Compilation Noise to the Bone 16 titres qui sentent le souffre et la cendre pour une compilation réunissant huit formations (à raison de 2 morceaux chacune) parmi les plus fines lames des scènes indie rock/noise hexagonale et transalpine... En l'occurence, Royal McBee Corporation, Beckfords, Dupek, Josh, Poutre d'un côté, et les italiens de Fuh, Io Monada Stanca et Treenhorn (pour faire court, les représentants de l'écurie Canalese Noise Records) de l'autre. On s'attend donc à du rock turgescent et lorsque les bien-nommés Poutre démarrent les hostilités, on se rend compte qu'on va en prendre pour notre argent. Déjà, pour s'appeler Poutre, fallait le faire et assumer. Mais après s'être enfilé "Priape" deux ou trois fois de suite dans les conduits auditifs, on doit bien admettre que le cocktail math-noise rock'in hardcore des arlésiens, façon mix entre Condense, Unsane et Portobello Bones, fait de sacrés ravages dans la tuyauterie. Quasi instrumental, mais ouvertement sulfureux, fugacement hardcore mais constamment sous très haute tension, le groupe démontre une première fois qu'il en a sous le manche de gratte. Après "Vixen", deuxième titre des sudistes à figurer sur Noise to the bone, on est déjà addicts. Que dire du débarquement bruyant mais impromptu du power-trio Dupek sur notre platine ? Que c'est de la trempe d'un brulôt rock furieux et déjanté, du genre où le spoken-word amuse la galerie pendant que les guitares déboisent tout en arrière-plan... On ne serait alors pas bien loin et "I'm just the big f****" confirmera l'impression ambiante : à savoir que le groupe est juste là pour faire cramer les amplis, se foutant royalement des supposées modes que véhiculent le rock avec un grand R. Ici, c'est brut de décoffrage, noisy à souhait, pressurisé comme personne et ouvertement DIY (le simplement efficace "Run run run").
On passe alors la frontière et on s'arrête dévorer du regard une jolie italienne avant de se prendre une bonne rasade de décibels avec (un truc de) Fuh. Deux titres tout en discrète saturation, deux morceaux bordés de mélodies vénéneuses et un distillat musical en fusion permanente. On n'est plus très loin des cultissimes Shellac et le résultat s'avère incandescent. On continue notre exploration de cette petite compile décidément bien sous tous rapports avec la claque... pardon LA baffe : Treehorn et son "Monogamia" mélangeant stoner gras et post-HxC dévastateur entre Akimbo, Keelhaul, Don Caballero et les Melvins. Confirmation de cet état des lieux avec le jumeau du premier titre : "Pisces, not fish". Après les découvertes, place à la confirmation Royal McBee Corporation, qui avec "The race" et "50 cts" emplissent l'atmosphère d'électricité foudroyante et démontrent que quoiqu'ils fassent, ils sont toujours sur le fil du rasoir, à jouer les funambules, pour toujours retomber dans leurs riffs... à l'image de leurs compatriotes de Beckfords. Ceux-là même qui distillent à froid un abrasif condensé de stoner noise au feeling post-hardcore sur "Le diable au corps" et son groove imparable ou "My opinion on a battle", titre échevelé embarqué dans une frénésie rythmique aux pulsions palpables. Entre-temps les Josh ont pris la peine de poser deux mines à fragmentation avec "Lady" puis "Between my finger". Mélange corrosif et hautement toxique de Sonic Youth, Refused, Doppler et Converge, le tout passé dans le mixeur pour affoler les cardiofréquencemètres, le combo girondin frappe fort, sec et précis. Petite déception toute-fois pour le huitième et dernier groupe convoquer ici pour polariser l'attention sur la scène noise-rock italienne : Io Monade Stanca. Instrumentalement, c'est techniquement solide, musicalement, c'est distordu à souhait. Le rock math/noise complètement démantibulé des natifs de Cuneo a beau respecter à la lettre les codes (très incertains et sans cesse en mouvement) du genre, rien n'y fait, pas même les complaintes à la Radiohead du chanteur. Difficile d'accrocher réellement malgré des qualités formelles intrinsèques. Cela-dit, une fois passée cette semi-déception, on replonge dans le contenu de Noise to the bone avec un appétit toujours décuplé. Car, qu'ils se décident à incendier leurs amplis ou à faire parler les mélodies les plus lascives, les groupes ici réunis par Swarm Records (RmcBee Corp.) et Canalese Noise Records, le font avec une classe folle et une exigence de qualité constante. Comme quoi le genre se porte très bien sur le vieux continent...

Les musts absolus : Josh, Dupek, Royal McBee Corporation, Poutre, Treehorn...