Poutre - Escalade Noise nerveuse et saccadée, la musique de Poutre ne s'embarrasse pas de superflu pour aller directement descendre sa cible. En mode "sniper", le groupe fait sienne cette phrase du compositeur suédois Erik Satie "La poutre qui est dans l'oeil de chaque critique lui sert de longue-vue pour apercevoir la faille qui est dans l'oeuvre de chaque auteur" et ne se pose aucune question. Peut importe la manière, seul le résultat compte. Mise à joue, réglage de la mire... feu, Poutre livre un disque solidement... charpenté et qui évoque les constructions musicales d'un Condense ou d'un Heliogable le tout, avec cette capacité à être fulgurant et intense à la manière des maîtres de la spécialité : Fugazi. La grande classe en sommes.
Evoluant ensemble depuis près de vingt ans, le groupe ne fait pas dans la dentelle (nerveuse) et nous cloue sur place à coup de surtensions électriques et de guitares qui se faufilent un peu partout à travers les enceintes ("Stepping stones", "37"). DIY, rugueux, acide, compact et autant influencé par Unsane que Portobello Bones, les Arlésiens évitent l'arlésienne de tourner trop longtemps autours du pot. Ils savent où ils veulent aller et le font (très) clairement comprendre ("Hidden (A mass)", "Kill Monsanto !"). Une rythmique tout en ruptures, des instrumentations vénéneuses et un chant qui plâtre tout ce qu'il peut, Poutre est de ces albums qui exhalent un sentiment d'urgence permanent (l'excellentissime "Broke", "Nedved"). Loutre apparente sur l'artwork, pour disque qui en a dans le futal et qui poutre donc sévèrement, Escalade est à l'image de ses géniteurs : noisy et incandescent, maîtrisé et foudroyant. Du grand art.