Mogwai - The Hawk is howling Après l'excellentissime Mr Beast, Mogwai dévoile The hawk is howling et démontre que le groupe est dans une phase créatrice qui lui vaut de produire des morceaux de très haut niveau. Les écossais ne perdent pas leurs temps en courbettes inutiles et circonvolutions arty stériles pour nous faire entrer directement dans leur nouvel album. "Im Jim Morrisson, I'm dead" est à ce titre d'une élégance mélodique rare. Une beauté mélancolique, pleine de solennité mesurée, un clavier enjôleur et des harmonies graciles, Mogwai nous fait déjà succomber après un seul et unique morceau. Une petite douceur et les britanniques durcissent soudainement le ton avec l'implacable et légèrement Toollien "Batcat". Lourd, rageur, presque animal, ce second titre met la mécanique sur orbite en faisant tourner la machine à riffs à pleins tubes, quand "Danphe and the brain" (ou est-ce Daphne... peut-être une inversion sur le verso du CD promo) revient vers des territoires musicaux plus évanescents, usant à loisir d'un orgue électronique pour nous plonger dans une torpeur semi-consciente et nous transporter vers les limbes du post-rock ("Local authority").
D'ailleurs, c'est à ce moment que l'on se rend compte que les frontières de ce (sous)-genre musical, en partie initié par les auteurs du présent The hawk is howling, sont définitivement devenues très floues. Mogwai flirtant ici avec les codes du rock et de la pop indie anglo-saxonne, délivrant des arrangements suaves non sans en conserver une écriture unique qui transcende littéralement les styles abordés. Comme lorsqu'il la joue délibérément rock sur le lumineux "The sun smells too loud". Titre solaire en forme de petite friandise musicale qui laisse l'esprit léger quand "Kings meadow" puis "I love you, I'm going to blow up your school" (et son crescendo final cathartique et éruptif) nous replongent avec bonheur dans les affres d'une mélancolie noctambule et ténébreuse. Puissance des guitares ou douceur et volupté des arrangements synthétiques d'un groupe au sommet de son art, Mogwai mêle les deux au grès de ses désirs, livrant ainsi un "Scotland's shame" lunaire aux nappes de guitares qui électrisent l'atmosphère et consument les sens. Maître de ses effets, catalyseur d'ambiances, le quintet livre avec "Thank you space expert", la plage sonore (?) la plus courte de sa carrière (4 secondes de silence absolu... sic) avant de boucler la boucle sur "The precipice". En configuration : "rock lourd et incisif", Mogwai conclue les débats sur une note de puissance, afin de mettre tranquillement et sans trop d'efforts le monde à ses pieds. On appelle ça avoir la classe...