rock Rock > The Somnambulist

Biographie > Un son à dormir debout

Trio franco-italien basé à Berlin (c'est aussi ça l'union Européenne), The Somnambulist lance ses activités avec l'aide d'Amaury Cambuzat, frontman d'Ulan Bator et créateur du label Acid Cobra Records (V13, Chaos Physique). Le groupe est formé de Marco Bianciardi, multi-instrumentaliste, ancien activiste de la scène rock avant-gardiste italienne ayant été batteur d'Elton Junk, chanteur d'Hotel Ambiente et guitariste de Caboto ; Rafael Bord, avant tout connu pour être violoniste des Hurlements D'Léo mais également joueur de oud pour le trio Anna Khanda ; et le batteur-percussionniste Marcello Busato des formations Infinite Monkey Show, Sink et du trio Els Vanderweyer. C'est dans la capitale allemande que les inclassables The Somnambulist ont enregistré leur premier album, Moda borderline, sorti en mai 2010.

Review Concert : The Somnambulist, L'étrange concert (Sept. 2013)

Interview : The Somnambulist, L'interview éveillée (Sept. 2013)

The Somnambulist / Chronique LP > Sophia Verloren

The Somnambulist-Sophia Verloren Auteurs il y a trois ans de Moda borderline, un premier album à l'élégance rare, les Berlinois de The Somnambulist poursuivent leur trajectoire aventureuse (cf. pochette) avec Sophia Verloren, confirmant ainsi les excellentes impressions que nous avions eu à leur égard à l'époque et à quel point cette formation est décidément hors-norme. Car cette entité représentée par des membres aux nationalités multiples (italien, français, allemand, belge, néo-zélandais) brassent également différents backgrounds musicaux (rock, jazz, classique et klezmer) qui confèrent au groupe son aspect si particulier. Les limites de The Somnambulist deviennent de moins en moins visibles avec ce nouvel effort qui arpente en huit titres des espaces sonores situés autour du post-punk, du rock vague à l'âme et du folklore d'Europe centrale. Le tout avec la manière et une classe déconcertante.

Ce qui marque d'entrée chez cette troupe, c'est son habileté à poser des ambiances antinomiques et à insérer des éléments de nature discordante ensemble, à entrainer des confusions de genres pour en tirer in fine une substance qui fonctionne admirablement et qui attise la curiosité. D'abord, il y a cette voix rauque, presque énigmatique, et captivante de Marco Biancardi venant griser ce tableau kaléidoscopique. Une vocalise qui s'oppose à celle argentine d'Albertine Sages sur "A daisy field", morceau à la mélodie enivrante en mouvement circulaire. Cette chanteuse, faisant partie de la longue liste des invités du trio originel pour cet album, marque son empreinte également sur le final feutré et jazzy "Monday morning carnage". Une illusion lorsqu'on fait face au reste des titres à la tension palpable de ce Sophia Verloren.

Parlons dans un second temps de l'apport conséquent des instruments et de la mise en place du décor sur lequel Marco pose sa voix. Comme une chimère dans le royaume de Morphée, la musique de The Somnambulist possède la singularité d'utiliser des panels sonores issus d'autres styles que le rock classique (violon, theremin, piano, vibraphone, sax alto, scie musicale...) créant, par la même, des atmosphères troublantes comme sur "...And the snow still falls", mais pas que. Si le violon de Rafael Bord domine un peu les débats, c'est pour insuffler ce vent de liberté qui rend ce groupe tant insaisissable. Faite de lentes progressions orchestrées ("My own paranormal activity"), de rythmes effrénés accompagnés de guitares au style tarabiscoté (deuxième partie de l'excellente "Dried fireflies dust") et autres engrenages inextirpables ("Steam"), ce Sophia Verloren est un véritable casse-tête, un chemin caillouteux sur lequel l'auditeur ne fera jamais de sortie de route car cohérent de A à Z.

PS : Vu que les mots me manquent pour vous donner l'envie d'écouter ce chef d'œuvre (osons le mot), je vous conseillerais peut-être la chanson éponyme qui selon moi représente le mieux l'album de par les déclinaisons de son hétéroclisme. Bonne écoute !

The Somnambulist / Chronique LP > Moda borderline

The Somnambulist - Moda borderline Les ingrédients, cela est indispensable pour arriver à ses fins (faims ?) et prendre du plaisir par la suite. Le disque aussi. Ce midi, c'est The Somnambulist, un trio rock stupéfiant de Berlin composé d'Italiens et d'un Français (l'ex-violoniste des Hurlements D'Léo). Original, non ? Enfin, tant que la musique l'est, c'est le principal. Avant d'appuyer sur "play", je sors tout : le chocolat, les œufs, les ustensiles comme le fouet (NDR : je suis dans ma cuisine là), les deux saladiers pour séparer les jaunes des blancs. Parce que ce n'est pas une fois les doigts englués d'ovalbumine que je vais dégueulasser le trackpad de mon Mac. Soyons sérieux.

"Red carpet" démarre. Un tapis rouge ? Sympa l'accueil ! Toi, tu veux être le premier à la goûter !!! Bref, j'accroche de suite, la batterie qui marque le pas, le violon qui fait son effet, les grattes incisives, l'envolée et tout. Bonne pioche ! Je casse ma tablette de chocolat dans le saladier sur l'air d'un "Don't you want to devour this war ?" dérangeant. Mais qui est cet homme qui chante ? Tom Waits ? Arno ? Il me donnerait presque envie de me délecter d'un whisky et de crapoter un cigare, ce con ! J'ouvre le micro-onde pour faire fondre mes carrés de chocolat préalablement imbibés d'eau et là, ca s'emballe complètement. Vraiment dérangeante cette chanson. A peine je ressors mon saladier de chocolat fondu que je retombe avec "Luce" sur la voix obsédante de ce gars. Cela m'effraie un peu, mais comme je suis fan des premiers dEUS, je suis blindé. Je ne cèderai pas. On dit toujours "jamais deux sans trois", je m'en fout, je suis concentré sur l'opération la plus délicate : la séparation du jaune et du blanc d'œuf. Faut pas se tromper, le jaune va avec le chocolat fondu et le blanc reste à part dans un saladier vide. Tiens, avec ces conneries, je viens de zapper le titre éponyme de cet album. Comment s'appelle-t'il déjà ? Ah oui, Moda borderline. Ce titre, c'est comme sa musique, difficilement compréhensible. Encore un truc d'italiens parlant de nana "borderline" ? Je demanderai l'explication à Cactus à qui je pense en écoutant cet album d'ailleurs. Un gars qui a la voix éraillée sur une musique énigmatique, ca ne peut être que pour lui. Je mélange mon chocolat fondu et mes jaunes sur le rythme effréné de "80's violence" en reniflant les relents de cette exquise mixture. Tout d'un coup, voilà que mon chat essaie d'attirer mon attention pendant que je laisse reposer mon mélange. A l'instar de l'aventureuse et non moins post-rockeuse "Quinto mistero della Gioia", je lui dégote un truc auquel il ne s'attend pas : une boite de sardines coincées entre les huiles et les aromates. Tranquille désormais, je vais pouvoir passer à l'étape suivante, la plus éprouvante : faire monter les œufs en neige. Une pincée de sel dans le liquide visqueux et c'est parti. Je tiendrai exactement la même cadence que la noisy "Go is not a good shot" vibrante à la fois par sa tranquillité et sa folie, un peu comme si les Melvins rencontraient Sonic Youth. Du lourd quoi ! Faut faire des pauses ou ralentir avec le fouet, la crampe n'est jamais loin si on veut faire son malin. Je verse les œufs en neige (c'est d'actualité en plus) dans l'autre saladier par intermittence et mélange avec délicatesse à l'aide d'une spatule. Je pose de fines lamelles de chocolat dessus en guise de touche finale. Voilà, ma potion va pouvoir se reposer pendant trois à quatre heures dans le frigo. Pour cela, je lui laisse en fond sonore le dernier titre de l'album, "Alice never". Ce sera parfait.

Cette recette aurait très bien pu s'appeler la Moda borderline mais on lui a donné le nom de "Mousse au chocolat". Peu importe le nom en fait, puisque les deux ont une saveur unique et se digère carrément bien.