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Interview : Stonebirds, Into the fog... and the interview (fév. 2016)

Stonebirds / Chronique LP > Time

Stonebirds - Time Dans le numéro 22 nous avions déjà salué le premier opus des bretons de Stonebirds. La qualification de « stoner froid » qu'on leur avait accolé à ce moment-là reste toujours aussi pertinente avec ce deuxième superbe album qu'est Time. Mais là où Into the fog... and the filthy air peignait de vastes paysages celtiques et venteux, Time s'ouvre comme un bulletin météo annonçant une mer agitée.

En effet les guitares se font régulièrement plus belliqueuses et telluriques en lorgnant vers le sludge. On dénote à plusieurs reprises sur ce nouvel album des tendances extrêmes (chants gutturaux, down-tempo) qui ne s'affirmaient pas autant sur son prédécesseur.

Résultat : on se retrouve avec une grosse épopée aux accents chamaniques et ensorceleurs. Les ambiances sont mieux travaillées a tel point qu'on imagine aisément l'intro de "Blackened sky" devenir la B.O d'un film fantastique. Cette envie très visible de prendre le temps pour développer les atmosphères a poussé le groupe à tirer vers un rock progressif passionnant. Et même si certaines transitions sont aussi brutales que dans un album de Metallica, le mélange entre la brutalité et la finesse des mélodies fait passer la pilule.

Time n'est pas de ces albums avec qui l'on couche le premier soir et demandera probablement un peu de temps pour se faire apprivoiser. On pourra toujours y redécouvrir des détails ou des sonorités qui nous avaient échappés. On notera d'ailleurs que tout en gardant sa maîtrise et son style personnel Stonebirds est venu emprunter à ses cousins hexagonaux. On retrouve par exemple Glowsun dans les guitares clean aux accents orientaux (d'ailleurs leur dernier album aussi comporte le mot « Time », hasard ? Je ne crois pas !).

Une fois de plus on s'inclinera également devant la prod, toujours aux antipodes des canons du genre. Christope Chavanon réussit en effet l'exploit de faire sonner le groupe de manière « live » tout en lui donnant un espace immense à remplir de son son granuleux. On comprend encore mal comment des riffs aussi lourds peuvent sonner de manière aussi légères et fines, mais ça marche.

Les Bretons confirment donc leur entrée dans la galaxie des groupes de rock inspirés par Marie-Jeanne qui font la pluie et le beau temps (enfin surtout la pluie) en France. Aux cotés donc de Glowsun ou encore d'Abrahma.

Stonebirds / Chronique LP > Into the fog... and the filthy air

Stonebirds - Into the fog. and the filthy air Seuls des Bretons pouvaient inventer le Stoner « froid ». Alors qu'on est plutôt habitués à écouter sans arrêt les mêmes riffs en shuffle avec les mêmes prods toujours aussi mats et brillantes que des Cadillacs, ce nouvel album de Stonebirds prend à revers. Une agréable surprise donc qu'est ce troisième album qui voit le groupe emprunter un nouveau chemin stylistique beaucoup plus vaporeux et bruitiste, et donc plus personnel, qu'auparavant.

Là où les morceaux de Kyuss soufflaient un vent chaud et chargé de sable, ceux de Stonebirds charrient un vent glacial chargé d'embruns déchirés par d'immenses mastodontes de granit. Oui, Into the fog... and the filthy air fait partie de ces albums qui semblent dessiner des grands espaces. Paradoxalement on a malgré tout l'impression d'être avec le groupe dans le studio au moment de l'enregistrement.

A l'instar de leurs collègues parisiens d'Abrahma, le chant se fait lointain et évocateur, presque saisi à la volée dans une tempête rythmique rugissante. Au cours de ce voyage, ni trop court ni trop long (35 minutes), l'auditeur traverse plusieurs climats, ambiance et zones de turbulences, toujours guidé par des mélodies mélancoliques et épiques qui se dévoilent au fur et à mesure dans de superbes structures progressives qui prennent leur temps sans jamais pour autant exagérer les choses. A ce titre le morceau d'ouverture est un excellent plaidoyer de la nouvelle marche que compte suivre Stonebirds pour le restant de l'album, révélant notamment un magnifique moment de lumière qui perce les nuages avant de s'engager sur une grande et pachydermique chevauchée.

Le groupe sait maintenir la tension et l'attention jusqu'à la fin de son album, jalonné ici et là de quelques surprises en terme de sonorités (le clavier fantomatique sur "Into the fog", le chant qui change régulièrement de registre) sans parler des nombreux climax qui transcendent régulièrement l'ensemble. Grâce à sa composition, mais aussi à sa production super aérée et atypique, Into the fog... and the filthy air échappe au travers de l'album ultra compact et roboratif, et donc parfois indigeste. Ici au contraire on a l'impression d'avaler du stoner-doom sans trop d'efforts, tout en redécouvrant des aspérités et des détails enfouis à chaque nouvel écoute.

Stonebirds vient de gagner dignement sa place parmi les grands groupes stoner d'une scène française qui en a décidément beaucoup à revendre. Que ce soit sur le plan purement musical que sur le plan visuel, comme le prouve le magnifique artwork de cet album qui doit justifier à lui seul l'achat du vinyle. Enjoy !