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Subskin > Interview / Dans la peau de Subskin (oct. 2005)


Combo rock originaire du Nord de la France, Subskin nous a sévèrement déboulonné les écoutilles avec son rock indé à fleur de peau et ses mélodies pop accrocheuses, alors forcément on n'a pas pu s'empêcher d'un discuter un peu avec eux via un petit échange de mails et une interview devenue, entre-temps, fleuve.


Racontez-moi un peu la naissance du groupe et le parcours de ses membres avant de former l'entité Subskin.
Daphnée : J'ai rencontré Pierre par hasard en mars 2004. Il jouait dans un groupe et cherchait une chanteuse. Je me suis rendue à une répète et ai tout de suite été acceptée. Pierre et moi avons dès le départ été sur la même longueur d'ondes, aussi bien sur le plan musical que relationnel. Une réelle complicité s'est installée, et de là, nous avons composé à deux. Le groupe s'est disloqué au fil du temps car les autres membres du groupe n'avait pas la même ambition que moi, celle de porter les compositions hors d'une salle de répète. Adrien, qui débutait à la basse et cherchait un groupe pour améliorer son jeu, est arrivé en décembre 2004 pour remplacer notre premier bassiste. Wladys, le dernier morceau du puzzle, est arrivé en avril 2005. Je le connaissais du lycée, d'ailleurs ma première expérience de groupe, c'était avec lui. Le groupe qu'il avait depuis quatre ans s'est dissolu, et il cherchait désespérément des musiciens : j'ai frappé à sa porte au bon moment ! Voilà c'est vraiment à partir de là que Subskin est né.

Parlons un peu de Echoes of a chimerical world, votre EP : pourquoi ce titre ?
Adrien : (à Daphnée) Oui allez, explique-nous, je ne sais même pas ce que ça veut dire ! (rires)
Pierre : Bien que ça ne soit pas moi qui ai imaginé ce titre, je pense qu'il reflète parfaitement l'ambiance que l'on crée. Les chimères symbolisent le rêve, l'imaginaire. Notre musique en serait un écho, une infime partie.
Daphnée : Exactement. J'ai trouvé ce titre en écrivant "Toxic alchemy". Selon moi, il résumait l'ambition de cet EP : faire écho à un monde imaginaire, imaginé, sans cesse ébranlé par de puissantes émotions.

Comment se sont déroulés l'écriture de la démo et son enregistrement ? Qui fait quoi au sein du groupe du point de vue processus de composition ?
Pierre : L'enregistrement s'est déroulé cet été : ça nous a pris une vingtaine de jours. Pendant la première semaine, nous avons enregistré les parties batterie avec un kit, tranquillement. La deuxième semaine, nous avons effectué les prises de son chez Adrien, pour la basse, la guitare, et le synthé. Il ne nous a fallu que quelques prises pour le chant, j'ai réalisé le mixage final sur PC en sept jours. Jusque récemment, je composais la musique dans son ensemble et j'enregistrais une démo basse - batterie - guitare sur PC. Une fois l'instru en main, Daphnée pouvait tranquillement composer la mélodie du chant et y poser ses textes. Enfin, en répète, Adrien et Wladys peaufinaient, personnifiaient leur partie.
Wladys : Les chose sont pas mal évoluées depuis : tout le monde participe, propose ses idées ou conteste celle de l'autre : c'est un vrai travail de groupe. Chacun apporte ses propres influences et son bagage musical, pour qu'à la fin, le tout fusionne.

Entre les mélodies plutôt pop légères et aériennes d'une part et les riffs rageurs alliés aux rythmiques épileptiques d'autre part, votre coeur balance de quel côté ?
Adrien : A choisir, j'opterais pour le riffs rageur, le côté très énergique voire agressif : c'est ce qui nous permets de nous défouler et de développer notre jeu de scène.
Wladys : Je suis ouvert à tout donc au final assez partagé : j'aime autant les mélodies planantes que les riffs énervés. Je ne peux pas trop choisir, car l'alternance de ces deux styles, c'est aussi ce qui fait le charme de Subskin.
Pierre : Ca dépend de l'humeur du moment, et de ce que Daphnée souhaite : elle arrive toujours à nous persuader de faire ce qu'elle a en tête, et ça marche (rires). A la base, je suis plutôt réfractaire au métal, à l'émo, mais Daphnée m'a ouvert l'esprit. Adrien et Wladys m'ont aussi énormément inspirés par leur jeu.
Daphnée : C'est difficile comme question. S'il fallait choisir, j'opterais pour les riffs rageurs, pour le côté émo car ça me pousse à chanter avec les tripes, à atteindre mes limites. Cependant ces riffs pop reviendront toujours inconsciemment : c'est lié à nos influences, à tous ces artistes qui ont fait notre éducation musicale, et nous ont imprégnés. Quoi qu'on fasse, leur touche continuera à transparaître dans nos morceaux.

L'intro d'"Ego fight" n'est elle pas un peu un hommage à l'une des références que vous revendiquez (en l'occurrence Rage Against The Machine) ?

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Pierre : Non, pas directement. A la base, ce riff est inspiré de Muse : mais bon, sachant que Matthew Bellamy a été extrêmement influencé par Tom Morello, on peut trouver l'origine des similitudes avec Rage.
Daphnée : Il faut savoir que quand on revendique RATM comme influence, on ne prétend pas faire une musique qui se rapproche de la leur. On essaie juste de citer honnêtement les groupes qui ont forgé notre identité musicale. On me parle souvent de PJ Harvey, ou de The Gathering en entendant ma voix. Pourtant, j'avoue ne jamais avoir écouté . Tout ça pour dire que les gens peuvent nous comparer à des groupes que l'on ne connaît pas, et être surpris par nos réelles influences.
Vous citez également Radiohead comme l'une de vos influences au sein du groupe : que pensez vous de l'évolution de la musique du groupe depuis sa formation dans les années 90 ?
Pierre : J'ai appris à jouer de la guitare au son de Johnny Greenwood. Son style de jeu transparaît fort dans mes compositions, mais les autres membres du groupe m'ont poussé à écouter d'autres groupes, à m'ouvrir l'esprit et à dépasser mes préjugés. Mon jeu s'est alors à la fois amélioré, mais aussi diversifié. Cependant, Radiohead reste le modèle que j'aimerai suivre, car ils ont toujours su se réinventer, et surprendre.
Daphnée : Chaque album de Radiohead est une transformation, voire même une renaissance. Jamais ils ne tombent dans le cliché ou n'exploitent le filon qui marche : ils savent prendre des risques et sans cesse se réinventer.
Toujours à ce propos, vous ne cachez pas certaines influences, évidentes lorsque l'on pose une oreille sur votre musique, pourtant vous parvenez toujours à faire en sorte qu'elles ne soient pas trop encombrantes. Vous avez conscience de ça ou ça se fait instinctivement ?
Wladys : J'en ai conscience oui : mais je trouve intéressant le fait de créer son propre style en pêchant quelques breaks ou riffs de nos groupes fétiches.
Daphnée : Je dirai les deux. En fait, au moment de composer, on esttellement plongés dans le morceau qu'on n'a pas assez de recul pour se rendre compte de l'éventuelle ressemblance avec un autre morceau. C'est une fois le titre finalisé, une fois qu'on peut l'entendre dans son ensemble qu'on devient objectifs. En ce qui me concerne, j'ai toujours été attachée au fait de s'éloigner le plus possible de nos influences, pour qu'elles ne nous étouffent pas. J'ai toujours voulu qu'on crée, qu'on invente, pas qu'on reprenne la recette qui marche et faire du sous Muse, ou sous Radiohead : on n'aurait aucun mérite, ni aucun intérêt à faire ça. Cependant, à notre stade, ce n'est pas évident : il nous faut encore un peu de temps pour trouver nos marques, nous connaître, je reste très positive et confiante là dessus : on évolue sans cesse, et croyez moi, la suite s'annonce très surprenante (rires).

Daphnée, on a déjà dû te parler de ton chant, qui distingue également le groupe sur la scène rock française, d'où te vient cette voix si "particulière" ? Quelles sont tes influences au niveau vocal ?
Daphnée : Tout d'abord, merci ! Car qualifier ma voix de particulière, c'est un des plus beaux compliments que l'on puisse me faire (rires). Je ne pourrais pas expliquer comment m'est venue cette voix : tout ce que je peux dire, c'est que j'ai toujours été attachée au fait d'avoir ma propre personnalité. Et puis, je n'ai jamais pris de cours de chant, j'avais peur que cela soit trop académique, trop formaté. Je suis consciente des nombreux défauts que comporte ma voix : j'essaie juste d'exploiter ces défauts de manière à en faire des particularités, voire des atouts. Sinon, concernant les influences, j'ai été marquée par des voix masculines surtout. Je n'ai découvert Björk, Beth Gibbons et Janis Joplin que très récemment. J'ai appris à chanter au son des vieux albums de Queen (en particulier Sheer heart attack et A night at the opera) : ça a été le déclic. Plus tard sont arrivés Matthew Bellamy bien sûr, et Chino Moreno, dont j'ai tiré l'envie de dépasser mes limites émotionnelles et physiques.

Si Echoes of a chimerical world est une première démo, le titre final "Explicit / Illicit" est plutôt étonnant de maturité, que pouvez-vous en dire ? Quel est votre morceau, non pas préféré, mais celui que vous considérez comme étant le plus abouti de cet EP ?
Daphnée : J'ai pu remarquer lors des concerts que les gens étaient captivés au moment d'"Explicit / Illicit" : pour être honnête, cela nous dépasse complètement. On n'a jamais pu savoir pourquoi, car on n'a jamais considéré ce titre comme la chanson phare du groupe. Je crois que cela tient au fait qu'il y ait une montée dans l'intensité, jusqu'au final. Pour moi c'est un peu une montagne russe : on alterne les couplets calmes et les refrains saturés, en passant par une coupure presque mystique, pour s'envoler vers un final au bord de l'explosion. Cependant, je reste très insatisfaite de mon chant là dessus, c'est un concentré de toutes mes faiblesses vocales. Sinon : quel est le titre que l'on considère comme le plus abouti ? "Toxic alchemy" sans hésitation : c'est notre titre le plus personnel et le plus mélodique.
Pierre : Au niveau de l'instrumentation, j'opterais aussi pour "Toxic alchemy". Mais "Double o seven them" reste celle que je prends le plus de plaisir à jouer, et à entendre.

Parlez moi un peu de l'artwork, à la fois élégant et mystérieux de Echoes of a chimerical world ?
Daphnée : C'est assez difficile d'expliquer la réalisation de cet artwork, car je l'ai fait assez instinctivement, sans but précis. Le fond, c'est un autoportrait réalisé il y a longtemps. Je cherchais un modèle mais personne ne voulait se prêter au jeu, alors j'ai fait ça moi même. J'ai réussi à ressortir une expression qui collait bien au titre de l'EP: une expression absente, rêveuse voire même indifférente à ce qui se passe autour. Quand au fond bleu gris, je l'ai fait par hasard, et j'ai trouvé ça pas mal. J'ai proposé l'artwork final aux autres membres du groupe, qui l'ont tout de suite adopté.

Quels sont vos projets maintenant que votre première démo a été
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finalisée ? Des concerts je suppose... Et après ?

Daphnée : Cette première démo est un peu pour nous un outil promotionnel, un moyen de se faire connaître du public et de faire circuler notre nom. C'était aussi un test : on voulait voir si les radios accepteraient de nous diffuser, comment les critiques recevraient Echoes of a chimerical world. Au final le résultat est assez encourageant pour une première maquette sans prétention. On a tiré pas mal de leçons de cette petite expérience, maintenant notre but et d'aller plus loin, de mieux faire, notamment au niveau des compos et du jeu de scène.
Adrien : Notre ambition principale c'est la scène : on va donc essayer de trouver plus de grosses dates, de monter des projets avec d'autres groupes, de jouer hors de la région pour faire circuler le nom de Subskin le plus loin possible.
Pierre : On se donne le maximum de moyens pour se faire entendre, sans oublier qu'il faut subvenir à nos besoins à côté. On essaie de concilier la musique, et le boulot qui nous assure un niveau de vie décent et nous permets de continuer à jouer de la musique : on prend ça tellement au sérieux qu'on a pas envie de tout lâcher sur un coup de tête, et que tout se casse la figure. On est dans une phase assez difficile, celle où tu dois faire tes preuves en tant que musicien, celle aussi où tu t'efforces de passer de la vie de "Monsieur tout le monde" à la vie d'artiste.
Daphnée : On est conscients de toutes ces difficultés mais on essaie de les concilier avec nos ambitions et les portes qui s'ouvrent à nous. Concrètement, je vois dans l'avenir des scènes plus importantes et la sortie d'un EP plus personnel, plus mature et plus travaillé. Enfin un contrat avec un petit label serait la cerise sur le gâteau.

Qu'écoutez vous comme musique en dehors de vos compositions ? Vous êtes plutôt indie rock un peu comme ce que vous composez, metal hardcore, post rock aérien, électro, indus?..
Pierre : Ca varie : en fait je marche par phases. Il y a les classiques comme Radiohead, mais aussi Royksopp, Faultline, Unkle, Sneaker Pimps. Ca marche aussi selon les concerts que l'on va voir : on est allés voir Ghinzu plusieurs fois cet été, du coup j'ai beaucoup écouté. Tout cela a ensuite une répercussion sur les compositions.
Adrien : Je suis assez éclectique : je peux passer de Merzhin à Marilyn Manson sans problème. Sinon j'aime beaucoup les Gauff Au Suc, le jazz et les Red Hot Chilli Peppers.
Wladys : Moi c'est pareil, je suis très ouvert musicalement, j'écoute un peu de tout. Mais mes classiques restent KoRn, U2 et RATM.
Daphnée : Ce que j'écoute chez moi reste assez rock : Massive Attack, Mud Flow, Deftones, RATM, Queen, Portishead, Bjork. Mais j'aime piocher des CD un peu partout et me retrouver à écouter du Tom Waits, du Team Sleep et enchaîner avec du métal hardcore.

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Votre site internet, relooké récemment, est plutôt bien fait. Que pensez vous de cet outil et de son utilité pour le groupe à court et long terme ?
Pierre : Ce site a été très bénéfique pour le groupe, et pour plusieurs raisons. Tout d'abord, ça a été un coup de pub monstre : on a diffusé l'adresse un peu partout, et par ce biais, beaucoup de gens ont pu découvrir notre musique, la télécharger, et donc la réécouter, ou la faire circuler. Ca a créé le bouche à oreille. Et puis, le net ne connaissant pas de frontières, notre public ne se limite pas aux gens de Lille.
Daphnée : Personnellement, j'attache beaucoup d'importance au design du site : il faut qu'au premier coup d'oeil, les gens soient séduits, et ressentent l'état d'esprit de Subskin.

Que font les membres de Subskin lorsqu'ils ne jouent pas de la musique ?
Wladys : Je suis étudiant en informatique, Adrien en communication, Daphnée en anglais, et Pierre bosse dans les télécommunications.
Daphnée : Même sans jouer de musique, nous consacrons le plus gros de notre temps au groupe. Pierre s'occupe du site internet, Adrien et moi faisons beaucoup de communication pour sortir Subskin de l'ombre. Sinon, j'écris beaucoup, je vais voir d'autres groupes en concert, et réfléchis sans cesse au jeu de scène, aux lumières, aux tenues de scène.

Sujet d'actualité et donc question fréquemment posée aux premiers concernés, les artistes : que pensez-vous du développement exponentiel du téléchargement illégal et de sa parade légale (type iTunes, Virgin Méga...)?
Pierre : Il faut avouer qu'à notre niveau, c'est l'idéal, car nous n'avons pas les moyens de presser 10 000 albums, ni de distributeurs ou de labels. Le téléchargement nous offre la possibilité de diffuser largement notre musique, sans freiner le public par l'achat. Je pense qu'en tant qu'artiste débutant, non connu, nous sommes loin d'être perdants.
Adrien : Oui, c'est vrai. Même à une échelle plus importante, pour les groupes bien présents sur le marché, c'est aussi bénéfique, car si tu aimes vraiment un groupe, tu achètes son disque. Pour moi, ça reste un coup de publicité monstre : c'est ce qui va me permettre de connaître un groupe, et d'avoir envie d'aller à ses concerts.

La traditionnelle question "carte blanche" maintenant : quelle est la question (stupide éventuellement) que je n'ai pas posée et à laquelle vous auriez aimé répondre ?
Pierre : Comme c'est notre première vraie interview, on reste très satisfaits des questions posées. Mais s'il fallait en trouver une autre, elle porterait sur la manière dont chacun a appris son instrument.
Daphnée : C'est vrai que tes questions sont pertinentes et on a un peu de mal à trouver mieux (rires). Alors à quelle autre question j'aurais aimé répondre ? Peut être : que pensez vous de la scène rock actuelle ? Quel groupe considérez vous comme le plus prometteur ? Ou encore : quel artiste, ou quelle personne vous a donné envie de faire de la musique ?


Merci à Daphné, Pierre, Adrien et Wladys de nous avoir fait confiance et d'avoir répondu aussi longuemment à cette interview.

Crédits photo : subskin.fr

Aurelio
Novembre 2005

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