sgm_in_glorious_times.jpg Ceux qui avaient apprécié le rock complètement barré de Grand opening and closing aimeront In glorious times... que les autres soient certains de pouvoir passer leur chemin sans se retourner, ils n'aimeront pas plus ce nouvel album que les précédents. A l'image de son artwork, brouillon, déconstruit et bordélique pour les uns, labyrinthique et foisonnant d'idées pour les autres, le troisième album de Sleepytime Gorilla Museum poursuit sans l'ombre d'un doute l'oeuvre entamée avec Grand opening and closing, à savoir rechercher de nouveaux formats musicaux, de nouveaux mélanges de sons, de nouvelles émotions à travers des expériences sensorielles exigeantes et originales. Cathartique, la musique de SGM est définitivement inclassable. Quelque part entre "Mike Pattoneries" et fulgurances King Crimsoniennes, elle est une sorte de tragi-comédie du chaos, une symphonie underground qui ravage nos certitudes, une ode à la démence artistique qui maltraite nos émotions et comprime nos sens.
Sleepytime Gorilla Museum aime plus que tout déconstruire les formats habituels, bousculer les conventions pour surprendre, décevoir, enthousiasmer, créer... Peut importe que l'on aime tout (ce qui va quand même être difficile...), l'idée directrice est de proposer une alternative à ce qui pré-établi en faisant appel à l'ouverture d'esprit. Du déluge hétéroclite de cuivres, de dissonances, le tout porté par le lyrisme époustouflant de "Companions", au metal apocalyptique et ultra-speedé d'un "Helpless Corpses Enactment" qui ne pourra qu'évoquer le monstre Meshuggah ; en passant par "Puppet show" et son univers évoquant l'oeuvre des Dresden Dolls, mais dans une variante un peu déviante comme si on avait pris un morceau du duo punk-cabaret et qu'on l'avait désarticulé puis réassemblé un peu à l'emporte-pièce après avoir égaré le mode d'emploi, le groupe ose tout et ne cherche pas à ménager notre confort auditif. SGM ne se pose aucune limite, quitte à sortir complètement des sentiers battus et à égarer l'auditeur, le groupe prône le mélange des genres comme seule alternative au formatage préfabriqué, alternant les styles, variant ainsi les plaisirs en allant d'un "Angle of repose" lunaire et rêveur, jusqu'à un "Formicary" funky et fulgurant. La musique du groupe est difficile à cerner, encore plus à expliquer à moins d'avoir deux mois de stocks de Prozac d'avance chez soi, mais le résultat est là, mélodique, dissonant, acoustique, électrique ou dodécaphonique... Frank Zappa n'est sans doute plus très loin et nous sommes parfois complètement largués.
Certes titres peuvent sembler innaccessibles, voire abscons, le groupe n'en a cure et poursuit sa route contre vents et marées, ralliant toujours plus d'amoureux de musique expérimentale à sa cause. Vouloir chercher l'originalité à tout va, c'est une intention louable, se perdre en conjectures abconses n'a plus aucun intérêt, Sleepytime Gorilla Museum parvient brillamment à éviter l'écueil de l'intellectuel arty chiant et du poncif nombriliste débordant de prétention. Le résultat, une sorte d'avant rock brouillon mais jouissif, est inventif et fourmille de subtilités et quelque soit le point de vue extérieur, évolue, avance sans le moindre compromis. Chapeaux quand même...