rock Rock > Gravenhurst > Chronique LP / Fires in distant buildings

gravenhurst_fires_in_distant_buildings.jpgEnvoûtante, légèrement planante, et discrètement nostalgique, la folk de Gravenhurst joue la carte de la retenue et de la nuance. Et si elle se laisse aller à quelques accents indie rock ("Down river"), elle peut également prendre des tournures plus pop, pour un résultat très enlevé, léger et distrayant ("The velvet cell"). Mais souvent, elle reste douce et chaleureuse, empreinte d'une mélancolie désenchantée et d'un spleen à fleur de peau ("Animals", "Nicole"). Tel est Fires in distant buildings, un disque tout en clair/ obscur, un opus que l'on imagine pudiquement composé au sortir d'une rupture amoureuse, au moment fatidique et inéluctable où l'on se rend (enfin) compte de ce que l'on a réellement perdu.
Les regrets, les souvenirs égarés au détour d'une dispute passée, entre nostalgie et illusions perdues, Gravenhurst livre un album feutré et toute en nuances. Rien n'y est tout blanc ou tout noir mais plutôt tout en dégradé de gris. Comme d'autres feuilletteraient un album photo les yeux humides, Nick Talbot, son maître d'oeuvre, se livre complètement et se met à nu le temps de quelques compositions au songwriting particulièrement raffiné. Tendant cette fois légèrement vers le jazz, "Cities beneath the sea" poursuit dans la voie empruntée par les précédentes folk-songs de cet album. Toujours avec cette même tristesse à fleur de peau. Désenchanté, comme égaré au beau milieu d'une route dont on ne saurait même plus où elle devait nous mener, cet album est l'expression inspirée d'une mélancolie insondable, d'un déchirement de l'âme dont seul le temps peut atténuer la douleur....
Hypnotiques, presque magnétiques, les morceaux de Fires in distant buildings s'entremêlent encore et encore, entre minimalisme folk et fulgurances noise rock ("Song from under the arches") pour ne former plus qu'un. Un tout, relativement court mais homogène et inspiré, une oeuvre savamment orchestrée de manière à plonger l'auditeur au coeur d'un univers délicat, douillé et à la beauté sombre. Pour un disque touchant et précieux au sens le plus pur du terme, mélodieux et tristement fascinant...

aureliO
Avril 2006

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