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Originaire de Portland dans l'Oregon (USA), les Red Fang font partie de ces groupes à l'ascension météoritique qui dès leurs débuts, ne perdent pas de temps pour gravir les marches qui les conduisent aux sommets de la reconnaissance. Au moins celle de leurs paris. Les quatre de Red Fang en font partie. Une mise au monde en 2009, deux EPs compilé sur un "long-play" par Sargent House dès leur première année d'existence, le groupe est sur orbite. Et enchaîne, l'année suivante en enchaînant les dates (notamment avec Crowbar et Helmet) puis en mettant en boîte son deuxième album, Murder the mountains, qui sort au printemps 2011 chez le poids-lourd Relapse cette fois.

Red Fang / Chronique LP > Whales & leeches

Red Fang - Whales and leeches Avec ces Américains-là, pas le temps de se poser la question de ce que va réserver leur nouvel album qu'ils attaquent direct pied au plancher sur un "DOEN" inaugural qui emballe avec une étonnante vigueur un cocktail stoner/metal/rock psychédélique de très haute volée. Rythmique enfiévrée, chant habité et riffing expédié à 100 à l'heure, Red Fang sort l'artillerie lourde et la visée laser de haute précision lorsqu'il s'agit de distiller la douzaine de morceaux que compte ce Whales and leeches, troisième album long-format de sa carrière imparable, comme son prédécesseur, l'excellent Murder the mountains distribué par l'efficace Relapse Records (Baroness, Coalesce, Mastodon, Tombs...).

Lancés à très grande vitesse après ce démarrage en trombe, les Américains ralentissent (mais pas trop non plus, faut pas déconner) le tempo pour propulser le single "Blood like cream" sans pour autant décrocher la timbale. On trouve là une petite limite au groupe qui, lorsqu'il veut trop jouer la carte du rock calibré "passe-partout" ne parvient pas à faire sauter la banque comme quand il se lâche, complètement décomplexé avec un "No hope" sévèrement burné. Sans doute qu'à trop vouloir cibler, les Red Fang perdent ce qui fait en grand partie la force de leur rock/stoner lourd et habité : cette foudroyante capacité d'expédier des mélodies stellaires dans les étoiles tout en restant "terrien". Un desert-rock tellurique mixé avec un psychédélisme lunaire ("Crows in swine", "Voices from the head"), un résultat fracassant même si par moments, les bucherons de Portland ont peut-être légèrement tendance à forcer le trait.

Pour autant, Whales and leeches se déguste avec un appétit féroce et les tonneliers de la scène stoner/metal/rock US qui déboise assument leur statut, pulvérisant au passage un Kylesa qui ne ressemble plus guère à rien pour parfois s'approcher du travail surpuissant d'un Mastodon. Lequel de son côté continue, album après album d'en imposer. Toujours est-il que les camionneurs de chez Red Fang ne boxent pas tout à fait dans la même catégorie : plus allégé, mainstream, leur rock dur est peu à peu rentré dans le rang, quand bien même sur certaines explosions de riffs, il se fait encore saillant et fédérateur ("Behind the light", "Dawn rising"), ce qui promet assurément quelques belles claques live endiablées. Si on en demande beaucoup au groupe, mais c'est avant tout parce que l'on sent chez lui un potentiel énorme, rare, bien que parfois inexploité ou mis en sourdine. Très bon tout le temps, Red Fang pourrait être quasiment systématiquement excellent s'il se donnait la peine de ne pas chercher à plaire à tout prix ("This animal", "Every little twist") pour foncer directement dans le tas et tout démolir sur son passage.

Solide mais parfois frustrant.

Red Fang / Chronique LP > Murder the mountains

Red Fang - Murder the mountains "Kick-ass rock'n'roll" annonçait la bande-annonce. Ouais ok. On peut rajouter une bonne grosse louche de stoner metal et un brin de sludge des familles pour muscler tout ça et on y est. Murder the mountains, la nouvelle tatanne stoner heavy-burnée qui fait le buzz du côté des milieux autorisées est donc le second album des natifs de Portland, ces Red Fang dont on ne savait trop rien avant que ne débarque cet opus. Bon maintenant on sait. Quelque part entre Kyuss (forcément cité à chaque fois dès que ça bourdonne dans les enceintes bien comme il faut) et Mastodon, avec des relents de bourbon Black Sabbathiens légitimes et un petit zeste de Kylesa bien Torché mais en plus rock'n'roll, lent, doomy et foutrement alcoolisé. C'est là qu'on pense aussi à Corrosion of Conformity.

Et donc ça donne des titres du calibre de "Malverde" ou "Hank is dead", du groove incandescent par hectolitres, du riff qui déboise au kilotonne, du heavy mais pas trop, du fuzzy juste ce qu'il faut, Red Fang a bossé ses classiques et livre ici une sorte d'abstract plutôt bien gaulé de tout ce qui a pu nous passer dans les écoutilles depuis deux décennies en matière de rock/stoner machin truc chose bien monté. Ah ça manquait d'un chouilla de punk... Vous inquiétez pas, il y en a. Du psyché un peu enfumé ? Il y en a aussi. Et même un peu de rock incantatoire sous acide avec "Dirt wizard". Un poil scolaire tout ça, presque trop policé mais diablement efficace. On ne peut pas tout avoir... alors, les ricains musclent leur jeu et montent titiller de la première ligne avec du gros stoner bien grassouillé (avec l'ombre plutôt imposante de Kirk Weindstein qui plane dans le coin) qui démonte deux/trois cloisons auditives. Quand on peut larguer un titre de la trempe de "Throw up" (tuerie absolue) en plein milieu d'album, forcément ça aide aussi.

Murder the mountains est donc la somme de ces titres, tantôt bien lourds, tantôt plus aérés, lorgnant du coin de l'oeil vers les horizons du space-rock, pour mieux revenir aux fondamentaux qui zonent du côté des bayous de Lousiane. Des morceaux qui de "Painted parade" à "Into the eye" en passant par "The undertow" puis "Human herd" envoient gentiment du décibel déboiser la cage à miel avec en sus ce petit côté "cosmique" qui nous transporte dans une autre dimension. Méga cool et joli coup made in Relapse.

PS : tiens on n'a pas cité Crowbar ? Bon bah c'est fait du coup.