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Manu Chao > Interview / rencontre avec Manu (août 2001)

Il y a des jours comme ça où tout va bien. Bel après-midi entre amis, un bon concert de prévu, une file d'attente vite infiltrée. Bref, le pied. Une belle prog' de concert, jugez en plus tôt : Ceux qui marchent debout, fanfare peu statique et joviale, et Manu Chao. Manu, l'homme qui a participé à l'aventure Mano Negra, parti d'un deal avec Boucherie Prod pour finir à faire le tour du monde. L'homme qui connaît le succès mérité grâce à deux albums minutieusement élaborés mais d'une simplicité touchante. Bref, Manu quoi ! On aura beau dire de cet homme, j'ai eu la chance de le rencontrer backstage au Zénith de Nancy après maintes discusssion pour approcher le musicien. Une fois arrivé, c'est un homme décontracté, parlant moitié français moitié espagnol pour ses musiciens, qui se dresse devant moi. Pas de rencontre prévue à la base, l'homme est fatigué du concert mais il me propose de réaliser une interview improvisée, yeux dans les yeux. Vite, une feuille, un crayon, c'est parti …
[cette interview a été prise à la main, j'ai donc reconstruit les phrases pour être cohérent.]

manu chaoJ'ai lu parfois que tu te considérais comme citoyen du monde ?
Oui. Je suis né à Paris mais cela ne me fait ni chaud ni froid. Mon père est originaire de Galice, c'est donc un espagnol breton, et ma mère vient du pays Basque. La Galice, c'est vraiment un endroit de fête où les punks se mélangent avec les personnes agées pour ce seul but : s'amuser. Je suis basé en ce moment à Barcelone en Espagne, mais j'ai passé 7 ans sans rien, sans avoir un chez moi. On a commencé les répéts dans la rue avec pour nous accompagner des bières et des joints. On a répété 3 ou 4 mois comme ça, puis on a débuté des répéts electriques. Je bénéficie vraiment d'un groupe tout terrain, capable de jouer dans les bars ou sur des grandes scènes.

Quel est donc le paradis pour toi ?
L'Espagne ! Tous en Espagne !!! En France, les gens sont flippés. Quelque chose s'est perdu, Paris est devenue tendue. En Espagne, il n'y a pas de risque. Si ça doit fritter, ça fritte. Mais à Barcelone, tu peux te promener dans la rue tard dans la nuit sans forcement te faire aggresser. Mais Barcelone, dans 5 ans, c'est comme Paris. Attends, maintenant, les bars ferment à 3 heures du matin à Barcelone. C'était impensable il y a 10 ans ! Mais venez tous en Espagne, pour les fetes !

Tu sors ton deuxième album solo, et pourtant c'est ta première tournée française ? Pourquoi une tournée n'a pas eu lieu après le premier disque ?
C'est simple, il n'y a pas eu de tournée parce qu'il n'y avait pas de groupe ! En fait, j'avais en tête un groupe de rêve, un groupe idéal avec lequel une tournée aurait été possible. Seulement, les musiciens n'étaient pas tous dispo ou toutes srote de chose qui ont fait que ce groupe n'était pas constitué. Là, c'était maintenant ou jamais. Le groupe a été monté, le deuxième disque est fini depuis 1 an et demi, c'est en fait notre troisième tournée, car précédemment à cette tournée européenne, il y a eu deux tournées Sud-Américaines. Le groupe se sépare tous les deux mois, on ne sait jamais s'il se retrouvera pour jouer ensemble. C'est pour garder une sorte de fraicheur, histoire de se dire "on va revenir encore plus fort qu'avant la dernière séparation". Il n'y a rien de vraiment calculé.

Tu ne vis pas en France, mais es-tu au courant de ce qui se passe musicalement en France ? Y a-t-il des groupes que tu apprécies ?
Zebda ! C'est des frères ! C'est vraiment un groupe exceptionnel, des vrais frères. Ce groupe existe depuis longtemps, ils n'ont pas attendu le succès pour tourner, et le succès justement, ils le gèrent bien. D'ailleurs, on finit la tournée à Toulouse… ça fait plaisir de voir tous ces jeunes groupes faire de la Mano Negra. En France, j'aime bien les Spook and the Guay, le rap puis des vieux potes comme les Lofofora qui sont du 18ème, la Moskowa, tout ça…

Ca ne te fait pas chié de jouer que dans les grandes salles, ce qui est forcé avec ton succès ?
Je vais te dire, en Espagne, quand on fait des concerts, le plus souvent, on ne fait pas d'annonce, on va dans des clubs et on joue. On fait juste une annonce le jour même. Alors ça se bouscule et forcément, les gens qui ne peuvent pas rentrer gueulent. Et quand on joue dans des grands endroits, il y a toujours des gens qui voudraient qu'on joue intimiste dans des petites salles. Alors le mieux dans des endroits comme le Zénith de Nancy par exemple, c'est de jongler. Tu fais le show comme ce soir, et après le concert, on va tous dans un bar et on joue. C'est une sorte de troisième mi-temps, qui commence avec un accordéon...

Peux-tu nous parler de ton disque et du concept "Manu Chao" ?
Il n'y a pas de concept, ou alors il change toutes les semaines. En fait, le concept commun à ces deux disques solo, c'est "Casa Babylone" de la Mano. "Casa…", c'est le papa de ces deux disques que j'ai fait. A cette époque, la Mano n'existait plus vraiment ! Le concept, c'était se retrouver seul en studio, et attendre l'inspiration. Maintenant, je bosse avec un studio mobile avec lequel je me déplace pour chasser l'instinct. Maintenant, avec cet objet, il peut se passer 1 heure entre la composition et l'enregistrement d'un morceau, cest super pratique !

Qu'est ce que tu penses d'Internet, de toute cette technologie ?
Pour moi, Internet, c'est une chance immense ! Internet, c'est comme le monde, il y a des trucs cool et il y a de la merde. Internet permet de communiquer, c'est une super arme. Moi qui ne suis pas fixe, ça me permet de communiquer avec mes amis, c'est génial. Internet est la plus grande encyclopédie de l'Histoire de l'Humanité. Tu trouves tout !
Et les Mp3 ?
Pour moi, les Mp3, il faut gérer ça au niveau des gens. Pour moi, des groupes connus qui luttent contre le Mp3 (il cite Zazie aux victoires de la Musiques), je trouve ça vraiment déplacé. Ces gens là font déjà de la caillasse !!! On devrait plutôt se battre pour baisser le prix des disques. Pour les "petits" groupes, le Mp3 peut-être dur à avaler. Pour moi, il faut acheter les jeunes groupes et graver les autres, les "installés". Les gens doivent prendre conscience de protéger les "petits" groupes.

Dernière question : bah c'est à toi de me la poser !
Ok…tu seras à Gênes en juillet?
(étonné) euh, nan…
… pour le sommet du G8 avec tout le gratin… En tout cas, nous on y sera pour manifester contre cette réunion des chefs d'états gavés de thunes alors que certains meurent de faim. En plus, ceux qui organisent ça sont vraiment trop cons, car Gênes est accessible à tout le monde. Il va donc forcement s'y passer quelque chose, on va faire bouger les choses ! Il y a des bus de clandestins, des musicos, des bastonneurs, des pacifistes, tous réunis dans le but de dire non !!! En plus, les organisateurs ne feront plus jamais la connerie de préparer cette réunion dans une ville comme Gènes car la ville est super accessible avec ses ruelles, … ça va etre un vrai merdier pour eux !


Effectivemment, ça sera le merdier quand on regarde les conséquences. L'interview peut paraître maigre, mais sans le matos pour enregistrer à disposition, c'était chaud. De plus, Cette relation qui s'est installé entre Manu et moi n'était pas celle de l'intervieweur et de l'interviewé. Il s'est créé un climat de confiance, de respect et de complicité pendant ces minutes. Il a sans doute apprécié mon intérêt pour sa musique, ma passion pour LA musique. Je lui ai bien rendu du fait de sa simplicité, de sa bonne humeur et surtout de son respect, de son amour de discuter avec des gens qu'il ne verra qu'une heure dans sa vie. Un être humain, merci à lui mais aussi à Dalila, Stéph, Pascoulette et Tito du Zénith sans qui rien n'aurait été possible !

guidechampi
Août 2001

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