Ronin - Fenice Fenice est de ces albums sur lesquels il est assez difficile d'écrire, de retranscrire ce qu'il procure tant il est parsemé de paradoxes. Tout à la fois bercé par une richesse minimaliste et une intensité mise en sourdine, il sonne comme la bande-son idéale d'un road-trip onirique figé sur pellicule. Un long-métrage cinématographique fantasmé par un quartet italien qui a lui-même le patronyme d'un film (plus qu'oubliable il faut bien l'admettre) et des morceaux qui font voyager l'esprit à travers des images qui se superposent d'elles-mêmes pour former un tout dont la trame narrative n'a même plus besoin d'être couchée sur papier ("Spade").
Les atmosphères sont tantôt apaisées et contemplatives comme chez Rome avec qui la proximité d'ambiance est évidemment "facile" ("Selce"), tantôt plus légèrement rock, noise, électriques et saturés ("Benevento"), avant de se laisser aller à des tentations country-noise fulgurantes, dynamitées par des tempi excessivement enlevés ("Jambyia"). Ronin jongle avec les climats qu'il instaure comme les instrumentations, changeantes, ce qui ne l'empêche pas de s'enfermer par moments dans un cliché pseudo romanesque et boursouflé (l'éponyme "Fenice"). Et de fait, l'album est régulièrement déstabilisant, se ratant dans les grandes largeurs par moments ("Gentlemen only") avant de se sublimer l'instant d'après et faire succomber l'auditeur en une poignée de minutes (les très beaux "Nord" ou "It was a very good year").
Parfois raté, d'autres fois clairement très classe. Frustrant et brillant.

NB : l'objet, un digisleeve cartonné "hard cover" est par contre, lui, en tous points réussis. Avis aux collectionneurs.