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Biographie > Call 911! Ah?

Il aura fallu à peine un an pour que Poliça, combo indie-electro-rock de Minneapolis (USA), fasse le buzz avec un seul album en poche. La formation se fonde en 2011, suite à la participation de Channy Leaneagh, qui venait tout juste de quitter Roma Di Luna, à Relayted, dernier album du collectif indie-rock Gayngs, formation orchestrée par Ryan Olson. Ce dernier souhaite collaborer de manière plus durable avec la miss. La fusion des deux talents se complétant de manière presque naturelle, le duo sort alors son premier album, Give you the ghost, fin avril 2012. Par la suite, Ryan & Channy engagent un bassiste et deux batteurs pour assurer la tournée passant par de nombreux festivals dont celui de Dour. Les critiques ne se laissent pas attendre et non des moindres : Justin Vernon de Bon Iver, très proche du duo (Il fait partie des membres de Gayngs au même titre que Mike Noyce, crédité sur deux titres de Give you the ghost), les qualifie de "meilleur groupe jamais entendu", Prince s'est invité en loucedé à l'un de leurs shows à Minneapolis, même le sieur Jay-Z ne tarit pas d'éloges à leur égard. Le succès de cette aventure démarre sur les chapeaux de roue. Est-ce mérité ?

Poliça / Chronique LP > United crushers

Poliça - United crushers Poliça a sorti au mois de mars United crushers, son troisième album, après deux ans de tournée et Raw exit, un EP venant compléter l'œuvre de Shulamith, disque légèrement difficile à digérer au départ mais relevant une autre facette pas forcément mauvaise du groupe. "Lime habit", titre censé annoncer la couleur de ce nouvel opus, surgissait sur le web avec un clip coloré habillé de formes bigarrées au sein desquelles apparaissait le visage de Channy. Une sorte de spectre où la chanteuse se livre façon journal intime. Sans pour autant être le titre phare de ce nouvel album, il enlevait les doutes sur la capacité du groupe à continuer à renouveler ses explorations mélodiques à travers des synthés aux notes à la fois sombres et mélancoliques troublés d'effets surprenants. Une fois la découverte intégrale de United crushers effectuée, on est en mesure de vous l'annoncer : c'est une tuerie ! Mais seulement si vous laisser à vos esgourdes un temps d'écoute relativement raisonnable pour l'apprécier.

Enregistré à El Paso pendant une semaine d'hiver dans le désert vers la frontière mexicaine au Sonic Ranch Studio (Beach House, At The Drive-In, Prong...), dans une zone où la violence et les trafics sont monnaie courante, United crushers revêt quelque peu l'ambiance sonore des thèmes abordés par Channy. Plaqués sur des sujets tantôt socio-politiques, tantôt personnels, les titres déploient, selon leur univers, une ardeur rythmique jusque là inégalée au sein de la formation de Minneapolis. Pour ainsi dire, les meilleurs morceaux de ce nouvel album sont ceux dont les travaux des batteurs Drew Christopherson et Ben Ivascu sont les plus élaborés en terme de motifs rythmiques et les plus puissants en terme d'ampleur. Sans occulter la qualité de chansons un peu plus anecdotiques en terme d'intérêt ("Lately", "Baby sucks", "Kind"), Poliça n'a jamais été aussi bandant lorsqu'il pond des titres comme la suite "Someway", "Wedding", "Melting block" et "Top coat". Et quand le groupe allie l'élégance et la douceur vocale plus les arrangements, cela nous donne une œuvre grandement plaisante. Entre, s'introduisent des titres tendant vers un registre proposé par la formation sur ses anciennes productions ("Lime habit", "Lose you"). La boucle est bouclée avec 12 pistes qui s'équilibrent.

La magie opère car Poliça évolue sereinement dans sa pop inclassable. Le groupe gère son statut et garde ses marques sans relâche, même visuellement comme sur cet artwork où le rouge et l'humain perpétuent la tradition entre la beauté et la vie d'un côté et la violence et le gore de l'autre. Quand tout fonctionne, à quoi bon changer ?

Poliça / Chronique EP > Raw exit

Poliça - Raw exit Annoncé au début de l'été comme un post-scriptum de Shulamith, le deuxième LP de Poliça sorti l'année dernière, Raw exit est en réalité l'EP au format vinyle qui accompagne sa ressortie récente en version deluxe. Autrement dit, le contenu musical ne diffère pas beaucoup du dernier opus - si ce n'est cette reprise sympa de "You don't owe you", morceau de Lesley Gore datant de 1963 et remis au goût du jour à la sauce Poliça - et trouve assez facilement sa place aux côtés des titres de Shulamith. Au menu, hormis cette cover, trois morceaux dark pop où l'on retrouve cette propension du groupe à ensorceler ceux qui l'écoutent grâce à une formule qui ne lasse pas ou peu : les rythmiques finement travaillées, entre saccades ("Raw exit"), subtilités tribales ("Baby blues") et cadence effrénée ("Great regret"), trouvent échos aux nappes et réverbs de synthés et à la voix majestueuse de la figure de proue du navire Poliça, j'ai nommé Channy Leaneagh. Un EP non surprenant à l'image de ce que le groupe a su démontrer jusqu'à présent, c'est à dire du bon globalement, du très bon même (la chanson éponyme). Attention, toutefois, à ne pas se reposer sur ses lauriers.

Poliça / Chronique LP > Shulamith

Polica_Shulamith Il aura fallu une année bien remplie à Poliça, l'un des buzz musicaux plutôt justifiés de l'an dernier, pour donner une suite à l'excellente pépite trip-hop (pour faire court) qu'est Give you the ghost. A la différence de ce premier album, qui avait été composé à l'époque où Ryan Olson (programmation et producteur) et Channy Leaneagh (chanteuse) étaient aux balbutiements de leur collaboration, Shulamith est le véritable premier travail du quintet et se veut être plus représentatif de ce qu'il montre sur scène. Ainsi le duo fondateur a su donner à son nouveau-né une évolution logique tout en prenant soin de gommer les quelques imperfections qui avaient été montrées du doigt par certains sur son prédécesseur, en particulier l'utilisation abusive du logiciel Autotunes, outil permettant de corriger les tonalités données par la voix, la déformant au passage.

Moins expérimental et plus uniforme dans l'approche donc moins surprenant (logique), Shulamith reprend les bases trip-hop du premier opus avec une utilisation habile de l'électronique pour embellir ces nouvelles compositions. Ce nouveau disque, dont le nom renvoie directement à la vie de la féministe radicale canadienne Shulamith Firestone, dont les actions ont visiblement inspirées Channy, se range dans la longue liste des œuvres ambivalentes. Poliça s'avise à galvaniser son auditoire par des morceaux d'un côté très profonds et fantomatiques (écoutez donc la délicieuse "Smug" ou bien "Very cruel" pour vous en convaincre) et de l'autre, des compositions plus énergiques et cadencées (l'inaugural "Chain my name" et "Spilling lines") tout en gardant cette dominante downtempo rappelant les grandes heures de Portishead ou Björk, pour ne citer qu'eux.

Car rappelons toutefois que les Minneapolitains, dont la touche artistique est reconnaissable entre mille, ont l'audace de s'affranchir des mauvais côtés du trip-hop, genre qui s'octroie souvent des moments de pop désuète pas toujours agréable à l'écoute. L'une des raisons principales résidant dans le chant gracile et sensuel de sa meneuse, un espèce de philtre qui nous aide grandement à plonger dans l'univers brumeux et synthétique de ce groupe assez surprenant. Car non convaincant aux premières écoutes, malgré quelques titres attirant fortement l'attention, ce Shulamith prend forme au fil des écoutes et est à considérer comme une œuvre à part entière à écouter d'une traite. Notons la participation assez discrète de Bon Iver sur le single "Tiff" dont le clip lancé en avant-première montrait une scène de torture de la chanteuse à la gueule d'ange sur elle-même. On tient alors peut-être là le sens de cet album et plus généralement le message de Poliça : un monde où la tendresse ne peut exister sans violence.

Poliça / Chronique LP > Give you the ghost

Poliça - Give you the ghost Il y a des sensations que l'on ne peut refouler. Des émotions qui s'installent et qui ne vous quittent plus. Ce fut le cas à Dour cette année lors du passage de Poliça sur la scène de La Petite Maison Dans La Prairie. Voilà un bel exemple de ce genre de groupe, complètement inconnu au bataillon, qui va en 40 minutes vous faire comprendre pourquoi vous avez foutu les pieds dans ce festival ouvert sérieusement (j'insiste sur ce dernier mot) aux belles découvertes. Quelques temps plus tard, après avoir vibré intensément sur le set de la formation de Minneapolis, vous récupérez l'album et là, rebelote, vous reprenez une bonne claque comme il faut. Pour provoquer tout ça, Poliça a compris qu'il fallait mettre ses atouts en place. Guidé par une voix féminine merveilleuse et touchante, celle de Channy Leaneagh (quelque part entre Dolores O'Riordan, Sinead O'Connor et Karin Dreijer Andersson), bien aidée d'ailleurs par une réverbération opulente, des delays parfois immodérés et de l'auto-tune, la musique des américains joue la carte d'une dream-pop froide matinée d'électro dont les rythmes sont remarquablement bien ficelés, hors de la norme pop classique.

Chaque titre de Give you the ghost est un don indescriptible, une succession de bijoux qui s'enchainent sans tergiversation avec une facilité déconcertante. Quand l'aérienne "Amongster" nous ouvre les portes du paradis, "Violent games" nous plonge dans un univers tortueux où les percussions tribales se lâchent. Quand "Form" dévoile sa part de mélancolie, "Fist, teeth, money" entrevoit la lumière grâce à son rythme chaloupé et ses petites harmonies parsemées ici et là. Quand le rythme dub de "See my mother" nous entraîne, "Wandering star" n'est pas loin de nous filer le cafard. Protéiforme, la musique de Poliça reste toutefois sobre dans l'approche, le groupe ne cherche pas midi à quatorze heure pour balancer ses tubes qui reconnaissons-le tombent par moment dans le convenu. Cela n'enlève en rien à la vénusté qui s'en dégage et à l'impression de tenir là l'une des plus belles révélations pop de l'année. Et ce n'est pas les "people" cités plus haut qui le démentiront.