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Mudhoney / Chronique LP > Vanishing point

Mudhoney - Vanishing point Cinq ans après The lucky ones, revoici Mudhoney, pionnier du grunge, avec sous le bras un neuvième album studio dispo chez l'incontournable Sub pop (une désormais habitude), histoire de fêter comme il se doit, un beau quart de siècle d'une carrière déjà bien remplie. D'autres font des best-of, eux continuent de pondre des albums. Et des bons, c'est ça le "pire". Quelque part entre indie-rock de saloon joyeusement incendiaire quand il faut ("Sleeping away", "I like it small") et fougue punky dégingandée qui fait des bulles et déborde de partout ("Chardonnay", "The only son of the widow from nain"). Mais surtout une bonne rasade de morceaux (de) rock qui transpirent du futal ("In this rubber tomb", "The final course", "I don't remember you") et viennent gentiment chatouiller les écoutilles.

Une énergie contaminatrice, la même envie d'en découdre qu'il y a vingt-cinq ans, les Mudhoney jettent un oeil dans le rétroviseur et regardent devant eux, ramenant leurs racines rock légèrement old-school pour proposer un cocktail hautement efficace qui ne sent pas le vintage daté. Les automatismes du groupe sont bien là, parfois même un peu trop tant on sent la mécanique bien rôdée, oubliant au passage de prendre le moindre risque artistique. Mais quand bien même on garderait ce défaut un peu trop à l'esprit, le groupe envoie la sauce façon Stooges et s'il manque parfois de souffle, de puissance brute, d'originalité, mais pas de cette frénésie pop grungy qui tient encore suffisamment la route pour rester largement convaincante. On valide.

Ni plus géniaux qu'à l'accoutumée, toujours pas moins bons que dans leur normalité, les vieux routiers de Mudhoney sont fidèles à eux-mêmes. Indépendants et racés. Et l'éternel outsider sous-estimé du rock des 90's passant derrière le trio magique Nirvana/Pearl Jam/Soundgarden assure le coup avec la maîtrise des excellents "lucky loosers" qu'ils ont toujours été. Juste vraiment très bons et parfois même plus... comme dans sa constance à occuper le haut du panier du grunge qu'il a de toutes les façons très largement contribué à inventer, façonner, inspirer....

Mudhoney / Chronique DVD > Live : Berlin 1988

Mudhoney - Live : Berlin 1988 Le week-end du 11 octobre 1988, Mudhoney n'a sorti qu'un single ("Touch me I'm sick") édité à 800 exemplaires sur le petit label Sub pop, leur EP (Superfuzz bigmuff) n'est pas encore dans les bacs... Et pourtant ce sont eux qui sont choisis par le festival Independence Days de Berlin pour amener en Europe ce nouveau son qui traîne ses guêtres et hante les caves de Seattle. Le quatuor traverse donc l'océan pour 40 minutes de show partageant la scène avec les Young Gods, PIG, ou les Buzzcocks. Si Mudhoney en est déjà là, c'est que Mark Arm (chanteur) et Steve Turner (guitariste) ont connu quelques bons moments avec leur groupe précédent Green River. Fin 1987, ils se séparent laissant à ses autres membres le soin de monter Mother Love Bone puis Pearl Jam, eux deux initiant donc Mudhoney avec Matt Lukin (des Melvins) et Dan Peters (qui fera quelques roulements pour Nirvana). Bref, les Mudhoney déboulent au Metropol pour (re)présenter le "grunge", un terme dont Mark aurait la parenté (il l'a utilisé dans un courrier présentant son groupe à un fanzine en 1981 et l'expression a été reprise par l'auteur de l'article).

Amplis pourris, guitares pourries, TShirts de "Loser", cheveux blonds au vent, lumières cradingues, sons cradingues aussi, Nirvana n'existe pas encore et on a pourtant l'impression de les voir jouer, c'est dire l'influence qu'ils ont eu sur Kurt Cobain et les siens... Mudhoney expédie les six titres de son EP, son single et sa face B ("Sweet young thing ain't sweet no more", titre qui sera repris par les Melvins et dont une phrase sera "empruntée" par ... Nirvana) et un titre (bientôt phare) de son album éponyme qui paraîtra l'année suivante ("Here comes sickness"). En gros, les mecs de Seattle livrent tout ce qu'ils ont de meilleur au public berlinois avant de retourner chez eux découvrir les salles de leur pays dans les valises de Sonic Youth (ouais c'était déjà la classe).

Filmé avec quelques caméras et sans trop de chichis, le DVD propose de revivre ce concert et n'ajoute en bonus qu'une interview de Mark Arm (en VO sans sous-titres, t'avais qu'à prendre anglais en première langue au collège) qui durant un petit quart d'heure revient sur la création du groupe, la découverte des grandes bières allemandes, leurs nuits de beuverie à Berlin, la fin de Green River, l'expérience de la scène, tacle un peu le très "hype" NME, parle de leur public... Le contenu est donc un peu léger (même si ce concert vaut son pesant de cacahuètes) et on aurait aimé que le label en ajoute un peu (pourquoi pas les clips de "Touche me I'm sick" et "Here comes sickness", pourquoi pas des photos de l'époque, pourquoi pas un petit doc. sur le groupe...). Les fans seront ravis d'avoir ce show dans leur DVDthèque mais c'est un peu light pour attirer celui qui ne connaît pas plus que ça ce groupe qu'on dit culte alors qu'il n'a fait qu'une courte apparition dans le sacro-saint Billboard (surfant en 1992 avec Piece of cake sur la vague créée par le plongeon d'un bébé dans une piscine).

Quelques semaines après ce concert berlinois, un petit groupe pas franchement carré avec un chanteur blond fan des Melvins et de Mudhoney, sortait son premier single chez Sub pop : "Love buzz", l'Histoire de la musique allait connaître une nouvelle grande épopée, ce Live : Berlin 1988 en est une des plus importantes racines.