rock Rock > Poutre

Biographie > Poutre et fractions

Fraction sudiste d'une noise furieusement héritée des années 90, Poutre est un trio (oui parce qu'à trois ça offrait plus de possibilités) guitare/chant, basse, batterie originaire d'Arles et Lançon de Provence (en clair du Sud-Est). Le groupe copule ensemble pour la première fois en 2006 et au détour d'une petite sauterie, enfante plus ou moins accidentellement d'une démo 4 titres conçue tranquillement dans son local. Dans la foulée, les trois s'embarquent dans une petite tournée histoire d'écumer les bordels salles de concerts de la région PACA et comme ils y avaient pris goût la première fois, décident de passer à l'étape suivante. Non pas l'orgie échangiste, mais plutôt l'enregistrement d'un album long-format (d'où le Poutre du nom) et masterisé par Nicolas Dick (décidément ils le cherchent parfois...), notamment architecte de Kill the Thrill (ne cherchez pas il n'y a pas de vannes). Entre-temps, ils participent à la compilation Noise to the bone et essaient de nouvelles positions discographiques avec les Belges de Graffen volder : même que ça s'appelle un split et que ça sort en CD via le label (attention accrochez-vous ça pique au yeux) : Boomboomrikordz (Chick Peas, Jokari, Jubilé, The Rubiks, ...). Décidé à se frotter aux moeurs dissolues des pays voisins, le trio part début 2009 visiter un peu la Suisse, l'Italie et la Slovénie avant de sortir ledit album, intitulé Escalade, un condensé de noise-rock turgescente et avide de sensations fortes. D'ailleurs tout est dans le titre du MySpace : poutreband(e). C'était écrit...

Poutre / Chronique LP > Voglio di più

Poutre - Voglio di più Voglio di più de Poutre figurait dans mon humble top 2013, c'est dire à quel point il s'agit d'une baffe de concours. Et une baffe dont l'intérêt ne s'érode pas car cet album a vraiment quelque chose d'obsédant et de tenace qui te tient toujours par la peau du cul, même après quelques mois d'écoutes acharnées.

Premier titre et BIM, correction frontale avec "Satanic factories" : une torpille aux arguments massues en "veux-tu en v'là". Une puissance décharnée, une dynamique d'enfer presque punk-noise, le tout entrecoupé par des phases sautillantes et des musiciens qui se démènent comme de beaux diables pour faire vivre un morceau qui s'avère scotchant. On en prend plein la gueule, notamment avec ce "hard to work for nothing" en forme de leitmotiv cinglant. Le deuxième morceau s'intitule "Voglio di più" et ça tombe bien, on en redemande des titres de ce calibre où les Poutre montent encore un cran au-dessus niveau bagarre. Là aussi, c'est grisant comme un saut à l'élastique... sans élastique. Au bout de quelques titres, les rythmes syncopés, la virulence du propos, pourraient lasser l'auditeur. Sauf qu'ici, de lassitude, il n'est jamais question. Mais alors foutrement pas. Peut-être parce que le songwriting carbure au Redbull mais sait aussi ménager un peu les propriétaires d'un pacemaker, peut-être parce que la section rythmique donne tout ce qu'elle a en variant subtilement le propos, peut-être aussi parce que la guitare est capable de se faire chatte et lionne à la fois (oui, c'est beau hein, on dirait du Marc Lavoine...), peut-être enfin parce que le chant est d'une sincérité à toute épreuve. Une somme de "peut-être" qui aboutit à un album d'une grande classe.

Encore une sortie excellente pour Katatak, le label marseillais qui enchaînent les sorties... excellentes (tu trouveras toi-même un autre adjectif). Passe-lui une petite commande, tu pourras te prendre aussi le dernier Conger ! Conger ! et le Pylone. Tes oreilles avides de déflagrations noise, mais pas que, te remercieront mille fois.

Poutre / Chronique LP > Escalade

Poutre - Escalade Noise nerveuse et saccadée, la musique de Poutre ne s'embarrasse pas de superflu pour aller directement descendre sa cible. En mode "sniper", le groupe fait sienne cette phrase du compositeur suédois Erik Satie "La poutre qui est dans l'oeil de chaque critique lui sert de longue-vue pour apercevoir la faille qui est dans l'oeuvre de chaque auteur" et ne se pose aucune question. Peut importe la manière, seul le résultat compte. Mise à joue, réglage de la mire... feu, Poutre livre un disque solidement... charpenté et qui évoque les constructions musicales d'un Condense ou d'un Heliogable le tout, avec cette capacité à être fulgurant et intense à la manière des maîtres de la spécialité : Fugazi. La grande classe en sommes.
Evoluant ensemble depuis près de vingt ans, le groupe ne fait pas dans la dentelle (nerveuse) et nous cloue sur place à coup de surtensions électriques et de guitares qui se faufilent un peu partout à travers les enceintes ("Stepping stones", "37"). DIY, rugueux, acide, compact et autant influencé par Unsane que Portobello Bones, les Arlésiens évitent l'arlésienne de tourner trop longtemps autours du pot. Ils savent où ils veulent aller et le font (très) clairement comprendre ("Hidden (A mass)", "Kill Monsanto !"). Une rythmique tout en ruptures, des instrumentations vénéneuses et un chant qui plâtre tout ce qu'il peut, Poutre est de ces albums qui exhalent un sentiment d'urgence permanent (l'excellentissime "Broke", "Nedved"). Loutre apparente sur l'artwork, pour disque qui en a dans le futal et qui poutre donc sévèrement, Escalade est à l'image de ses géniteurs : noisy et incandescent, maîtrisé et foudroyant. Du grand art.