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Derrière ce pseudonyme énigmatique se cache en réalité la sortie la plus surprenante et la plus excitante dans les rangs actuels de la grande famille du punk qu'est Epitaph. Abandonnant un instant les énièmes resucées de Bad Religion, Brett Gurewitz a signé ni plus ni moins que le groupe de punk du nouveau millénaire, ouvert sur l'extérieur et d'une rare inventivité. Pas de doute, les Ikara Colt ont bien assimilé le son new-yorkais des Girls Against Boys, les approximations expérimentales des groupes de hardcore japonais (les Ruins en tête), tout comme les éructations habiles des Sex Pistols auxquels les renvoient leurs origines anglaises. Ils sortent ainsi de leur ceinturon un magnifique 11 coups flambant neuf, à faire remonter John Wayne sur son cheval et tous les groupes pseudo punks du monde dans leurs limousines chromées... Chat and Business règle son compte à tout les fléaux sociaux en deux riffs de gratte et trois roulements de batterie, sans effets de manche ni coup marketing fumant, voici ce qu'on appelle être punk en 2003.

Ikara Colt / Chronique LP > Chat and business

Ikara Colt : Chat and business Rien que la pochette est tout un symbole, avec ses petites cases blanches que chacun est libre de remplir à sa guise à l'aide de la petite planchette d'autocollants fournis avec l'objet. D'autant que pour sa réédition française, Epitaph a eu l'excellente idée d'y ajouter le Basic instructions Ep qui avait fait grandir la renommée du groupe avant tout enregistrement. Mais comme l'image ne semble pas la préoccupation première des anglais (pas de photo, du blanc et du noir sobre), c'est bien par le son qu'ils vont convaincre réellement. Et ce n'est pas d'instructions basiques mais d'un véritable manuel du parfait petit chimiste dont on a besoin pour déchiffrer la musique du quatuor londonien, qui s'égare allégrement entre les sonorités d'un Jesus Lizard ("At the lodge") et les boucles hardcore d'un Fugazi ("Pop group"). Le son est très low-fi sans être exagérément entraîné dans une direction trop garage, curieux mélange de saleté poisseuse mais totalement épurée ("Video clip show"). Cela aurait considérablement nuit à la crédibilité d'un groupe qui se tient bien à l'écart de la hype, préférant se concentrer sur des morceaux parfois courts et vindicatifs ("One note" est une introduction parfaite à leurs univers) et alternativement se pencher vers des ambiances plus glauques et toujours teintée d'une certaine folie maîtrisée, comme une pression souterraine qui engrange des Watts avant de se libérer en un geyser sonore décapant comme sur ce "May B 1 day" traumatisant. On pense forcément à leurs homologues d'Hot Water Music ("Rudd") sans que l'on puisse qualifier la musique d'Ikara Colt d'émo tant elle se crispe au fil des morceaux, ne s'embarrasse le plus souvent pas de gémissements et préfère de loin l'abrasif au collant ... et pour tout dire, l'objectif est largement atteint par ce Chat and Business qui décape les oreilles et les consciences avec la virtuosité des grands à qui l'on promet d'encore plus beaux jours.
Bienvenue dans le monde réel, "Here we go again".