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Originaire de Bristol (comme Massive Attack, comme Portishead...), Gravenhurst est le projet quasi solo du multi-instrumentaliste Nick Talbot (ex-Assembly Communications). En effet, s'il est accompagné en live de Huw Cooksley (basse) et David Collingwood (batterie), l'artiste anglais est en réalité le seul maître à bord de l'entité Gravenhurst. Influencé par Slowdive, Low ou My Bloody Valentine, le projet de Nick Talbot lui permet d'évoluer dans des sphères folk-pop très classieuses et à l'intensité émotionnelle particulièrement prononcée. Après un premier effort sorti relativement confidentiellement chez Red Square/Limonade Music (Internal travels), Gravenhurst commence a réunir derrière lui un cercle d'inconditionnels qui n'ira que grandissant au fil des sorties suivantes de Nick Talbot. 2003, celui-ci, surprend son nom en signant chez Warp Records, un label spécialisé dans les musiques éléctroniques bien éloignées de la folk lyrique et feutrée de son nouveau poulain. Et pourtant... Gravenhurst sort chez eux cette même année son deuxième album, l'excellent Flashlight seasons puis un EP intitulé Black hole in the sand. A raison d'une sortie par an, sort très logiquement Fires in Distant Buildings en 2005, l'album de la matûrité d'un projet qui n'en avait déjà pas besoin...

Gravenhurst / Chronique LP > The western lands


Gravenhurst - The western lands Le label Warp est depuis pas mal d'années maintenant, une référence de la musique éléctronique. Véritable pionnier du genre, inlassable défricheur de talents, il a notamment produit des artistes devenus majeurs tels que Aphex Twin, Boards of Canada, Prefuse 73, Autechre, Squarepusher et les récents !!!. En clair que du lourd, de l'inventif et efficace. Mais loin de se laisser enfermer dans le carcan de l'éléctro qui cartonne les charts, la direction artistique de Warp Records a su se laisser tenter par des musiques plus folk, pop et rock, dans la plus pure tradition anglo-saxonne. C'est ainsi que l'on a pu retrouver ces dernières années sur le label des groupes comme Maximö Park, Battles ou Gravenhurst objet de notre attention aujourd'hui... Une exigeance de qualité irréprochable, une remise en question constante, une ligne éditoriale assumée et des groupes qui se gardent bien de s'enfermer dans la redite facile. Ainsi, après un The fires in distant buildings aux folk-songs finement ciselée dans un écrin de mélancolie intime et douloureuse, The western lands offre un virage 180° dans la musique de Gravenhurst. Et pour cause, après un magnifique et apaisant "Saints" qui semble renouer un temps avec les fantômes de son prédecesseur, ce nouvel opus nous présente un visage bien plus rock du groupe mené par le très doué songwriter qu'est Nick Talbot. Et à ce moment là, on se rend compte que l'album ne portera jamais aussi son nom bien qu'avec "She dances", morceau de "western rock" au feeling étrange, aux arrangements parfois distordus et souvent hypnotiques. Un titre en grande partie instrumental, aride, éléctrique et racé. De la saturation chez Gravenhurst, ceux qui ont découvert le groupe via The fires in distant buildings en seront pour leur frais, tant celuici se fait délibérément rock. Pour preuve, on s'enquille dans les conduits auditifs un "Hollow men" branché sur courant alternatif, mené par des guitares acérées façon Sonic Youth énervé, une section rythmique sous tension permanente et un chant littéralement habité.
Etonnant et foutrement maîtrisé, ce "Hollow men" est un tube au final noisy à souhait mais à la mélodie pourtant imparable. Une magnifique ballade folk crépusculaire dans le grand ouest américain ("Song among the pine"), un "Trust" très cinéphilique" puis un "The western lands" éponyme et baignant dans un psychédélisme aussi léger qu'hypnotique, Gravenhurst fait évoluer son jeu, brouille les pistes pour mélanger les genres et assurer le tout avec une maîtrise pour le moins bluffante. Intro à la Ennio Morricone, mélodies vaporeuses à la Slint et arrangements shoegaze dans la veine des inoubliables My Bloody Valentine, les anglais osent se mettre en danger et nous offrent un "Farewell, farewell" aux panoramas folk-rock intemporels délicats qui cristallisent leurs aspirations créatrice sur ce The western lands décidément imprévisible. "Hourglass" et son refrain lumineux fait alors son apparition, bientôt suivi de "Grand union canal" puis "The collector", deux pépites aux tendances bruitistes, à la beauté folk-pop-rock unique et à l'élégance inimitable. Comme le confit lui-même Nick Talbot, compositeur du groupe, "The western lands dépeint un mode onirique (...) comme tout bon disque de pop, il y a des chansons d'amours, des chansons vachardes et des chansons pleines d'une putain de rage aveugle... on ne pourra pas dire mieux.

Gravenhurst / Chronique LP > Fires in distant buildings

gravenhurst_fires_in_distant_buildings.jpg Envoûtante, légèrement planante, et discrètement nostalgique, la folk de Gravenhurst joue la carte de la retenue et de la nuance. Et si elle se laisse aller à quelques accents indie rock ("Down river"), elle peut également prendre des tournures plus pop, pour un résultat très enlevé, léger et distrayant ("The velvet cell"). Mais souvent, elle reste douce et chaleureuse, empreinte d'une mélancolie désenchantée et d'un spleen à fleur de peau ("Animals", "Nicole"). Tel est Fires in Distant Buildings, un disque tout en clair/ obscur, un opus que l'on imagine pudiquement composé au sortir d'une rupture amoureuse, au moment fatidique et inéluctable où l'on se rend (enfin) compte de ce que l'on a réellement perdu.
Les regrets, les souvenirs égarés au détour d'une dispute passée, entre nostalgie et illusions perdues, Gravenhurst livre un album feutré et toute en nuances. Rien n'y est tout blanc ou tout noir mais plutôt tout en dégradé de gris. Comme d'autres feuilletteraient un album photo les yeux humides, Nick Talbot, son maître d'oeuvre, se livre complètement et se met à nu le temps de quelques compositions au songwriting particulièrement raffiné. Tendant cette fois légèrement vers le jazz, "Cities beneath the sea" poursuit dans la voie empruntée par les précédentes folk-songs de cet album. Toujours avec cette même tristesse à fleur de peau. Désenchanté, comme égaré au beau milieu d'une route dont on ne saurait même plus où elle devait nous mener, cet album est l'expression inspirée d'une mélancolie insondable, d'un déchirement de l'âme dont seul le temps peut atténuer la douleur....
Hypnotiques, presque magnétiques, les morceaux de Fires in Distant Buildings s'entremêlent encore et encore, entre minimalisme folk et fulgurances noise rock ("Song from under the arches") pour ne former plus qu'un. Un tout, relativement court mais homogène et inspiré, une oeuvre savamment orchestrée de manière à plonger l'auditeur au coeur d'un univers délicat, douillé et à la beauté sombre. Pour un disque touchant et précieux au sens le plus pur du terme, mélodieux et tristement fascinant...