Ropoporose 1 Ropoporose, c'est le nom écorché d'une maladie de peau ? Plus sérieusement, pourquoi ce patronyme pour votre groupe d'indie-pop-rock-noise ?
Ropoporose ce n'est rien moins que le diminutif de nos deux surnoms, Popo et Roro, mélangés savamment, cela donne Ropoporo, et -se, c'est pour terminer en douceur.

Vous ne cachez pas que vous êtes frère et sœur. C'était évident pour vous de monter un groupe en famille ? À votre avis, ça facilite ou ça dessert l'entente ?
On a commencé à jouer ensemble sans se poser trop de questions, durant le printemps 2012. En se rendant compte que nous écoutions la même musique, avions les mêmes aspirations... et cela a bien sûr été facilité par notre présence mutuelle sous le toit familial, avec plein d'instruments sous le coude et nos chambres comme salles de répétition. Nous jouions chacun de la musique depuis pas mal de temps, mais l'idée de former un groupe ne s'est posée qu'à ce moment-là, de façon évidente.
 Quant au fait d'être frère et sœur, forcément, cela facilite notre entente, dans la mesure où beaucoup de choses n'ont pas besoin d'être dites pour être comprises. Après, ce serait trop simple si on se comprenait toujours trop vite, donc ce n'est pas toujours simple, mais c'est bien normal, les discordes forment la jeunesse !

Vous avez cette chance d'avoir été soutenu assez vite avec les Rockomotives, festival qui se trouve à Vendôme, votre ville, et puis votre label Yotanka Productions. Ça a vous a demandé beaucoup d'effort pour être soutenu d'une manière assez rapide par tous ces professionnels ?
Avec les Rockomotives, l'accompagnement s'est fait de manière très naturelle et très rapide à la fois. À l'issue de notre premier concert (2 morceaux de 3 minutes à moitié improvisés), Richard, le programmateur du festival que nous connaissions bien déjà, nous a prévenu que 6 mois plus tard il fallait qu'on ait un set de 30 minutes car nous devions jouer sur la scène de la chapelle Saint-Jaques en fin de soirée. Ça nous a fait bondir, et on s'est mis à vraiment travailler pour y arriver. Ça a fonctionné, et on a continué à bosser, avec l'aide de Richard, et de concerts en concerts, on a rencontré beaucoup de personnes qui nous ont accompagnées, parmi lesquelles le label Yotanka Productions. Mais entre le début du groupe et la rencontre avec le label, il y a eu plein d'autres soutiens, à commencer par nos amis, nos parents, des musiciens et des programmateurs de la région... L'effort, s'il existe, vient du fait de chercher à faire une musique chèrement personnelle. Après, tant qu'on est gentil, poli, curieux, et avec un minimum de chance, je pense qu'on rencontre toujours les bonnes personnes.

Vous avez sorti en début d'année un nouvel album, Kernel, foreign moons. On dit souvent que le deuxième est la confirmation du premier. Est-ce que d'une certaine manière, ces deux albums sont aussi frère et sœur ?
Oui, ces deux albums se rejoignent, nous n'avons pas cherché à changer radicalement la recette de notre musique. Ils se distinguent cependant par leur maturation. Elephant love a été enregistré après un an d'existence du groupe, et nous avons tendance à le définir comme la carte postale de cette première année ensemble, qui avait été excessivement riche pour nous. Pour Kernel, foreign moons, le processus de création a été différent : il a été composé sur un temps plus long mais, pour autant, on a cherché à le rendre plus homogène, plus lié entre ses parties. C'est toujours compliqué d'expliquer l'identité d'un disque, d'une certaine manière chaque album s'autonomise, de manière volontaire ou non. On fait en sorte de maîtriser de bout en bout sa création, mais au final on passe encore plus de temps à l'apprivoiser, le personnaliser, notamment en live. Et pour l'instant, les deux albums cohabitent plutôt bien sur scène.

Du coup, comment le percevez-vous cet album ? Comment souhaitiez vous qu'il sonne avant de l'enregistrer ?
Nous n'avions pas une idée si claire que ça du son, mais nous concevions certaines inspirations dans des productions d'albums que nous aimons. Je pense notamment à l'album TNT de Tortoise, certains Blonde Redhead... mais nous ne sommes pas producteurs, la capacité à donner une dimension globale au son appartient pour beaucoup (pour nous) au temps du studio, à l'alchimie qui s'opère avec la personne qui enregistre.



Ropoporose - Kernel, foreign moons Kernel, foreign moons a été produit par Thomas Poli, le guitariste de Dominique A et Laetitia Sheriff. Pourquoi lui et quelles touches particulières a-t-il apporté à l'élaboration de ce disque ?
Nous connaissons Thomas depuis pas mal de temps, en tant que musicien, car il a une longue histoire avec Vendôme, lui aussi. De concerts en concerts, on s'est mieux connu, et c'est lui qui a émis l'idée d'enregistrer notre prochain disque, c'était peu de temps après un concert que nous partagions avec Laetitia Sheriff, à Auxerre. Un an plus tard, car tout ça met du temps, nous nous sommes retrouvés tous les trois à passer dix jours dans un super studio au fin fond de la Bretagne, juste tous les trois. Nous étions aux anges, car Thomas nous a enregistré, mais sa participation a été plus loin que la stricte prestation de studio. D'une certaine manière, il a dirigé artistiquement la réalisation du disque. Nous sommes rentrés en studio avec tous les morceaux, les arrangements, les envies sonores, mais on ne peut jamais anticiper l'excitation qu'induit le temps du studio. Thomas a apporté énormément d'idées, énormément de matériels dingues, des pédales, des synthés, qui ont permis de préciser encore plus nos visions sur cet album. Il a ensuite mixé le tout, et supervisé le mastering. En fait, nous sommes rentrés en studio le 10 octobre, sortis du studio le 20, fin novembre le disque était mixé, fin décembre il était masterisé. Les délais étaient très courts afin de respecter la date de sortie du disque, et Thomas a tout supervisé. C'était très intense.

Votre nouvel artwork, c'est une très vieille photo, je me trompe ?
Non, c'est une photographie argentique qui a été prise par une amie à nous, IZYPT, qui est élève à l'école des Beaux-Arts de Caen. Nous lui avons demandé des photos pour illustrer Kernel, foreign moons, avec comme prescription que celles-ci soient retouchées à la main, avec de la matière colorée. Elle nous a envoyé une série, il y avait la photo que nous avons utilisée, et voilà. J'imagine que les mains dédoublées peuvent suggérer la fabrication musicale, la modélisation... après c'est la vision du photographe, nous ça nous a plu, graphiquement, voilà tout.

Ça ressemble à quoi une journée type des Ropoporose ?
Il n'y en a pas vraiment, soit nous sommes sur la route pour aller jouer, soit nous répétons, soit (ce qui est la majeure partie du temps) nous faisons bien d'autres choses, car nous avons la chance de pouvoir prendre du temps pour nous.

Votre génération consomme beaucoup de MP3, de streaming et ne sait même pas ce qu'est un vinyle ou un CD. J'imagine que vous êtes à contre-courant de tout ça ? Si c'est le cas, pouvez-nous dire de quelle façon écoutez-vous la musique, quel support, quel appareil, quel casque... ?
Je ne pense pas que notre génération se fiche des supports d'écoute. Nous concernant, nous aimons posséder des vinyles pour la valeur esthétique de l'objet, mais aussi car ce n'est fondamentalement pas la même approche d'écoute que le numérique, enfin souvent. Pour Kernel, foreign moons, le master vinyle est très différent du numérique, concernant des niveaux de compression notamment. On essaye d'encourager cette écoute particulière en incluant le CD dans chaque pochette vinyle de nos albums. Après nous sommes loin d'être intransigeants, on écoute aussi du streaming, de la mauvaise qualité Youtube, on mange bio le plus possible mais on consomme aussi beaucoup de sandwichs d'autoroute. Et je refuse de payer un vinyle à 30 balles, par principe.

Est-ce que votre duo, dans un souci d'évolution, serait capable un jour de devenir un trio ou un quatuor ?
Non, je pense que fondamentalement Ropoporose c'est nous deux, c'est une histoire de famille. Nous avons créé un autre groupe, il y a un peu plus d'un an, qui s'appelle Braziliers. Nous sommes trois à jouer, nous deux et Marceau aka Piano Chat. Là, dans cette configuration, nous pouvons nous exprimer différemment, et c'est très complémentaire à Ropoporose !



Qui vous conseille le plus et le mieux dans vos rôles de musiciens ? Vos parents, votre manager, votre label, votre ingé-son, des musiciens... ?
Nous sommes libres de nos choix musicaux, après bien sûr on s'influence de plein de choses, et les gens autour de nous sont là pour en discuter avec nous. Mais encore une fois, je ne pense pas qu'il y ait de modèle particulier !



Est-ce qu'il vous est déjà arrivé, après la sortie d'un album, de vous rendre compte sur scène qu'un morceau ne fonctionnait pas (ou plus) sur le public ou même entre vous ?
Non, ce n'est jamais vraiment arrivé, aussi, je pense, parce que nous composons nos morceaux de manière live, et qu'ils sont toujours compatibles avec une interprétation scénique. Après, on se lasse parfois de certains titres anciens, mais il suffit d'un moment opportun pour les rejouer et se rendre compte qu'ils sont toujours plaisants, complémentaires. Tant qu'on s'amuse à jouer un titre sur scène, il n'y a pas de raison que les gens s'ennuient devant. Et comme nous faisons quand même pas mal de concerts, c'est important de pouvoir tourner entre les morceaux, pour ne pas se lasser nous-même.



Ropoporose 2 Vous êtes situé entre trois villes que sont Le Mans, Orléans et Tours. C'est où que ça bouge le plus au niveau des groupes et des concerts ? Et quelle est la ville dont vous vous sentez le plus proche ?
On vient de Vendôme mais nous vivons à Tours, et c'est là qu'on passe le plus clair de notre temps. Il y a pas mal de concerts d'organisés, dans des bars, par des assos bien actives. On connaît moins Le Mans et Orléans, mais pour y avoir joué plusieurs fois, ce sont des villes bien actives aussi.



Donnez-moi la meilleure affiche de concert au sein de laquelle Ropoporose prendrait part.
19h15 : Ropoporose / Dégustation de vins et rillettes

20h00 : Nick Cave solo piano / dégustation d'huîtres

21h00 : Blonde Redhead rejouant l'album La mia vita violenta / deuxième dégustation de rillettes

22h00 : Pavement & Sonic Youth & Yo La Tengo dans un grand bœuf blues. Puis mix variété 80 jusqu'au bout de la nuit.



Vous avez le dernier mot
Merci aux musiciens.