Petrels - Haeligewielle La première question qui survient à l'écoute d'Haeligewielle, le premier abum de Petrels, pseudonyme derrière lequel se cache un certain Oliver Barrett - membre de Bleeding Heart Narrative - est assez simple : qu'est-ce l'on a entre les mains au juste ? La réponse est au moins aussi peu l'impide que les courants musicaux traversés par l'oeuvre du compositeur/arrangeur anglais. Et pourtant, quoi que soit également cette musique, elle possède d'évidentes propriétés addictives, des capacités rares à projeter des images et des sensations chez son auditeur sans pour autant que celui-ci puisse les expliquer.

Sorti une première fois un peu avant l'été 2011, l'album est réédité, cette fois au coeur de l'hiver suivant par le label Denovali, et se fond parfaitement dans les ambiances de saison qui l'enveloppent. Ses atmosphères diaphanes et glacées instillées par l'ambiant bourdonnant d'"After Francis Danby", le bruissement acoustique et électrique, les flagrances presque drone auxquels s'ajoutent les fugitives bricolages soniques, la musique de Petrels est à la fois dense et minimale, ample et séminale. Bruitiste jusqu'à en hérisser en de très rares instants le poil, plus apaisante la plupart du temps, comme sur le discret "Silt" ou l'ambivalent "Canute" et son climax post-rock noise ébourriffant, elle se pare ainsi de mille effets pour mieux faire succomber.

Nuances de gris sur dégradés de noir, un blanc nacré parsemé de cordes qui viennent crisser sur la banquise métaphorique de "The statue is unveiled with the face of another", Oliver Barrett conduit sa musique avec la maîtrise d'un chef d'orchestre d'expérience et sur le merveilleux "Concrete", marrie à merveille choeurs lointains et instrumentations post-rock néo-classiques toutes proches. De longues plages sonores qui envoûtent et hypnotisent sans jamais céder aux clichés de l'interminable poussif, toujours dans le juste équilibre entre les forces qui l'entourent, Petrels livre ainsi avec cet Haeligewielle, un disque rare, recelant autant de petites pépites brèves et obsédantes ("Winchester Croydon Winchester") que de véritables symphonies émotionnelles à la beauté incomparable ("William Walker strengthens the foundation").

Classe et même bien plus encore.