Narrow Terence - Violence with benefits Violence with benefits a tout du titre racoleur. Mais il prend sens lorsque l'on découvre les tenants et les aboutissants de l'histoire du nouvel album de Narrow Terence. Né d'un fait s'étant produit fin 2010 dans les loges d'une salle de concert parisienne où le groupe a violemment agressé une personne, le condamnant ainsi à 150 heures de travaux d'intérêt général, l'enregistrement de ce quatrième disque s'est effectué en 48h dans une chapelle baroque. Cette dernière avoisinait l'école nationale de musique d'Apt dans le Vaucluse, lieu où les frères Puaux ont effectué leurs heures de TIG en y donnant des cours à ses élèves. S'en sortant finalement pas trop mal dans l'histoire, Narrow Terence s'est confessé à travers une œuvre urgente mêlée d'orchestrations magiques sous influence maléfique. La violence restant toujours enfouie même si, pour étayer le propos, la formation privilégie un folk rock brumeux vague à l'âme aux influences marginales plutôt qu'un rock brut très électrique et frondeur.

C'est en quintet que le groupe opère sur ce Violence with benefits avec Christelle Lassort au violon, Alexandre Viudes à la batterie, au vibraphone et à la basse et Kevin Cerovich au trombone et à la batterie. Une équipe qui dessine la silhouette d'un folk rock caverneux sincèrement touchant et profondément mélancolique. Imprégnée d'une voix rauque piquée au vif (la comparaison avec Tom Waits n'est pas volée), la musique de Narrow Terence avive la curiosité de par la sensualité dérangeante de ses quatorze compositions tout en évoquant des sujets durs tels que la mort ou le mensonge. Univers troublant et saisissant donc mais sacrément jouissif, digne d'une bande son d'un roman de Charles Bukowski. Tandis que la forte présence du violon dans cette production ensorcelle dès le départ l'auditeur avec la flippante "Bottom bitch", les guitares se font souvent délicates ("liar", "Ghost meeting"), sont par moment mises en retrait au profit d'arrangements orchestraux ampoulés ("Edgar A. Poe", "Dinner") ou, au contraire, s'y intègrent à merveille comme sur la sinueuse mais sublime "Wet dead horses". Quant aux rythmiques variées, entre percussions sauvages et ouatées, elles démontrent les aspirations stylistiques quasi sans limite des amis d'Ez3kiel. Ces anti-héros développent avec Violence with benefits une prouesse singulière à l'acoustique soignée hantée d'un esprit turbide. Un album fait par des têtes brûlées pour des têtes brûlées.