Ropoporose - Kernel, foreign moons Deux ans presque tout pile après un disque inaugural encourageant qui posait les bases d'un pop rock alternatif à la fois somptueux et nerveux sentant bon l'esprit de la jeunesse à plein nez, Ropoporose a remis le couvert cette année avec Kernel, foreign moons. Quelle ne fut pas ma surprise de voir apparaître le mot "kernel" dans ce titre, dans le sens où j'associais souvent, à tort ou à raison, ce duo de frère et sœur à un autre duo plus connu et plus expérimenté, celui de Peter Kernel. Peut-être simplement parce que le chant de Pauline m'évoque celui de Barbara et que leurs rocks, bien que quand même différents malgré des influences communes, s'acclimatent parfaitement au mélange de mélodies et de soubresauts électriques. En réalité, d'après Romain le batteur, "Kernel" représente le cœur, le noyau autour duquel tournent les satellites ("foreign moons") qui en dérivent et s'y rattachent, une façon de définir en image la musique de son groupe et de montrer la relation qu'entretiennent les morceaux de ce nouvel album entre eux.

Ces douze titres préparés sur une période de trois ans jusqu'à l'entrée en studio avec Thomas Poli (guitariste de Dominique A et Laetitia Shériff) restent logiquement dans l'esprit d'Elephant love, tout en essayant de s'en extirper par moments. En effet, Ropoporose est autant capable de visiter des territoires impavides ("Skeletons", "Fishes are love" ou "Barking in the park" joué avec un home swinger conçu pour l'occasion par son inventeur Yuri Landman) que de muscler ses structures rythmiques comme l'intenable "Guizmo" ou, au contraire, de les rendre plus raffinées comme sur la très jolie "Moon". Vous l'aurez compris dès que vous aurez écouté cette œuvre sensible, parfois sonique (comme Sonic Youth ou le Blonde Redhead d'un passé révolu) qu'est Kernel, foreign moons, cette fantasmagorie de couleurs sonores va vous filer la chair de poule par ses ondes frêles, ou vous donnez l'envie de chalouper dans tous les sens. Et puis aussi et surtout, donner une bonne bouffée d'oxygène à tous ces nostalgiques de musique rock fabriquée par des gens entiers, talentueux, modestes, libres et indépendants. On a déjà hâte d'entendre la suite !