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Biographie > Kap ou pas kap ?

Il y a comme un vent sauvage et primaire qui vient de me caresser la joue : voilà que le duo bordelais Kap Bambino, formé début 2000 par Caroline et Orion, associé depuis 3 ans au label Because Music (Metronomy, Klaxons, Late of the Pier...) nous dévoile Devotion, leur troisième album, conçu après 1 an et demi de vie et d'immersion dans un des ghettos de Londres.

Kap Bambino / Chronique LP > Devotion

Kap Bambino - Devotion Il ne m'a même pas fallu 3 écoutes pour situer l'album, défaire les titres de leurs rangs et me les approprier, tant la majorité sont fort d'identité. Même si rien de révolutionnaire, je suis sur les genoux, conquis par l'alchimie et l'inspiration du duo. Si mes souvenirs sont bons, les choses n'ont finalement pas tellement bougé depuis le Zero life (2006). Les amoureux du genre devraient y trouver leur compte. Une sauvegarde sans concession de tout ce qui me parait cher à la formation : spontanéité, liberté, énergie, engagement musical. Devotion est plus charnu que ses prédécesseurs, mais ne s'embourgeoise pas pour autant. Plus ouvert, on ose des hymnes, des ritournelles comme l'illustre la dualité du titre "Résistance alpha" ou "Under tender", solaire comme un titre de Telefon Tel Aviv.

L'opus est riche de compositions où on peut trouver aussi bien quelques airs bien épiques à grand renfort de Tape-Cul ("Devotion", "Burning", "Next resurection"), d'hymnes adolescents ("King cobra"), d'esthétique 8 bits. Mais du reste, j'entends toujours Melt Banana, Duchess Says avec la verve des Stooges. Le son est globalement froid avec une bonne partie des synths qui pourraient facilement peupler les rangs de Nine inch Nails. L'autre restante pourquoi pas ceux de M83. La voix saturée, pourtant un peu marque de fabrique du groupe est plus modérée, utilisée avec plus de parcimonie comme l'a expliqué Caroline dans Brain Magazine: "On utilisait un micro Fisher Price pour le premier album, Zero life, night vision. Mais comme les voix saturées sont devenues pas mal à la mode, on a voulu s'en défaire un peu. On est plutôt des aliens, on ne voulait pas tomber dans l'électro punk et faire la même chose que tout le monde".
Il y a toujours une dose d'artistes, ambassadeurs locaux d'un style, d'une mouvance, qui, pour d'obscures raisons se défendent toujours d'en être. Mais quoi qu'il en soit : l'élan se veut furieux, la bourrasque qui porte tout ça est bien électronique. Concédons leur cependant qu'ils sont un peu plus que ça. Rien à voir Sexy Sushi qui n'appartiennent, selon leurs dires, à rien d'autre qu'au même paysage musical que Marcel et son Orchestre ou Patrick Sebastien. Comprenons que Kap Bambino dépasse l'idée du duo qui marche à l'énergie, emmené par une voix atypique : là où l'électro clash s'amuse des choses, balance et revendique, Kap Bambino cherche clairement l'état et la condition. Ils accomplissent le beau tour de force de ne pas se caricaturer, belle prouesse d'un genre hélas désormais assez vieux pour le permettre.