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Biographie > Radiohead

radiohead_band.jpg 1995, Tran Anh Hung présente Cyclo son nouveau film, la bande annonce se déroule sous mes yeux mais ce sont mes oreilles qui s'émoustillent, "c'est quoi ce putain de morceau ?" Un titre aux allures grunge, avec un riff de gratte imparable et une voix qui attire l'attention... C'est "Creep" de Radiohead... Dans la foulée je me procure Pablo honey (sorti en 1993), premier album plutôt pop d'où se détachent (outre ce fameux "Creep") "Anyone can play guitar" et "You". Ce dernier ("You") est un titre surgit du passé, il était déjà présent sur la démo Manic Hedgehog (4 titres) qu'un obscure groupe de potes appelé On A Friday avait sorti à la fin des années 80. Ce maxi aurait pu être le point culminant de la vie de ce petit groupe de lycée formé à partir de 1982 par Thom Yorke (chant, guitare), Ed O' Brien (guitare), Colin Greenwood (avec qui Thom jouait dans un groupe de punk : TNT, basse), Phil Selway (batteur) et Jonny Greenwood (ramené par son frère Colin, guitare). Très occupés par leurs études, les jeunes anglais délaissent un peu la musique... ils se retrouvent à l'université d'Oxford et relancent la machine en 1987. Suite à plusieurs démos, ils se font repérer, signent chez EMI et changent de nom pour Radiohead (en hommage au titre "Radio head" des Talking Head), nous sommes en 91 et jusqu'en 93, le groupe ne sortira que des maxis qui ne rencontrent pas leur public. C'est avec Pablo honey et le single "Creep" que Radiohead se fait enfin connaître... Après une première grosse tournée, le groupe retourne en studio. En sort The bends en 1995, les singles se suivent et la quasi totalité de l'album est remarquable, "My iron lung", "High & dry", "Just" ou "Street spirit (fade out)" touchent un vaste public. Radiohead devient un grand groupe de brit pop et en pleine guéguerre Oasis / Blur, ils évitent soigneusement tout tapage. La voix de Thom Yorke comme le son de Jonny Greenwood deviennent des références.
On attend alors la suite impatiemment, le troisième opus sort à l'été 1997 : OK Computer met tout le monde d'accord, c'est un des meilleurs albums de la décennie. Jusque là Radiohead était un bon groupe, ils deviennent des demi-dieux. "Airbag", "Paranoid android", "Karma police", "No surprises", "Lucky" sont autant de perles pop rock dont on se délecte à l'infini. Le ton, la douceur du combo mais aussi la richesse de ses sonorités (OK Computer voit l'intégration de nombreuses parties électroniques) est adulée, admirée, personne ne peut leur résister. C'est aux Eurockéennes que je vis pour la première fois l'expérience Radiohead live, les anglais nous font oublier la pluie et le froid, l'instant est magique. OK Computer semble intemporel, réécouté récemment, il n'a pas pris une ride et a encore un paquet de longueurs d'avance sur énormément de groupes suiveurs (Tokyo/Overtones ou Athlete pour n'en citer que deux qui sont très prometteurs)... L'appétit vient en mangeant et comme on se goinfre de cet album, on attend la suite du menu.
Clash.

Octobre 2000, le rêve s'arrête brutalement. La montagne Kid A accouche pour moi d'une souris. Radiohead semble perdu dans ses élucubrations électroniques, les guitares samplées qui tournent en rond et Thom qui perd la tête à essayer de les semer. Perdu, trahi, j'abandonne. La presse adhère et applaudit pour "croire au génie" ou pour ne pas passer pour "stupide" aux yeux d'une génération qui attendait trop de Radiohead pour être déçue. On ne touche pas aux demi-dieux, si on ne comprend pas, c'est qu'ils sont trop forts. Mwouais, moi, je ne comprends pas, et je tente d'oublier...
Oublier... mais comment faire quand ils remettent ça 8 mois plus tard (en juin 2001) avec Amnesiac ? Les deux albums ont été enregistré en même temps et si quelques titres surnagent, je crois bien Radiohead perdu à jamais.
Fin mai 2003, Hail to the thief est pour bientôt, les mp3 pirates surgissent, je n'y jette même pas une oreille. Et puis le superbe album promo arrive dans ma boîte aux lettres, une sorte de carte (de noms) très colorée qui se déplie, se replie et offre l'album sous le livret des paroles. Packaging somptueux pour un album ... somptueux. Radiohead, mon Radiohead, celui que j'aime, Radiohead refait surface, le groupe revient au poprock et (égoïstement ?) me ravit. A l'image des cartes de noms qui forment l'artwork de cet album, ceux qui cherchent des corrélations, des explications, des trésors cachés risquent d'en découvrir encore pendant longtemps dans ce Hail to the thief dont on risque de ne jamais pouvoir se détacher. Le rêve Radiohead reprend. Un peu avant Noël 2005, la maison de disque dépoussière la VHS The Astoria London live qui devient un DVD "historique"...

Radiohead / Chronique LP > The king of limbs

Radiohead - The king of limbs C'est l'histoire d'un groupe qui un beau jour d'octobre 2007 révolutionna toute l'industrie avec un seul album, In rainbows. Peu importe l'avis que l'on peut avoir sur son contenu, sa méthode de diffusion et le fameux "pay what you want" qui a du mettre plus d'un patron de label dans tous ses états, si elle n'avait rien de révolutionnaire a pourtant généré un buzz extraordinaire. La raison : oui, cela avait déjà été fait avant, mais jamais à cette échelle. Jamais par un groupe aussi renommé, respecté, révéré. L'histoire d'amour du quintet d'Oxford avec les majors venait de prendre fin. Les deux avaient été jusque là largement récompensés de leurs efforts respectifs l'un envers l'autre, mais les anglais avaient senti qu'ils n'avaient plus besoin d'une énorme machine pour exister. A l'heure du web 2.0, à l'heure où cette industrie musicale semble se perdre dans ses méandres, Radiohead a alors compris que la vérité était ailleurs. La fin d'une ère.

3 ans et demi plus tard, le groupe ouvre un nouveau chapitre. Et plutôt que de réitérer l'expérience (trop facile) décide de tout simplifier, parce que ce n'est qu'au final "que" de la musique, de l'expression artistique et que le grand Barnum marketing qui entoure chaque sortie du groupe peut être non pas mis de côté, mais adapté à une nouvelle vision de la commercialisation de l'oeuvre musicale. Car ne nous leurrons pas, il ne s'agit "que" de cela. Business is business... oui, mais parallèle à l'art quand même. L'innovation majeure étant ici que l'un n'entrave plus l'autre. The king of limbs donc, c'est l'essence-même de cette idée. Annoncer un album un lundi et provoquer une réaction en chaîne qui a pour conséquence qu'il tourne en boucle dans tous les iPods du monde le jeudi. Du pur génie marketing au service d'un nouvel opus, fatalement attendu comme rarement et dans le même temps forcément imprévisible. Car avec Radiohead, il est bien difficile avant même d'écouter ledit effort de savoir ce à quoi l'on va avoir droit. Et dans le meilleur des cas, il nous faudra des dizaines d'écoutes attentives pour décrypter le phénomène. Avec The king of limbs, Thom, Jonny, Ed, Phil et Colin ne dérogent pas à la règle.

Pourtant les premiers morceaux ("Bloom", "Morning Mr Magpie") ne se laissent pas appréhender aisément. Un certain hermétisme dans l'écriture, des velléités expérimentales parfois inabouties, mais le chant de Thom Yorke toujours aussi fascinant et quelques éléments instrumentaux absolument captivants, on a connu meilleur Radiohead mais l'on sent le groupe toujours capable de ses fulgurances qui peuvent à tout moment faire entrer l'album dans une autre dimension. "Little by little" porte dès lors idéalement son titre, très exactement à la jointure entre le songwriting indie-pop-rock inimitable du quintet d'Oxford et le toucher électronique de The eraser, projet parallèle de... Thom Yorke. Dès lors, on serait tenté de dire que ce nouvel opus sonne comme la conjugaison des deux formules d'expression, avec d'une part, une innovation permanente qui catalyse les aspirations de ces cinq personnages au talent hors-norme, d'autre fois, quelque chose d'encore balbutiant, pas toujours aussi maîtrisé que ce que l'on aurait pu attendre. The king of limbs n'en est pas pour autant raté loin de là, mais il est clairement de ces albums qui se dévoilent à chaque nouvelle écoute. "Feral" se fait languissant à tel point que l'on a vient à se demander ce que préparent les anglais... et puis vient "Lotus flower", orfèvrerie indie-pop-electronique à l'élégance incomparable. Ou la preuve irréfutable que sur un seul morceau, Radiohead démontre qu'il trône toujours deux ou trois classes au-dessus de ses contemporains. Surtout quand il réitère l'instant d'après avec le sublime et bouleversant "Codex"... et se loupe royalement sur "Give up the ghost". Une jolie mélodie mais le vide créatif autour. Dommage car peu mieux faire. A charge alors au "Separator" final de conclure sur une jolie note, ce que le morceau s'applique à faire avec talent, à l'image de cet album... inégal certes, mais classe quand même...

Radiohead / Chronique LP > Best of

radiohead_best_of.jpg Radiohead en best of, forcément ça suppose une question presque existentielle... En deux mots : quel intérêt ? Nonobstant le fait que tous les lecteurs du W-Fenec n'étaient pas forcément en âge de savourer comme il se devait la sortie de Pablo honey en 1993, tout le monde ne possède pas nécessairement tous les albums du quintet d'Oxford et quand bien même certains se seraient procurés l'élégante collector box intégrale cet hiver, un double disque comme ce Best of a un côté pratique non négligeable. Un peu moins de trente morceaux répartis sur deux galettes pour passer en revue toutes les étapes de la carrière d'un groupe, sinon DU groupe rock indé majeur des vingt dernières années. Une synthèse passant en revue, dans les enceintes, les grands moments musicaux de la discographie de Radiohead, un peu comme les cinémathèques organisent des rétrospectives de cinéastes cultes...
Au programme donc, une flopée de singles, certes déjà entendus mille et une fois au fil d'écoutes discrètes de Kid A ou The bends, mais là, s'il faut reconnaître une chose à EMI, c'est d'avoir harmonieusement su associer les morceaux figurant au tracklisting de ce Best of. De "Just" à "Everything in its right place", d'"Airbag" à "How to disappear completely" en passant par "Paranoid android", "No surprises", "There there", "My iron lung", "Go to sleep" ou "I might be wrong", tout est là. Et force est de constater que lorsque la bobine de la discographie du groupe se déroule sous nos yeux, un "Creep" nous procure des sensations toujours inégalables et un "Knives out" nous transporte toujours dans un autre monde. Autrement dit, cette compilation (peut-être trop évidente... rétorqueront certains) nous offre rien moins que la tracklist idéale d'un Radiohead qui de fait, met tout le monde d'accord, avec en petit bonus une version live (enregistré à Oslo à de "True love waits". Etait-ce pour autant indispensable étant donné que les mordus inconditionnels du groupe ont déjà tous les albums, les EP's et autres singles ?... Aussi nombreux soient-ils, sans doute que non. Mais pour les autres...

Radiohead / Chronique LP > In rainbows

radiohead_in_rainbows.jpg Radiohead, feuilleton discographique de l'automne 2007 débuté un matin d'octobre lorsque Johnny Greenwood déposa une véritable bombe médiatique sur la toile internet en annonçant que le nouvel album du groupe était non seulement prêt, mais qu'il serait disponible dix jours plus tard... en téléchargement exclusif et pour une somme choisi par l'internaute. Une folie ? Une énorme private joke ? Et bien non. Avec en cadeau bonux un bon gros coup de pied dans la fourmilière des majors du disque, le groupe a parfaitement assumé son statut d'icône, battant en brêche les supposées certitudes d'un marché du disque déjà moribond. On ne va pas épiloguer 107 ans sur le cas d'école marketing que présente la sortie numérique et par ses propres moyens du nouvel album du groupe indé phare de la dernière décennie, mais on conviendra tout de même que le coup de Trafalgar du quintet d'Oxford a peut-être marqué la naissance de quelque chose de nouveau dans l'industrie culturelle : une alternative à la toute puissance omnipotente des majors ?.. L'avenir nous le dira.

Dans l'immédiat, tout notre intérêt se reporte sur ce que récèle réellement cet In rainbows, soit 10 titres que le groupe aura mis près de trois ans à finaliser dans son studio, après quelques périodes de crise où certains auront même redouté la fin de l'histoire pour les auteurs de Kid A ou Pablo honey. Un tracklisting exigeant pour séléctionner seulement dix morceaux... que l'on découvre presque religieusement, enfermé à double tour dans une pièce où personne ne viendra désacraliser la première écoute d'Rainbows. Un beat électro-pop hypnotique pour s'échauffer les conduits auditifs, le chant toujours aussi haut perché et caractéristique de Thom Yorke, des arrangements fourmillant de subtilités, "15 steps" est de ces titres que le groupe a du polir longuement en studio avant de nous en offrir le résultat, proche d'un "Idioteque" et savamment taillé pour susciter ces émotions brutes et qui n'est pas sans évoquer un prolongement naturel du travail de Thom sur The eraser, l'album semi-solo qu'il a réalisé avec ses comparses de Radiohead. Nerveux, plus rock dans l'âme, "Bodysnatchers" est également acéré comme une lame de rasoir, comme s'il devait retranscrire musicalement les tensions qui ont accompagnées le groupe lors de l'enregistrement d'In rainbows. Les mélodies mêlent inventivité et maîtrise hallucinante, pas de doute, à trop l'attendre cet album, on aurait pu en redouter sa découverte, mais le groupe démontre qu'il n'a pas perdu une once de son talent. Si le début de l'album présente le versant le plus abrupte de la musique de Radiohead, la suite nous offre quelques moments de poésie pop intimiste et stratosphérique avec "Nude" et le chef d'oeuvre qu'est le crépusculaire et rêveur "All I need", où le groupe développe des mélodies à fleur de peau aux vibrations émotionnelles rares. Sublime. "Weird fishes / Arpeggi", une mélodie se pose en filigrane sur des guitares qui serpentent le long d'une batterie aérienne et survoltée, les anglais semblent en pleine possession de leurs moyens et malgré l'attente suscitée par ce nouvel opus, ne se désuni jamais.

La première moitié de l'album est magnifique et l'on se dit que le groupe va bien finir par se louper quelque part... C'est alors que Radiohead sort de sa manche "Faust arp", assurément l'un des plus beaux morceaux que le groupe ait jamais écrit. Des orchestrations à cordes élégantes, une mélodie feutrée, le chant tout en retenue de Thom et la magie opère, envoûtante et onirique... On enchaîne avec l'angélique et bondissante ballade "Reckoner" puis son prolongement naturel : "House of cards", deux titres peut-être un peu moins intenses que les précédents mais plus brit-pop. Réverb lumineuse, mélodie somnambule d'une fulgurante matûrité, pop-song soyeuse au final post-rock céleste, Les cinq d'Oxford peuvent tout faire avec une classe folle. Sauf peut-être composer un single qui soit efficace qu'attendu. "Jigsaw falling into place" est donc le morceau considéré comme le plus radiophonique mais de fait, le plus convenu. Une guitare sèche, un tempo particulièrement enlevé et un chant, moins aigü que d'ordinaire mais un résultat assez.... basique, surtout quand on sait ce qui nous attend pour refermer cet In rainbows. "Videotape"... Un frisson nous parcourt l'échine, le groupe nous a réservé un ultime chef-d'oeuvre. Un piano, une batterie légère, une mélodie et Radiohead accouche d'une véritable merveille que l'on écoute encore et encore juste pour s'assurer que l'on est pas en train de rêver. Puis après 4'39 le silence emplit la pièce et c'est complètement secoué que l'on peut appuyer sur "replay". In rainbows, c'est finalement l'histoire de cinq musiciens hors pairs enfermés d'interminables mois dans un studio pour enfanter dans la douleur de l'un des plus beaux albums des quinze dernières années. Chapeaux-bas...

Radiohead / Chronique DVD > The Astoria London live

radiohead : the astoria london live 94 8 avril 1994 : Kurt Cobain se met une balle dans la tête, le monde de la musique est orphelin, le grunge est mort, nous entrons dans une nouvelle ère, les guitares peuvent pleurer, il peut continuer de pleuvoir sur Settle, ça ne ramènera pas Kurt...
27 mai 1994 : Radiohead monte sur la scène de l'Astoria à Londres pour un show marqué par la mort de Kurt, le groupe de Thom Yorke n'a à son actif que quelques singles rock et un album (Pablo honey), il tourne pour le défendre sur scène et préparer les compos du futur incontournable The bends. Radiohead n'est pas encore le groupe intello-pop que l'on connaîtra par la suite, c'est encore un groupe de gamins marqués par le rock, qui portent des TShirts près du corps et joue avec les teintures plutôt qu'avec ses poils de barbe... Même leurs guitares n'ont pas encore de classe, il n'en demeure pas moins que c'est déjà un groupe génial, un groupe qui sue, un groupe qui lance ici ses derniers assauts vraiment grunge-rock avant de passer à moins de larsen et d'avantage de mélodie... Thom Yorke, Just like an angel, n'utilise pas encore toutes ses capacités vocales mais nous émeut déjà ("Creep", "My iron lung", "Street spirit (fade out)"...). Ce The Astoria London live est un témoignage de la fougue d'un groupe qui va changer l'histoire du rock mais qui ne le sait pas encore... Disposant de peu de choses sur scène, Radiohead joue dans le bleu des quelques spots, les images sont belles mais c'est la pureté du son qui retient notre attention (même s'il n'est qu'en stereo...). Thom parle peu "this is a new song" pour lancer "Black star" ou "this is about Canary Wharf" (la tour des hommes d'affaires londoniens) pour lancer "Fake plastic trees", c'est du temps de gagner pour jouer des titres peu connus présents sur des singles ("Maquiladora" et "Pop is dead")... 17 titres seront joués ce soir-là, la plupart sont devenus des hits avec le temps : ceux de The bends comme "Bones", "Fake plastic trees", "Just", "Street spirit (fade out)", "My iron lung" (qui était déjà sorti en EP), d'autres étaient déjà des pièces majeures du groupe ("You", "Creep", "Anyone can play guitar", "Prove yourself").
30 septembre 1996 : The Astoria London live sort en VHS pour le plus grand bonheur des fans de Radiohead qui trouvent un groupe humain et abrasif, un groupe qui va devenir un monstre avec OK Computer...
28 novembre 2005 : The Astoria London live bénéficie d'un portage DVD, le concert est toujours aussi magistral, on regrette juste qu'il ne soit pas livré avec quelques bonus...

Radiohead / Chronique LP > Kid A

Radiohead : Kid A Trois ans après un OK Computer que beaucoup considèrent comme l'un des albums majeurs de l'histoire du rock, Radiohead revient sur le devant de la scène avec la ferme intention de proposer quelque chose de radicalement différent. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on ne pourra pas accuser le quintet originaire d'Oxford de se reposer sur ses acquis. A tel point que Kid A sera, lors de sa sortie, très critiqué par la presse spécialisée... et pourtant, ce nouvel opus de Radiohead recèle quelques perles comme seuls Thom Yorke et sa bande ont su nous en offrir tout au long de leur carrière.
Inspiré, apaisant et envoûtant, "Everything in it's right place", premier titre de Kid A est un rêve éléctro-pop enveloppé de nappes synthétiques le confinant au sublime. Un coup de maître qui vaut à lui seul de se procurer l'album. La suite surprend, Radiohead se laisse aller à de troublantes expérimentations sonores nécessitant une certaine ouverture d'esprit ("Kid A", "Idioteque", "Motion Picture Soundtrack").
Déroutante, mais toujours innovante, la musique des cinq anglais passe d'un registre à l'autre sans la moindre difficulté. A l'exubérance du très jazzy et déjanté "The National Anthem", répondra ainsi le minimalisme hypnotique d'un "Treefingers" qui fait penser au travail des islandais de Sigur Ros, groupe qui a assuré de nombreuses premières parties de concert pour Radiohead.
Avec le magnifique "How to disappear completely" est son final tout en dissonances, ou le rêve éveillé qu'est le voluptueux "In Limbo", Radiohead revient à des titres plus pop, tout en intégrant des parties éléctro aux mélodies sur lesquelles Thom Yorke vient poser sa voix.
Aux côtés du sublime "Everything in it's right place", le groupe nous offre deux perles : le mélodique "Optimistic" puis un "Morning Bell" à la rythmique lancinante.
Loin de toute logique mercantiliste, le groupe a voulu réduire au maximum l'aspect marketing de leur nouvel album, refusant tour à tour apparitions publiques, clips vidéo etc... Kid A est au final un album ascétique, réalisé par des amoureux de la musique. Le pari était osé, Radiohead l'a réussi haut la main.

Radiohead / Chronique LP > Amnesiac

Radiohead : Amnesiac Difficile de choisir un album à chroniquer lorsque l'on se plonge dans l'œuvre de Radiohead, comment ne pas passer à côté d'un album majeur de ce qui s'est fait dans le genre rock/pop/alternatif ces dix dernières années ? En fait, on ne peut pas, Radiohead, c'est le talent à l'état pur, la recherche d'absolu, l'élégance d'un style particulier, l'innovation perpétuelle. A tel point que l'auditeur sera tantôt envoûté, tantôt dérouté, mais jamais déçu par ce qu'il découvrira tout au long des onze morceaux que recèlent cet Amnesiac.
Certes les quelques circonvolutions éléctroniques un peu absconses de titres tels que "Packt like sardines in a crush tin box", "Pull/pulk revolving doors", ou les deux courts interludes qui précèdent le morceau final, laisseront de marbre ceux qui ne sont pas familiers de l'univers du groupe. Pourtant, dès la première écoute d'Amnesiac, on se laisse porter par la grâce d'une œuvre où Thom Yorke et sa bande passent d'un style à l'autre (jazz, éléctro, post-rock, pop) avec une maîtrise rare. Radiohead mêle brillamment expérimentations sonores complexes et ballades pop/ rock désenchantées à la beauté incomparables ("Pyramid song", "Morning bell").
"Pyramid song", pièce centrale de cet Amnesiac, et sa mélodie au piano ou "I might be wrong" et sa ligne de guitare entêtante qui revient en permanence, sont des titres qui n'ont rien à envier à ceux que l'on pouvait retrouver sur Kid A, l'album précédent de Radiohead, l'une des références absolue pour nombre d'amateurs de ce style de musique. En y réfléchissant bien, Amnesiac est le prolongement parfait de ce que le groupe avait expérimenté sur son prédécesseur. Cependant, Radiohead ne se contente pas de produire un jumeau de Kid A (la solution de facilité), comme à chaque nouvel opus, le groupe cherche à se renouveler, à s'ouvrir vers de nouvelles perspectives, sans s'enfermer dans une musique trop inaccessible et ennuyeuse.
A ce titre, des morceaux tels que "You and whose army" ou "Dollars and cent" sont de savants mélanges entre l'accessible et l'expérimental. Deux titres névrotiques et enivrants où Radiohead se montre toujours aussi inspiré et innovant.
En guise de final, les cinq Anglais se devaient de nous surprendre encore une fois, c'est chose faite avec "Life in a glass house", où le Radiohead tel qu'on le connaît se transforme pour l'occasion en véritable jazz-band. Piano, saxophone, rythmique jazzy, le groupe nous livre un morceau remarquable qui conclut en apothéose cet Amnesiac qui occupe une place de choix dans la discographie du groupe. Preuve que la "Radiohead's touch" est un gage de réussite et ce, quelques soient les registres abordés. Ce groupe n'en finira jamais de nous éblouir…

Radiohead / Chronique EP > Com lag

Radiohead : Com Lag Opus 2004 du monument Radiohead, ce Com lag est un maxi CD conçu pour le marché japonais et australien, mais dispo en import par chez nous. Se composant de B-sides, de remixes et de tout ce qui fait le bonheur des collectionneurs et des inconditionnels de la formation, Com lag montre un Radiohead naviguant en toute liberté entre pop/ rock élégant et expérimentations sonores parfois déroutantes, mais souvent innovantes et abouties.
Depuis Pablo honey ou Amnesiac, la réputation des anglais n'est plus à faire, Radiohead peut désormais tout se permettre et n'hésite à prendre des risques, calculés. Preuve en est le live de "2+2=5" qui ouvre cet opus, témoin de la puissance scénique de Thom Yorke et sa bande. Ce premier titre fait le lien entre Com lag et Hail to the thief, le LP qui le précédait. La suite me direz-vous ? On y vient justement.
L'expérimentation bruitiste de Christian Vogel sur "Myxomatosis" a tendance à dérouter quelque peu l'auditeur… jusqu'à "I will (version L.A)", envoûtante ballade urbaine, puis "Paperbag writer", où la voix de Yorke est associée à des samples du plus bel effet. Vient ensuite, "I am a wicked child", 5ème titre du CD, une sorte de ballade pop/ rock légèrement country et inspirée. Poursuivant dans la veine de "Paperbag writer", "I am a citizen insane" est un voyage hypnotique bercé par une éléctro douce et poétique.
"Four tet" nous ramène sur la terre ferme avec le morceau suivant, un remix de "Skatterbrain" (titre présent sur la tracklist de Hail to the thief) qui sans être inoubliable, reste agréable à l'écoute.
On arrive alors aux trois derniers morceaux de ce Com lag et là c'est la claque que l'on osait espérer. "Gaging order", véritable pépite acoustique, puis "Fog", rêverie jouée au piano en live, à l'occasion de la dernière de l'émission Music Planet2nite sur Arte, sont des titres sublimes qui font de Com lag un (mini) album indispensable.
"When bluebirds fly" conclu le disque sur une note déroutante et expérimentale, un titre un peu à part qui nous sort de ce rêve éveillé dans lequel les morceaux précédents nous avaient plongé.

Radiohead / Chronique LP > Hail to the thief

Radiohead :  Hail to the thief Hail to the thief (ou The gloaming, tous les titres étant dédoublés) est le trait d'union qu'il aurait fallu entre OK Computer et Kid A pour que le clash soit moins brutal. Parce que si cette nouvelle heure de musique est très accessible, très "pop" (on est "rassuré" dés le premier titre "2+2=5"), Radiohead a conservé son goût pour l'expérimentation rythmique ("Sit down. Stand up", "Backdrifts") et sonore ("The gloaming"). Mais leurs bidouillages ne sont plus les principaux acteurs, ils sont repassés à l'arrière plan, les mélodies et le chant de Thom Yorke ont repris les devants ("I will"). La pop des anglais passe aujourd'hui par le piano ("Sail to the moon", "We suck young blood") qui accompagne parfaitement la voix de Thom par moments, Ed et Jonny ne sont pas en reste pour autant et si leurs doux arpèges ("Scatterbrain") semblent discrets, c'est qu'ils se lâchent bien plus sur les morceaux bien plus dynamiques et chaleureux ("Go to sleep", "There, there", "A punchbag at a wedding"), le rock triomphe alors des machines... Si ce Radiohead là est imparable, c'est quand il mixe un peu tous ces ingrédients qu'on peut le soupçonner de sorcellerie ... sur "Where I end and you begin", des nappes de synthé rappellent avec bonheur Archive et nous emmènent "là haut dans les nuages" auprés d'un Thom qui utilise les mêmes charmes que les sirènes. On atteint l'irrationnel, mais bercé par ces chansons, on croit encore être plus ou moins maître de nous-mêmes, c'est "Myxomatosis" (et non "Myxamatosis" comme l'indique le CD-Player intégré à l'album) qui nous réveille, il est trop tard, nous avons échoué, nous sommes prisonniers, on se croyait libre mais comment résister à ce son ahurissant ? A cette mélodie enchanteresse ? La dynamique du sortilège est incassable, imparable, nous hypnotise, "Myxomatosis" est transcendantal.
Radiohead est revenu sur terre pour nous tracer le chemin de leur paradis, allons-y.