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Biographie > Parlez-vous le Klokobetz ?

Une légende raconte qu'il vient du Klokochazia, mais ce qui est sûr c'est que depuis quelques années, il déambule à travers la planète, avec son micro, sa guitare et son collègue de tournée pour divulguer au monde ses chansons qui, sur scène, recouvrent une dimension théâtrale hors pair. L'avez-vous peut-être déjà reconnu... Il s'agit de Nosfell, prodige immergé dans un univers décalé et surnaturel qui compte bien embarquer le public avec lui. Plutôt avec eux, devrais-je dire, puisque c'est en compagnie du violoncelliste Pierre Le Bourgeois (qui a exercé ses talents en compagnie de Bertrand Belin ou avec Les Enfants Des Autres) que Labyala Nosfell a concocté un album qui n'a sans doute pas fini de faire parler de lui. Sorti en 2004, Pomaïe klokochazia balek vous est présenté maintenant, mi-2005, mais mieux vaut tard que jamais !
Et c'est au printemps 2006, en attendant le deuxième album du duo, que sort Oklamindalofan, un DVD aussi intéressant que complet...

Nosfell / Chronique LP > Nosfell

Nosfell - Nosfell Troisième essai, nouvel exercice, élan régénéré de la part de Nosfell avec cet album qu'il a choisi d'être éponyme. Par soucis de sobriété peut-être... Une sobriété qui vole en éclat dès les écoutes (les premières étant plus que déroutantes...) de ce nouvel objet made-in-Klokochazia. Car loin de se reposer sur ses lauriers, Labyala continue d'aller de l'avant. Peut-être trop puisque l'artiste a incontestablement pris le pas sur l'artisan, le créateur.
Après le Nosfell extra-terrestre, sorti de nulle-part avec Pomaïe klokochazia balek puis le Nosfell s'orientant très judicieusement autour d'axes variés en compagnie de Kälin bla lemsnit dünfel labyanit, voici ("enfin !" diront certains) le Nosfell tempétueux, vigoureusement Rock, du moins en apparence. Si, a priori, le contrat devrait être rempli haut la main par l'artisan, le bilan de l'artiste ne s'apprécie qu'en demie-teinte. A trop vouloir en mettre plein la vue, Nosfell semble s'être perdu dans cet empilement de sons, certes sauvés par une production tout ce qu'il y a de plus honorable (n'oublions pas que Alain Johannes est aux manettes). Bien sûr, lorsqu'on arpente envolés fiévreuses et parpaings rugueux, la magie finit bien par opérer mais elle ne fait pas vraiment mouche lors des intermèdes dépouillés ("Suanij...", "Mari dus"), moments de fébrilités pourtant si bien maîtrisés auparavant, et tourne littéralement au désastre lors de l'apparition de Daniel Darc sur "La romance des cruels". Sans parler des ultimes "Hej noïta" et "Avaden", car si on supportait les petits "Houououou" de "Lugina" ou les chuintements de "Olyase tilan", les deux derniers titres de la tracklist manquent totalement l'effet escompté et finissent de couler la barque déjà sérieusement endommagée une fois la première moitié de l'album écoulée. Et au sujet de "Kodalit", que penser, entre autres, de son intro tellement "Everlasting gazienne" ?
On quitte donc ce Nosfell-là avec un arrière-goût pas franchement réjouissant. Dommage car "...Jüsila", "Subilutil", "Alaj lis alaj", "Lugina" et même "Bargain healers" (pourtant assez basique), assuré en compagnie de Josh Homme et Brody Dalle, brillent de mille feux mais trop de déconvenues font de Nosfell un album à classer parmi ceux qui auraient gagné à n'être qu'un simple maxi. Bien malheureusement.

Nosfell / Chronique LP > Kälin bla lemsnit dünfel labyanit

Nosfell : Kälin bla lemsnit dünfel labyanit Fin 2006, Nosfell continue de faire l'iconoclaste et de nous surprendre. Avec dans son balluchon, des sonorités toujours à la croisée du rock, de la chanson et du folk, Labyala et Pierre se permettent même, à l'occasion, d'entrouvrir les portes du free-jazz (la fin de "Majodilo tepü jaredü") ou de la pop la plus noble ("Path of green (memory of a crimson door under the waves)"). Car ne pouvant se contenter d'une simple redite de Pomaïe klokochazia balek, Nosfell a su agrémenter son univers de nouveaux éléments, quitte à en laisser d'autres de coté.
Au premier rang, les apparitions fugaces d'une batterie donnant un peu de tonus à quelques pistes et d'un piano apportant à "Oh ! it's been a long time, but we're glad you came" une trame délicieuse. En revanche, les borborygmes samplés de Labyala se font plus rare, ou sont moins mis en exergue et le groupe a moins souvent recours à des rythmiques chaloupées qui faisaient l'entrain de plusieurs morceaux du premier album. Ceci ayant sans doute pour but d'éviter tout systématisme. Il y a quand même "Your elegant hat", "I jaün bebdeï" et "Likade liditark" qui sont là pour me faire mentir ! Le premier pour son mordant qui ne demandait qu'à s'échapper et les deux autres, pour renouer avec quelques borborygmes bien sentis. Mais les variations du chant de Labyala allant de graves en aigues, contrastant ou non avec les cordes de Pierre sont toujours là. Tout comme cette volonté de créer une bulle reliant l'artiste à son public, incluant tout autant l'aspect musical que visuel. Et aussi ces textes en klokobetz, cet émerveillement permanent pour les ambiances éthérées ou encore cette folie créatrice d'un monde parallèle.
En seulement deux opus, c'est déjà devenu une habitude, mais rien n'est à éviter sur un album de Nosfell. Je ne vais pas décortiquer chaque titre mais indiquerai mes préférences pour le grandiose crossover "folk/country/bluesy" intitulé "Jalin madaz" et "The gorgeous hound" qui, à mon avis, lui sert d'intro (tout comme " BlØwtilan" à "Günel", d'ailleurs). Gros coup de chapeau aussi à "Majodilo tepü jaredü" audacieux comme pas deux, à "Hope ripped the night" beaucoup plus subtil mais d'une noirceur à peine dissimulée, à "Ta main, leurs dents" que l'on se surprendra à fredonner assez rapidement ou à "Le long sac de pierres" et ses choeurs réconfortants. Mais bien sûr, c'est "Your elegant hat" qui obtient le plus rapidement les suffrages du morceau incontournable et vous comprendrez pourquoi en l'écoutant !
Le son plus étoffé que son prédécesseur, l'ouverture sur de nouveaux horizons, la co-écriture de Pierre Le Bourgeois sur quelques titres, la participation de musiciens venus d'ailleurs (le saxophoniste Peter Corser sur deux titres et le multi instrumentiste Bertrand Belin, ici à la guitare, sur un autre) font de Kälin bla lemsnit dünfel labyanit un album abouti, sensuel, réussi (cela va sans dire) et toujours à mille lieues des immondices suggérés par le petit écran rentable et loin de toute vraie poésie.
Ultimes remarques, au sujet de l'emballage de l'objet. Comme vous l'aurez remarqué, c'est un titre marketté à mort (Kälin bla lemsnit dünfel labyanit) et un visuel spécialement étudié pour séduire les midinettes qui ont été choisi pour élargir la cible des télé-fans de Nosfell. Je plaisante, bien sûr ! Le travail visuel prend une place particulière chez Nosfell puisqu'on retrouve en plus du livret contenant les paroles en anglais, français et klokobetz (écrites grâce à l'alphabet klokobetz et ses caractères uniques !), un dépliant en 4 volets constitué d'une jolie illustration, prolongement féerique de la pochette.
Il ne reste plus qu'à croiser la route de Nosfell pour prendre toute la mesure de ce deuxième opus sur scène mais ceci ne sera pas un souci, vu le nombre de dates déjà annoncées...

Nosfell / Chronique DVD > Oklamindalofan

Nosfell : Oklamindalofan Après "seulement" un album (mais quel album !), Labyala Nosfell et Pierre Le Bourgeois proposent un DVD qui se révèle être un outil très utile à l'entrée dans l'univers de Nosfell.
Pièce principale : le concert. Enregistré dans l'écrin du Botanique de Bruxelles, le 15 décembre dernier, la performance du binôme est, tout comme la captation vidéo, sobre, épurée, rendant Labyala presque timoré, tempérant ses habituelles gesticulations. L'exhaltation que l'on connait du monsieur semble calculée, millimétrée afin, peut-être, de ne pas prendre le pas sur la musique. Si il paraît moins enflammé qu'à l'accoutumée, le spectacle n'en est pas moins de grande qualité, et offre de quoi ravir vos mirettes et vos esgourdes : l'envoûtement généré sur le public par le duo est parfaitement retranscrit. Et si le public est laissé hors-champ, c'est pour mieux porter son attention sur le groupe, interprétant les principaux titres de Pomaïe klokochazia balek ainsi que quelques autres, s'intégrant parfaitement au set assez consistant puique d'une durée de 90 minutes !
Les morceaux s'enchaînent, Labyala n'oublie jamais d'introduire ses morceaux avec la narration des histoires du Klokochazia, Pierre passe de son violoncelle à sa basse, Labyala se permet de torturer les sons de sa guitare ("Lizün", "Gouz mandamaz"), la prestation suit son cours, le temps passe et comme toute les bonnes choses, ce splendide concert a une fin.
Mais comme les Klokochaziens ne sont pas avares, ils n'ont pas omis d'intégrer à cette galette quelques bonus ! Doublant la durée du DVD, il s'agit plus d'une réelle seconde partie que de simples bonus... Bref, combat sémantique mis à part, trois sections composent les "bonus" (intitulés non sans malice "Un peu plus de trucs") de Oklamindalofan et ce sont ces "trucs" qui m'ont le plus emballé.
Si vous ouvrez "Lizün collection volume 1", vous aurez accès à près d'une heure de morceaux inédits (simplement en audio), flirtant plus avec l'improvisation en milieu jazz décomplexé d'Akosh que vers les morceaux à l'âme Rock de l'album. Nosfell démontre à nouveau sa capacité de grand explorateur du Klokochazia et de nous en rapporter des morceaux intenses, subtils et toujours aussi innovants. Suivront 20 minutes de concert dans une église à Lignan et quelques instants aux Vieilles Charrues 2005 qui exploitent les contrastes possibles de ce duo si génial et si attachant. Concert acoustique et intimiste (même si quelques chaises sont malmenées par les musiciens au coeur de l'édifice) accompagné d'un charmant enregistrement vidéo, presque en caméra cachée dans le premier cas et passage sur la scène Kérouac, devant une foule inquantifiable et prise de vue très pro dans le second. Pour terminer l'inventaire, "A voix nue" aurait pu être sous-titré "petit cours d'anatomie entre amis" puisque Labyala -himself- explique de façon très posée et presque trop facilement sa méthodologie de travail pour produire de tel sons et s'en servir à des fins artistiques.
Au final, c'est un DVD plein à craquer que les virtuoses du Klokokazia ont produits et que vous pourrez vous procurer seul ou, pour quelques euros de plus, accompagné du somptueux Pomaïe klokochazia balek.

Nosfell / Chronique LP > Pomaïe klokochazia balek

Nosfell : Pomaïe klokochazia balek Avec son premier album, Nosfell nous emmène sur ses terres, le Klokochazia, où les songes peuvent être doux, charmeurs et câlins mais aussi sauvages et impulsifs. En imaginant une langue (Klokobetz) qui lui est propre, en la superposant à des borborygmes samplés, sa guitare ou les cordes (de violoncelle ou de basse) de son acolyte Pierre Le Bourgeois, Nosfell invente une musique unique en son genre et difficile à classer, entre chanson, folk et rock.
Cette voix, merveilleusement chatoyante et limpide, évolue d'aigus hauts-perchés en graves subsoniques d'une façon déconcertante. La guitare est elle aussi très claire, ponctuant lisiblement chaque titre avec fraîcheur. Le violoncelle, tragique ou envolé, supporte les doléances de son maître avec splendeur. "Children of windaklo", la piste d'ouverture, semblable à une comptine ou "Smoke", requiem déguisé, font partie des titres posés, soufflant une brise légère et laissant le duo développer un sens extraordinaire de la mélodie. Ces pistes, couvertes d'humilité, permettent de reprendre son souffle entre d'autres morceaux, eux, exaltants de folie ("Shaünipul ", "Gouz mandamaz"). Car ne vous y trompez pas, Pomaïe klokochazia balek est empli de reliefs, poussant à chaque fois un peu plus les limites de ce qui semble être possible. Le disque possède ainsi sa face nerveuse et enjouée : des rythmes tribaux, le phrasé si changeant (autant inspiré par le rap que par le chant lyrique) de Nosfell ou parfois, la basse frissonnante se fondent comme par enchantement aux arrangements façonnés avec sagacité.
En développant des contrastes, et la façon dont il le fait, Nosfell s'accapare des espaces jusque-là très rarement atteints et délivre un lot de bonnes surprises ("The wise left hand", "Jaün sev' "zul", ...). Vraiment, aucune ombre n'est à déplorer au tableau de ce Pomaïe klokochazia balek que l'on réécoute avec délectation.
Le mot de la fin consistera à souligner encore une fois la grandeur de cet album (autoproduit qui plus-est) qui rend déjà impatient de connaître la suite des aventures de Nosfell. Et, pour avoir vu la "bête" sur scène, je ne peux que vous conseiller d'aller voir ce phénomène en live, vos yeux et vos oreilles seront gâtés !