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Biographie > End of a Year vs Self Defense Family

End of a Year Actif sous ce pseudonyme entre 2003 et 2011, End of a Year, formation rock/punk/post-hardcore basée à Cohoes, New York (USA) un peu hors-norme aura comptabilisé pas moins de 2 démos, 3 albums (Disappear here - Oneohfive Records/Losingface Records, 2004 ; Sincerely - Revelation Records, 2006 et You are beneath me - Deathwish Inc., 2010) et (surtout) une dizaine d'EPs très courts et splits collaboratifs (avec Adorno, Kids Explode...) qui ont notamment fait sa réputation de formation à part, ce en seulement huit ans de carrière. Une autre de ses particularité, outre le fait de développer une musique qui s'affranchit régulièrement des codes du rock, du punk ou du (post)-hardcore est d'être un projet (ou plutôt side-project pour ses nombreux membres) à géométrie variable. Une grosse vingtaine de musiciens ayant participé End of a Year ou à sa suite, qui voit le jour en 2011, lorsque les têtes pensantes du projet décident de le rebaptiser Self Defense Family.

Un deuxième groupe voit alors le jour, d'aucuns parleront d'émanation directe, de suite logique, une "sequel" à l'américaine osera-t-on, mais le rythme ou l'esprit qui anime le projet ne change guère. Pas plus que la productivité, SDF livrant en l'espace de 4 année une nouvelles flopées de singles vinyls, EPs au même format (le très remarqué You are beneath her) ou splits collaboratifs (avec Code Orange Kids, Goodtime Boys ou Tiger Jaws notamment). Toujours signé Deathwish Inc. (chez qui sortent notamment les 3 volumes des Island Series intitiées par le groupe), ce qui ne l'empêche pas de livrer de petites productions parallèles par l'intermédiaire de divers labels indépendant (Family Drugs, Harm Reduction Records, Run For Cover Records, Topshelf Records) avant de livrer aux toutes premières lueurs de l'année 2014 l'album Try me.

Self Defense Family (End of a Year) / Chronique LP > Try me

Self Defense Family - Try me Il est ici question de rock noisy hardcore sur-tendu et (volontairement) étouffé. Une harangue DIY propulsée par les bonnes grâces de l'écurie Deathwish Inc. cherchant à rendre un peu moins confidentiel quelque chose qui sans cela, resterait un peu dans l'ombre de cette griffe musicale que l'on qualifiera ici d'atypique. Racée et renvoyant l'auditeur à une douce exploration de la scène des 90's (Jawbox, Fugazi et autres Quicksand en tête), elle exhal(t)e une douleur pernicieuse solidement ancrée dans l'épiderme, une mélancolie vrillant l'âme de ses auteurs et une dynamique à fleur de peau... ("Nail house music", "Tithe pig").

Parfois un peu trop dans l'économie d'effets ("Turn the fan on") - mais peut-on réellement leur en vouloir ? - Self Defense Family n'en demeure pas moins vénéneux. Et addictif. Surtout quand ils font grimper la tension nerveuse de quelques crans (d'arrêt) avec "Apport birds" ou "Aletta" oubliant toute forme de concession pour provoquer la réaction émotionnelle : viscérale. Décidément prêts à tout pour conserver leur indépendance de ton, les Américains s'autorisent un peu tout (et parfois des trucs un peu étranges) comme cet "Angelique one" consistant en une longue tirade de spoken word sans aucune musique (ni guère d'utilité) ou le très pop-rock et étonnamment easy-listening (pour du Self Defense Family s'entend.) "Mistress appears at funeral".

Pas de prise de risques réelle possible chez les ex-End of a Year dans la mesure où l'essence même du groupe est de jouer les funambules, de se poser en contre-pouvoir marketing. Et toujours sur la corde raide, n'hésitant pas à ferrailler contre le vent, n'effleurant les contrées mélodiques que pour en déconstruire les codes usuels ("Fear of poverty in old age"), Self Defense Family ne cherche, au travers de ce Try me, qu'une seule chose : l'abrasion sensorielle, la fusion d' émotions brutes et qui prennent littéralement aux tripes, sans un regard pour le conformisme (l'incandescent "Weird fingering", "Dingo fence" et ses mantra gorgés de colère intériorisée). En somme, tout ce qui fait de cet album ce qu'il est : soit une œuvre exigeante et anti-consensuelle au possible. Parfois à la limite de l'anachronisme, souvent empreinte de résignation cinglante et d'une mélancolie sourde, expulsée de la manière la plus maladive qui soit. Toute en violence à peine contenue...