Hoboken Division - Arts & Crafts Le blues à deux, c'est mieux. Quatre ans que Marie et Mathieu font du bruit comme cinq. Après un EP en 2012 et de nombreux concerts, il était temps pour le duo nancéien de sortir son premier album. La qualité vient à celui qui sait attendre. On a l'habitude de dire d'un album qu'il ne déçoit pas. Arts & crafts, lui, surprend.

En délaissant les sons radiophoniques pour plonger dans une fosse industrielle en fusion, Hoboken Division s'assume désormais pleinement comme un groupe garage. La prod fangeuse - même si elle empêche parfois Marie de s'approprier toute la place qui lui est due - plonge les chansons du groupe dans un écrin de chaleur aussi gluant qu'envoûtant, leur conférant la magie du mystère et du non-dit. Malgré ce brouillard sonique le duo surnage comme un poisson dans le noir et touche à tout. Il nous entraîne vers des abysses psychédéliques ("Desertion") tout en laissant percer de froides lumières depuis la surface pour ne pas nous étouffer avant la fin ("Everything's fine").

Mais pour se frayer un chemin dans cette soupe primordiale il faut des outils tranchants. Les imposantes boîtes-à-rythmes qui constituent les fondations de cet album s'en chargent. Si elles produisent effectivement le son de forges en action, ce sont des forges fantomatiques, mortes et froides invoquées par les supplications de Marie et les slides telluriques de son acolyte. Malgré cette sensation d'assister à une séance vaudou dans une usine désaffectée de la Lorraine post-industrielle, Arts & crafts, probablement là aussi grâce au chant de Marie, possède une force intimiste, apaisante et douce amère comme la fin d'une histoire sans lendemain. Cette ambiance doit aussi beaucoup à ces superbes mélodies tissées par le duo et enveloppées d'instruments additionnels tout aussi étranges que rassurants.

Autant dire qu'on ne sait jamais trop où l'on va mettre les pieds, l'ensemble étant soigneusement varié et imprévisible. Arts & crafts déclenche chez sa victime une explosion d'émotions et de souvenirs contradictoires avec une inquiétante simplicité. Plus dangereux encore, cette expérience, aussi étrange soit-elle, nous rappelle sans cesse à elle pour nous dévoiler une autre partie de ce qu'elle tenait encore caché jusqu'alors, et ce, semble-t-il, jusqu'à l'infini.

Hoboken Division s'offre avec Arts & crafts le pouvoir de proposer un phénomène qui peut toucher tout le monde tout en étant sombre et étrange et sans que l'on puisse pour autant l'attraper ou même l'identifier. Une musique toute aussi triste que sublime qui tient indéniablement du blues mais qui a eu la bonne idée de s'offrir les armes d'un rock psychédélique essentiel et incontournable. Et surtout, une musique 100 % authentique.