Mogwai - Rave tapes Après avoir tout explosé sur leur passage en 2011 avec Hardcore will never die, but you will, disque bouillonnant, laissant le groupe au cœur d'une évolution l'emmenant sur les sillons d'un indie-rock racé et organique au "détriment" du post-rock majestueux dont ils sont quasiment les "inventeurs" sur le vieux continent, les Mogwai n'ont pas vraiment chômé. Un EP (Earth division), une très belle bande-son pour une série qui l'est beaucoup moins (Les revenants, surestimée mais qui surnage toutefois au beau milieu d'une production télévisuelle hexagonale sclérosée), un album de remixes plutôt oubliable (A wrenched virile lore) et pas mal de concerts. Les Ecossais ont été plus qu'occupés mais ça ne les a pas pour autant empêché de trouver le temps et l'énergie créatrice de confectionner un nouvel album studio : Rave tapes.

Un disque qui dans ses premiers instants et le très beau "Heard about you last night" livre une intro' ténébreuse, appelant à l'envoûtement de l'auditeur en exhalant une classe contagieuse qui transparaît également lors des pistes suivantes. Mais après une telle merveille, difficile de revenir à la réalité. Alors les Ecossais ont la riche idée de changer un peu de registre, proposant avec "Simon ferocious", leur lecture très personnelle d'un certain rock répétitif mâtiné d'électronique suranné. Un discours en forme d'ode à la musique synthé rock "lourde" et robotique (l'efficace "Remurdered"), à l'esprit post-rock plus traditionnel aussi ("Hexon bogon"), au magnétisme narcoleptique surtout (en témoigne notamment l'immersif et intemporel "Repelish"). On l'a compris, quoiqu'ils entreprennent, les Anglo-Saxons maîtrisent leur sujet à la quasi perfection. Et si deux/trois titres sont en deça de leur toujours immense potentiel (on pense notamment à "Master card" ou "Deesh" assez oubliables), le contenu de ce Rave tapes est en permanence au bas mot très honorable.

Parce que le minimum syndical chez Mogwai est forcément un sommet difficilement atteignable chez nombre de leurs contemporains et que les Ecossais ont toujours cette capacité à rebondir après une ou deux pistes à l'excellence moindre pour livrer un climax de toute beauté ("Blues hour" et son indie-rock classieux mais pénétrant, un "No medicine for regret" empreint d'une mélancolie habitée). Et alors que l'on ne se demandait même plus si le groupe allait poser un single quelque part, c'est à l'heure du dernier morceau "The lord is out of control" qu'il se décide enfin. Expédiant par la même occasion dans les enceintes un titre (trop) chargé en effet et qui n'est certainement pas ce qu'il a fait de mieux. Même s'il a au moins le mérite de ne jamais réellement se reposer sur ses acquis, prenant sans cesse des risques, certes calculés, mais aussi salutaires qu'artistiquement libérateurs.

Fascinant.