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Originaire de Drancy (dans le 9-3), Geoffroy Laporte a comblé ses envies musicales dans de très nombreux groupes franciliens dont Besoin Dead, Missfist, Mobylette Facile, Les Louise Mitchels, Trostski Nautique, Comité Défaite et Ghost Mice. En 2010, il décide de s'atteler à un projet solo shoegaze-cold wave nommé Jessica93, un nom de cibiste ou d'utilisateur d'MSN Messenger qu'on retrouve sur un premier LP 12" de 4 titres (!) sorti en août 2012 en co-production (Et Mon Cul C'est Du Tofu ?, Weewee, Corn Dog Records, Tandori, Gateau Blaster, Label Brique, Attila Tralala).
En juin 2013 sort successivement le single 7" "Poison" (300 ex.), extrait de son second LP Who cares qui lui-même paraitra 15 jours plus tard sur Teenage Menopause Records, Music Fear Satan et Et Mon Cul C'est Du Tofu ?. Pas le temps de chômer pour le séquanodionysien qui enchaîne sur un troisième LP en novembre 2014 intitulé Rise. Un album dans la lignée de Who cares et qui devrait confirmer l'engouement qu'avait eu le public et la presse musicale à l'encontre de ce fan de Nirvana, The Cure ou du moins connu homme-orchestre tchèque Koonda Holaa.

Interview : Jessica93, Interview dichotomique (juin 2015)

Jessica93 / Chronique LP > Rise

Jessica93 - Rise Une véritable révélation auprès du public (avec des concerts "sold out") et un engouement de la presse musicale (une couverture inattendue dans un magazine papier assez renommé en France), à tort ou à raison, Jessica93 ne pouvait pas rêver mieux après l'arrivée presque prématurée de son troisième album, Rise. En effet, un peu plus d'an après Who cares, vendu à plus de 2500 exemplaires, le petit nouveau était déjà prêt à être diffusé, le temps d'être recontacté par les copains de Teenage Menopause Records et Music Fear Satan pour le sortir et le tour est joué. Et le moins que l'on puisse dire c'est que le disque ne passe pas inaperçu avec sa pochette qui, sans doute, concourra dans la catégorie de la pire de l'année 2014. On y voit le séquanodionysien poser façon "photo de vacances" devant sa Citroën Visa jaune avec son pote Nafi de Noir Boy George (mais également de Scorpion Violente, The Dreams et Le Chômage), alors qu'ils sont en pleine tournée commune. Un peu d'humour ne fait pas de mal de temps en temps, surtout que le bonhomme n'en manque jamais (vérifiez donc le nom de ses autres groupes dans la biographie).

Rise reprend les choses là où Who cares les avait laissées. Jessica93 continue en effet de propager à travers les enceintes sa poisseuse et glaciale cold wave qui passerait même pour de la dark pop avec d'excellents morceaux (tubes ?) comme "Asylum" (avec sa délicieuse basse qui ronfle) et "Inertia", sorte de western mélancolique hypnotique 100% addictif. On sent que Geoff maîtrise de mieux en mieux sa formule qui pourrait être considérée, tel que beaucoup l'ont souligné, comme un savoureux mélange entre le côté très sombre de The Cure, les rythmes industriels et froids de Godflesh et l'attitude inconvenante de Nirvana, dont est fan l'intéressé. Rise établit l'abonnissement du chant de Jessica93 que l'on arrive à mieux discerner qu'auparavant, et laisse échapper un soupçon de lumière ("Karmic debt"), comme si son auteur avait voulu éviter de rendre une nouvelle fois son œuvre trop dense. A l'inverse, "Surmatants" et "Uranus" aurait pu se ranger facilement dans le tracklisting de Who cares. Toujours est-il que l'homme-orchestre garde avec Rise l'âme de son bébé intacte : une sombre hypocondrie contagieuse et introspective.

Jessica93 / Chronique LP > Who cares

Jessica93 - Who cares Vers la fin de l'année 2013, par là, alors que retentit pour la première fois dans mes oreilles l'air accrocheur et le pilonnage rythmique d'"Away", titre inaugural de Who cares dépassant les 8 minutes, je me dis soudainement que je tiens entre les mains quelque chose. Une chose qu'on pourrait communément appeler une claque. Et ça va se confirmer sur la durée. Un album qui entame de la plus belle des manières mon affinité artistique jusqu'à présent inaltérée avec un bonhomme répondant au nom de Jessica93. Un blaze de compte Twitter (ou ce que vous voulez) sous lequel se cache un homme-orchestre (et non une femme) de Drancy (d'où le 93), muni d'une boite à rythme statique et d'une loop avec quelques effets pour sa basse et sa guitare qui, à tour de rôle, l'enveloppe. Pratiquant avec une touche singulière une cold wave possédée, hypnotique, et shoegaze pour le coup, le bonhomme en est à son deuxième disque au compteur, après un premier LP 4 titres de 37 minutes sorti un an auparavant. Vous l'aurez compris, Geoffroy Laporte aime développer ses idées sur la longueur et jouer en même temps sur l'aspect cyclique du rythme et des instruments pour laisser aux guitares et à la voix une liberté de jeu et de nuances de tons.

En parlant de voix, on ne sait pas vraiment quel message est apporté avec Who cares, les textes à la fois français et anglais étant dissimulés dans des effets de réverb et noyés dans le magma sonore sombre et froid. Même si on arrive par moment à déceler quelques phrases (notamment sur "French to the bones" : "Avec détachement, je regarde les trains. Je me sens si bien là que passer dessous me dirait bien. C'est pas la honte franchement de s'entendre dire ça."), la justesse n'est pas toujours au rendez-vous et est, en quelque sorte, sauvée par les effets. Rien d'anormal cependant, car l'ensemble reste cohérent : la musique d'une noirceur axiomatique, limite dépressive (jetez une oreille sur "Sweet dreams" et ses 9 minutes d'une lenteur quasi insoutenable), s'accorde parfaitement avec les quelques imperfections subjectives.

Mélange improbable de grunge et de new-wave (selon les dires de l'intéressé), Jessica93 tape très fort avec ce deuxième album et réussit, en nous l'appropriant, à donner autant l'effet d'une montée immédiate qu'une descente pénible sous crack. Tiens donc, au fait, qu'est-ce qu'on voit légèrement flouté sur la pochette ?