm prend également dans ses valises Nirvana, s'il est évident que Mudhoney assure la tête d'affiche, chaque soir, c'est à pile ou face que Tad Doyle et Kurt Cobain jouent pour savoir qui ouvrira la soirée. En rentrant au pays, Tad enregistre de nouveaux morceaux avec Steve Albini, un producteur qui s'est fait remarquer en façonnant la couleur musical des Pixies, de The Jesus Lizard et des Pussy Galore, les Breeders n'ont pas encore sorti leur album, mais Albini a déjà mis sa patte sur leur son également, il continuera ensuite de marquer les groupes par son style (Helmet, PJ Harvey, Nirvana pour In utero pour être trente ans plus tard une icône). Salt lick est donc un six titres aux sonorités plus travaillées, ça reste du grunge mais c'est plus propre, déjà plus pro. En février 1990, la chaîne alternative encore "avant-gardiste" qu'est MTV censure Tad, elle ne fera pas la même erreur plus tard, profitant largement du succès de "Smells like teen spirit". En attendant, les deux groupes tournent ensemble à travers les États-Unis puis la bande de Kurt part en avril enregistrer des titres chez un certain Butch Vig. Pas mieux organisé mais plus froid au rendu (même remastérisé par Endino), cette réédition de Salt lick est enrichie du titre "Damaged" paru plus tôt sur le split mais également de "Loser" et deux autres morceaux sortis sur des singles.

Tad / Chronique LP > 8-way santa

TAD - 8 way santa Indissociable de l'histoire de Nirvana, celle de Tad continue avec Butch Vig aux manettes pour enregistrer 8-way santa. Cet album sortira le 15 février 1991 bien avant Nevermind (en septembre 1991, mais la sortie a été retardée du fait de la signature chez Geffen) histoire qu'encore une fois, Tad devance ceux qui deviendront les stars du grunge (alors qu'ils auront presque toujours fait les mêmes choix). Ce 8-way santa est bien plus coloré (surtout si tu as l'album avec la pochette d'origine...), plus travaillé, plus mélodique, moins brut de décoffrage, Tad écrit des chansons et ne fait plus qu'enquiller des riffs sauvages, cette évolution se poursuivra par la suite mais comme la vague grunge les aura fait signer sur une major, certains fans le verront comme une trahison... Le titre qui ouvre cet opus, c'est "Jinx", son gimmick et sa structure très pop accompagne Tad Doyle au générique du film "Singles", une comédie romantique qui vaut surtout pour sa liste d'acteurs (Stone Gossard, Jeff Ament, Cameron Crowe, Chris Cornell), Bruce Pavitt, Jerry Cantrell, Matt Cameron, Sean Kinney, Layne Staley, Kim Thayil, Eddie Vedder...) son ambiance (la pluie...), les lives du Seattle grunge avec la bande-son la plus excitante de 1991-1992 (Alice in Chains, Pearl Jam, Mother Love Bone, Soundgarden, Mudhoney, Screaming Trees, Smashing Pumpkins sur l'album de l'OST mais aussi Jane's Addiction, The Pixies, R.E.M., The Cult, Public Enemy...). D'autres morceaux comme "Delinquent" ou "Flame tavern" sont encore plus cools, plus aérés, plus faciles à écouter et à chantonner, des bluettes saturées qui marquent davantage les esprits. En plus des treize titres, on peut en écouter quatre dans leurs versions démos, l'inédit "Nuts 'n' bolts" qui n'est pas si mal et deux B-Sides ("Pig iron", "Eddie hook") un poil plus transparentes. Bref, mis à part le single "Salem" / "Welt", tout le Tad de Sub Pop est dispo en CD (et en vinyle) au format cartonné avec un poster et des interviews données récemment (en anglais).

Un must have pour tout fan de grunge qui se respecte. Et peut-être que ça donnera des idées à d'autres pour qu'on puisse avoir toute la discographie de Tad... Mais pas sûr que ce genre de préoccupation soit celle d'une major qui ne soutiendra pas le groupe qui sortira encore deux LPs, continuera de tourner (notamment avec Soundgarden alors au meilleur de sa forme) et disparaîtra peu à peu. Doyle créera deux autres groupes (Hog Molly et Brothers of the Sonic Cloth), Kurt Danielson (bassiste inamovible) jouera dans Valis avec des potes de Screaming Trees et Mudhoney. Quant à Gary Thorstensen (guitariste de ces années bénies), il remontera sur scène avec Tad pour fêter les 25 ans de Sub Pop en 2013.