Robot Orchestra - Robot Orchestr3 Bien connu des services de renseignements du W-Fenec (voir la chronique de ...Now we can walk, son album précèdent sorti il y a deux ans et demi), Robot Orchestra ne l'est pas forcément pour ma part. Pas évident alors d'avoir le recul rapide et nécessaire pour analyser l'évolution de ce duo devenu trio à l'occasion de la sortie en début d'année de son nouvel album, Robot orchestr3. Tenons-nous en par conséquent à ce troisième opus dont les sept titres ont été enregistrés en août 2013 par Nicolas Aigrot (guitariste de 7 Weeks et ex-Down To Earth) et mixés par Sylvain Biguet, le producteur, entre autres, de Klone, Trepalium et Comity. Impressionné par le soin que les Rochelais ont apporté à leur œuvre, tant dans le contenu (du post-rock bipolaire digressif) que dans le contenant (l'artwork de Romain Barbot ainsi que la gueule du pack promo est bien classe), ce disque est particulièrement touchant. C'est le moins que l'on puisse dire et ce n'est pas l'arrivée de Johan Gardré, avec ses violons, son Moog et sa trompette, qui vient adoucir le propos. Bien au contraire.

Robot orchestr3 démarre avec un "Invicible smoke" dont la structure est assez semblable à ce que fait Neurosis. Mystérieux, ce morceau monte en puissance progressivement pour faire chanceler son auditoire. C'est efficace et la partie où violons et guitares cohabitent est renversante, mais malheureusement pour certains, Robot Orchestra ne va pas s'obstiner à se cantonner à jouer ce style à grosse guitare tout au long de son nouvel album. Et c'est là tout son intérêt. Dimitri, Steve et Johan savent aussi sombrer dans une élégance rare, voluptueuse à l'image de "Crossroads", titre immédiat et bouleversant, surement le plus beau du lot. "Gasoline" et son rythme immuable met l'accent sur des guitares cristallines et le chant très vague à l'âme de l'ex-Headcases et désormais en solo, Luis Francesco Arena, venu prêter main forte au groupe pour l'occasion. Captivant et immédiat, bien que les titres soient souvent plus longs que la norme rock, ce Robot orchestr3 sait aussi sonner cru et vif en s'autorisant "Sunday hangover" et "So many battles", deux titres tendus un peu à part dans l'œuvre. Pas forcément là où on l'attend, le trio délivre également "Pendule", une confession acoustique pleine de spleen qui se termine en une série de percussions voilées.

C'est saisissant et le groupe montre une cohérence inébranlable dans l'hétérogénéité de ses compositions. Ambitieux, il réalise ainsi ce dont il est capable de faire sans tomber dans l'artifice, l'excès et le pathos. "Edifices" qui clôt le disque en est une preuve supplémentaire, ce titre nerveux chanté en français résume à lui seul l'album : son introduction alarmante nous emmène vers des contrées rock inflexibles et pleines de rage dans lesquelles les riffs de guitares s'envolent et nous échappent. On ressort envoûté par ce Robot orchestr3, un voyage sonore aux virages parfaitement maîtrisés de A à Z. Classe !