rock Rock > Hermano

Biographie > John Garcia et ses "frères"

Contrairement à ce que l'on serait tenté de croire, Hermano n'est pas un groupe né de la volonté de l'exceptionnel vocaliste qu'est John Garcia, de monter un nouveau projet stoner après Kyuss, Slo Burn et Unida, excusez du peu. En réalité, Hermano est une idée à mettre au crédit d'un certain Dandy Brown bassiste et producteur de son état. L'homme, notamment à l'origine de l'excellent projet Orquestra del Desierto, s'assure alors les services de Steve Earle derrière les fûts et de Dave Angstrom (Supafuzz) doublé de Mike Callahan (Disengage, Earshot) à la gratte. Ne reste plus alors qu'à trouver un chanteur et c'est là que l'ex-Kyuss John Garcia entre en scène et donne évidemment un poids énorme au groupe encore en gestation.
En 2002, Hermano sort un premier album fort attendu par bon nombre d'amateurs de bon gros stoner rock qui défouraille, un disque intitulé Only a suggestion, situé au croisement de Kyuss et de Soundgarden, qui sera fustigé lors de sa sortie à cause de sa durée. un peu moins de 30 minutes pour 8 titres seulement. Pas de quoi contenter l'inconditionnel hardcore des Kyuss, Fu Manchu et autres Queens of the Stone Age. Heureusement, le groupe qui a entre-temps perdu Steve Earle, lequel a été remplacé en 2003 par Chris Leathers (un autre ex-Supafuzz), va passer à la vitesse supérieure et, décidé à en découdre avec les dieux du stoner, sort deux ans plus tard, l'excellent Dare I say. Second opus suivit l'année suivante d'un album live enregistré à Den Bosh aux Pays-Bas, Live at W2.

Hermano / Chronique LP > Into the exam room


Hermano - Into the exam room On entre avec les Hermano dans la salle d'examen et c'est le mors au dents et l'envie d'en découdre furieusement qu'on débute le nouvel album de Dandy Brown, John Garcia et consorts. En guise de pochette, les frères ont fait dans la simplicité, un peu comme pour le premier morceau de ce Into the exam room. Du stoner rock puissant et ravageur qui ne s'embarasse pas de futilités pour distiller un son incisif qui défouraille d'entrée, complètement dans la veine de leur précédent opus, Dare I say, un petit zeste de puissance en plus. Les guitares s'éléctrifient et s'embrasent instantanément après avoir fait vrombir le moteur et après quelques secondes, avec "Kentucky" le combo américain embarque à l'arrière du pick-up pour s'en aller délivrer sa dose de power-rock aux ambiances stoner le long de la route 66. Carré, ultra-catchy, Hermano ne s'est nullement assagi avec les années et au contraire semble être paré pour faire parler la poudre avec un John Garcia en très grand forme alors que ses compères envoient les décibels avec la fraicheur et l'humour de jeunes débutants.
Un bain de jouvence qui se confirme avec un "Exam room" au groove monstrueux et au riffing incroyablement entêtant pour pousuivre notre périple à travers le désert américain sur une ballade western rock infiniment bluesy aux atmosphères caniculaires et à l'intensité étonnante ("Dark horse II"). Après ces quelques instants de répit, il est temps pour Hermano de revenir aux affaires avec son rock pur et dur, primaire, brut de décoffrage mais inspiré et carrément jouissif : "Left side bleeding". C'est simple, primaire même, mais au final terriblement efficace. Un petit moment de faiblesse avec le trop basique mais sympathique "Out of key, but in the mood" et voilà le groupe reparti sur des bases extrèmement élevées avec "Hard working wall" et ses quelques fulgurances typiquement Kyussiennes, ses guitares tendues et sa mélodie qui fait vibrer le Grand Canyon. Dans le genre, Hermano sait y faire mieux que personne et se fait plaisir. S'offrant une petite période de transe hypnotique autours d'un feu de camp avec "Bona-fide", titre au psychédélisme envoûtant à la Orchestra del Desierto et porté par le chant tout en nuances d'un John Garcia au diapason et le songwriting tout en finesse de Dandy Brown (lui-même ex-OdD), Hermano aime mettre la sourdine quelques instant avec de faire de nouveau feu de tout bois. Les meilleur exemples restent "Don't call your mama". D'un côté, des rythmiques groovyssimes lestées de plomb, des riffs de gratte affutés comme jamais, une atmosphère de plus en plus éléctrique : le groupe maîtrise son art. Ses mélodies résonnent le long des falaises escarpées des canyons comme autant d'hymnes dédiés à la cause stoner rock et les ambiances que construit patiemment le quintet nous donnent l'impression d'assister en direct à une "Jam sessions" en plein désert... ("Adoption boy"). L'effet est garanti. De l'autre côté, après avoir fait parler la poudre, le groupe verse dans l'intimiste avec l'acoustique "At the bar", une ballade épurée folk/country qui permet à l'auditeur entre chaque assaut de guitares des morceaux les plus catchy de Into the exam room. Au rayon avalanche de riffs, Hermano a met d'ailleurs un dernier coup avec "Our desert home", véritable tuerie desert rock mid-tempo branché sur courant alternatif, avant de conclurs son Into the exam room par un "Letters from Madrid" en forme de comptine pour enfants chantée par des enfants. Une curiosité tout à fait dans l'esprit d'un album, qui entre embrasement rock et atmosphères apaisées ne cherchent pas à se prendre la tête. Après deux albums studio, un live et un DVD, tous d'excellente facture, Hermano démontre avec cet album qui aurait pu être celui de trop, qu'après une petite dizaine d'années d'existence, le groupe peut trouver une seconde jeunesse... Jouissif.

Hermano / Chronique DVD > The Sweet and easy of brief happiness


hermano_dvd.jpg En l'espace de deux albums studio (Only a suggestion et Dare I say) et d'un live (Live at W2), Hermano, emmené par le phénomène John Garcia est devenu l'une des figures de proue du mouvement heavy/ stoner rock. Pas vraiment étonnant donc de découvrir un DVD live très simplement baptisé The Sweet and easy of a brief happiness... (sic) un objet d'autant plus intéressant qu'il s'agit de la première sortie sur ce support d'un groupe de Garcia (Kyuss, Unida, Slo Burn et donc Hermano). A cette occasion rare donc, le groupe a fait les choses en grand, en nous proposant rien moins qu'un large extrait vidéo de son Live at W2 (huit titres pour une trentaine de minutes de concert), les habituels clips vidéos et courts extraits live, mais surtout un excellent "rockumentary". Reportage dans l'intimité d'un groupe au travers d'images backstage, d'un making of du clip de "Let's get it on" et surtout des interviews où le groupe revient largement sur ses débuts et sur la conception de ses albums. Des images prises pendant la dernière tournée du groupe, d'autres shootées en studio où le groupe et notamment Dave Angstrom ou Mike Callahan, paraît assez relax et, sommes toutes, assez simple.
Ainsi pour quelqu'un comme John Garcia qui en a vu pas mal dans le petit monde du rock, la musique, c'est très bien évidemment, mais la seule chose qui compte vraiment à ses yeux, c'est sa famille, le reste n'étant que très aléatoire même s'il se sent très concerné par Hermano. A travers ce docu, le quintet dévoile sa vraie personnalité et ses membres témoignent d'une volonté de rester des mecs entiers quand bien même l'univers dans lequel ils évoluent peut paraître parfois retors. Racontant avec humilité ce que peut être la conception d'un album (Dare I say), des premières réunions permettant de définir l'orientation musicale du disque jusqu'à l'objet terminé, le groupe lève le voile sur quelque chose que l'on ne trouve que rarement dans les DVD musicaux, où, honnêtement tout n'est souvent que complaisance et autosatisfaction. En clair, ce "rockumentary" est un docu rare sur cinq musiciens qui n'ont pas vraiment l'air de se la jouer rock star, qui se perdent dans les rues de Bordeaux à chercher desespérément un parking où garer leur tour bus et qui ont surtout plein de choses à raconter. On retrouve du reste cette impression de "coolitude" tranquille sur l'extrait live enregistré au Festimad (Madrid, mai 2005), celle d'un groupe qui n'a plus grand chose à prouver au regard des backgrounds de ses membres et qui prend du coup un réel plaisir à se retrouver et à jouer ensemble. En ce qui concerne les clips, il n'y a pas grand chose à dire, cette partie du travail de groupe n'étant apparemment pas vraiment la tasse de thé d'Hermano, le making of du clip de "Let's get it on" est lui plus sympa dans son décryptage de l'exercice fastidieux et parfois (souvent?) ridicule qu'est le tournage d'une vidéo musicale. Reste donc, l'autre partie très intéressant de The Sweet and easy of brief happiness, les huit rafales stoner rock live, toutes exécutées avec une énergie éléctrique féroce. On l'avait entendu sur le Live at W2, cette fois, on en a en plus la preuve par l'image, Hermano est un groupe qui sait pondre des titres taillés pour les live, le groupe ne se retenant pas de mettre une sacrée ambiance partout où il passe, en toute humilité, pour l'amour du rock. On écoute, on regarde, on s'incline.

Hermano / Chronique LP > Live at W2

hermano live artwork Parce que Only a suggestion était l'apéritif, que Dare I say est un plat de résistance particulièrement épicé, il était indispensable qu'Hermano nous serve un dessert à la hauteur de ses précédents méfaits. C'est maintenant chose faite avec ce Live at W2, premier album live du combo de John Garcia et Dandy Brown.
Au programme de ce concert enregistré à Den Bosh aux Pays-Bas, pays d'origine du label d'Hermano, Suburban Records, une set list tout simplement fabuleuse. On pouvait s'y attendre, le groupe a bétonné son live en alignant l'un après l'autre tous les meilleurs titres de ses deux premiers albums. Mais là, c'est comme dans un rêve, on se met en jambe avec un "Cowboys sucks" avant que les "frangins" de John Garcia aligne les tubes avec une effrayante régularité et maîtrise formelle sidérante : "5 to 5", "Life", "Landetta"... le son est absolument est monstrueux, sans doute un peu moins lourd et gras que sur les albums mais en même temps, plus "in your face", plus brut et direct que d'ordinaire. La batterie claque comme jamais, le son de basse se fait peut-être un peu plus discret qu'à l'accoutumé, mais c'est pour bien laisser s'exprimer les guitares, qui s'offrent quelques solos ultimes ("Alone Jeffe" ou l'énorme "The bottle")
Les Hermano, John Garcia et Chris Leathers en tête sont au sommet de leur forme et prennent apparemment un plaisir fou à distiller leur stoner rock groovy à mort et efficace à souhait. Furieusement jouissif ! Au rayon surprise, c'est un certain Olly Smit, guitarise/ bassiste des ex-doomeux néerlandais de Celestial Season qui vient tenir la gratte aux côtés de l'immense Dave Angstrom. Tâche délicate, c'est rien de le dire, mais dont le nouveau venu, s'acquitte, au final, fort bien.
Un album live après seulement deux albums, ça aurait pu paraître un peu curieux, tout du moins pour tous ceux qui attendaient le successeur de Dare I say, mais au vu de la qualité de la performance proposé par les Hermano, on se doit de le reconnaître, ce live frise sans cesse la perfection et se révèle absolument indispensable pour tout amateur de stoner qui se respecte. La (très) grande classe.

Hermano / Chronique LP > Dare I say


hermano : dare i say Seconde offrande du super-groupe Hermano après un premier effort qui bien qu'en tous points excellent, avait laissé plus d'un amateur de rock pur et dur sur sa faim, du fait de sa durée excessivement courte. En clair, après la mise en bouche Only a suggestion, il était grand temps de passer aux affaires un peu plus sérieuses avec ce Dare I say qui promettait beaucoup. Entre 2002 et 2004, Hermano a quitté Tee Pee Records pour l'éclectique Suburban Records (Clutch, Ektomorf, Dark Tranquility) et à l'occasion de ce nouvel effort, s'est assuré un casting blindé avec les renforts d'Aleah X au chant, de Country Mark et d'Eric Belt (Supafuzz) à la gratte. De quoi en mettre plein les mirettes et faire de Dare I say, l'un des albums majeurs de la scène stoner actuelle.
Et force et de constater que ça démarre fort, artwork violent et provocateur, premier titre ("Cowboy sucks") branché sur 100000 volts, batterie qui claque et guitares massives, Hermano réussi parfaitement son entrée en matière avec ce titre de roc furieux et speedé. Pour les titres de stoner purs on se penchera plutôt sur les groovy "Life" et "Is this ok" (qui fait penser à du Queens of the Stone Age pur jus). Riffs monstrueux, section rythmique qui n'a pas vraiment pâti, loin s'en faut, du départ de Steve Earle, parfaitement remplacé par un Chris Leathers qui frappe avec un sens du rythme diabolique. Hermano est décidé à découdre et John Garcia n'est pas en reste, se lâchant sur des titres tels que Is this ok, ou se livrant sur l'hommage à son ami, le génial et accessoirement ex-batteur de Kyuss, Brant Bjork ("Brother Bjork"). C'est toujours dans cet esprit d'ailleurs que John Garcia a pris les commandes de cet album pour nous offrir le touchant "My boy", un titre heavy blues dédié à sa famille. Le stoner étant un style prônant une certaine conception de la vie fondée sur une liberté très épicurienne, rappelez-vous les QOTSA qui énumérait les noms de drogues qu'ils revendiquaient avoir consommées sur "Feel good hit of the summer", Hermano profite de cet album pour déverser sa rage avec l'excellentissime "Angry American". Titre de stoner ultime aux riffs abrasifs baignés par la chaleur torride du désert californien, ce morceau est la quintessence de ce dont est capable un groupe tel qu'Hermano. Hallucinant. On reste scotché par le souffle et l'intensité que le groupe parvient à mettre dans sa musique et cette facilité à passer d'un genre à l'autre (le très bluesy et planant "Murder One", ou l'implacable et démentiel "Quite fucked") et au terme de l'écoute de ce Dare I say, on reste sous le choc, encore sonné d'avoir découvert ce qui est à n'en pas douter l'un des meilleurs albums de stoner de ces dix dernières années. Quelle claque !

Hermano / Chronique LP > Only a suggestion


hermano : only a suggestion C'est dans la droite lignée des Kyuss et autres Slo Burn que débute ce premier effort d'Hermano, un "The bottle" aux riffs obsédants et avec un John Garcia au somment de sa forme. Rythme posé, le groupe prend son temps et nous lâche quelques lignes de gratte dignes des plus grands monuments du stoner. Des titres tels que "Manager's special" ou "5 to 5", sont un condensé de rage stoner brute, du rock rentre-dedans sans concession et des riffs monstrueux signés du génial Dave Angstrom alliés à une section rythmique de gros calibre.
On s'en rend compte après quelques morceaux, Dandy Brown a réuni, pour former Hermano, ce qui ressemble de plus en plus à une véritable dream-team du rock groovy et caniculaire. Des techniciens rompus aux codes du stoner de par leur passif dans des groupes tels que Supafuzz ou Disengage, et là, on ne parlera même pas de John Garcia. L'ex-chanteur de Kyuss montre ici qu'il n'a rien perdu de son talent et qu'il reste quoiqu'en on dise l'un des meilleurs vocalistes rock des années 90/2000.
Heavy, rageur et lancinant, le stoner d'Hermano impressionne tant par sa maîtrise technique évidente et assez prévisible, que par son inspiration, digne des plus grandes heures des maîtres du genre. Là où nombre de combos se contentent de recycler jusqu'à plus soif les riffs inégalables et le groove intemporel des Kyuss et consorts, Hermano bénéficie justement la présence dans ses rangs d'un ex-Kyuss, qui ne veut pas refaire ce qu'il a déjà fait par le passé.
Du coup, les Hermano cherchent à aller plus loin, à repousser les limites en offrant des mélodies desert rock d'une efficacité rare, des rythmiques speedées, des soli de gratte à s'en décrocher la mâchoire ("Landetta", "Nick's yeah") et un chant au diapason ("Manager's special"). Impressionnant et terriblement jouissif du début à la fin. Dommage que cet album ne soit pas un peu plus long, parce que quand même, 28 petites minutes, même pour cet album écrit dans la sueur et la bière, c'est court...