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Biographie > Le carnaval du prog'

Né en 1997 du côté de Perth en Australie à l'initiative d'une bande de lycéens désireux de jouer des reprises de Carcass ou Nirvana, Karnivool fait ses premières armes comme bien d'autres groupes de leur âge, sans trop faire de bruit, dans leur coin, avec une audience limité à leur cercle d'amis. Et ce n'est pas vraiment l'EP éponyme qui sort en 1999 qui change la donne, le premier "véritable" enregistrement officiel ayant une considération réelle étant en réalité Persona qui paraît deux ans plus tard.
Mais c'est à la fin de cette année 2001 que le groupe commence à se faire remarquer, jusqu'à partager l'affiche avec Fear Factory, ce avant de s'atteler à la confection d'un premier album pour lequel les Australiens prendront leur temps, ne le sortant qu'en 2005. Tout comme ils mettront quatre années supplémentaires pour livrer Sound awake (en 2009) donc, en se payant le luxe d'être extrêmement indépendant, tout en signant une licence de distribution en major (chez Sony Music).
Quatre ans de gestation, toujours dans leur coin et encore en licence mondiale avec un structure à résonance planétaire, la recette est la même lorsque le groupe sort Asymmetry en 2013.

Karnivool / Chronique LP > Asymmetry

Karnivool - Asymmetry Intro toute en volutes de fumée ambient discrètes, Karnivool ne cherche pas trop à en montrer au moment d'inaugurer Asymmetry, qui n'est "que" le troisième album de la formation australienne en quinze ans de carrière. Une voix toute aussi légère, pointant dans les aigus façon Dredg meets Sigur Ros surplombant l'ensemble, le groupe ménage ses effets et ses lorsque débute "Nachash" que l'on entre réellement dans le vif du sujet. Du rock progressif intelligent et de très haute volée à tous les étages : une puissance de feu incontestable, en quelques plans les natifs de l'hémisphère sud mettent tout le monde à leurs pieds et impressionnent au fur et à mesure que le morceau déroule son fil d'Ariane électrique. On apprécie.

On pense tour à tour à Dredg, feu-Oceansize ou Porcupine Tree, Tool (la classe n'est-ce pas ?) aussi et pourtant, au petit jeu des différences, Karnivool n'a certainement pas à rougir de la comparaison. Pas plus qu'il ne déçoit lorsqu'il s'agit de faire montre d'une dextérité plus éprouvée sur un "A.M War" ou un "We are" à la maestria formelle étourdissante. Tantôt foncièrement rock, d'autres fois outrageusement prog', voire même en quelques fulgurances légèrement métalliques, la formation australienne assure sans ciller, en témoigne notamment le puissant "The refusal", qui vient gentiment butiner les amplis alors que l'on ne s'y attendait pas forcément. Et même lorsqu'il s'agit d'adopter quelques instants des formats plus pop avec le majestueux "Aeons", le résultat se dévore encore une fois avec un appétit évident ("Eidolon"). Entre-temps, les océaniens ont accouché d'un vrai/faux interlude classe (l'éponyme "Asymmetry") et font tout cela avec une aisance confondante.

Une parfaite maîtrise de son sujet qui transparaît sur des plages plus ou moins méditatives ("Float"), lorgnant du côté de la mouvance psychédélique pop ("Eidolon", "Alpha omega") avec une poignée de climax admirablement bien structurés ("Sky machine"), ou alors une avalanche de riffs qui s'abattent sur l'imposant "The last few" pour lequel les Australiens moissonnent leurs instruments bien comme il faut pour en mettre plein les enceintes, Karnivool sait à peu près tout faire. Et bien mieux que la majorité de ses contemporains. Rock atmosphérique, métal progressif, pop interstellaire : complexe mais pas trop, subtil et ne se dévoilant qu'au prix d'écoutes répétées, Asymmetry est un album à la modernité sidérante, parfois légèrement futuriste même dans sa trame narrative et qui fait date dans la discographie du groupe. Et en même temps, vu le temps qu'il met à les écrire, ce n'est pas du luxe. N'empêche qu'un tel talent, c'est limite obscène, on est bien d'accord.

Classe absolue donc.