Fugazi-Red Medecine J'ai découvert Fugazi avec Red medecine. Et même si je chéris de la même manière toutes les œuvres de ce quatuor légendaire, cet album aura toujours pour moi une saveur particulière. Parce que je crois sincèrement que ce groupe était au sommet de son art à cette époque, si tant est qu'il y ait eu chez lui des hauts et des bas. Non, en fait, il n'y a définitivement jamais eu de bas chez Fugazi, discographiquement parlant. Ce n'est donc nullement un hasard que de me retrouver à parler de cet opus aujourd'hui. Il était temps car le simple fait de ne pas avoir de réponses en tapant Fugazi sur la barre de recherche du W-Fenec commençait à me filer de l'urticaire. Quatrième album studio du groupe, Red medecine fait son apparition dans les bacs en 1995 et a la lourde tâche de succéder à un album magistral, In on the kill taker. Difficile, en effet, de passer deux ans plus tard derrière ce succès, tant commercial que musical, où chacune des chansons le composant dévoilait la tension brute jouissive du punk tout en y conservant l'inévitable ADN emo de Washington DC. Mon collègue Cactus saura surement mieux que moi vous l'expliquer, toujours est-il qu'à cette période, les fans pouvaient peut-être espérer au mieux un album du même acabit. C'était bien mal connaître la bande de Ian MacKaye.

Cette "médecine rouge" n'est pas un rat de laboratoire, ni-même une tentative d'expérimentation quelconque, comme certains plumitifs de l'époque l'ont laissé croire après avoir découvert les premières notes saturées de "Do you like me" ou bien l'inquiétante introduction de "Birthday pony". En vérité, Fugazi s'est juste donné plus de liberté, a joué la prise de risques en élargissant son champ d'actions artistiques et ce, dans tous les compartiments. Les compositions de Red medecine sont un brainstorming méticuleux, des flux sonores qui s'entremêlent avec une inspiration rare. Quand l'excellente "Bed for the scraping" reprend les fondements emo-punk du quatuor en mettant cette fois-ci en exergue le rôle prépondérant des guitares, "Version" fait disparaître ces dernières pour laisser place à une clarinette naviguant sur les flots d'un dub instrumentale. Déconcertant aussi sont les efforts entrepris par le groupe pour repousser les limites de ses chants en leur insufflant de nouvelles formes, d'une placidité inquiétante pour Joe Lally sur la très noisy "By you" (l'occasion de l'entendre est assez rare) où d'une émotion crispante pour Picciotto sur "Forensic scene". Tout au long de ce périple médical, Fugazi donne libre cours à des structures plus ou moins biscornues agrémentées par moment de progressions pas toujours très évidentes de prime abord mais qui fonctionnent à merveille. C'est exactement là où se situe le génie de ce groupe : rendre simple et cohérents les aspects les plus compliqués et les plus tortueux de sa musique sans tomber dans l'excès. Et quand le quatuor renoue avec l'explosivité de son punk d'antan sur "Back to base", il ne fait que venir simplement rééquilibrer la balance d'un album juste inclassable et insaisissable. Tous ceux qui l'ont saisi, lui ont voué un culte. Vous comprendrez bien en le (ré)écoutant qu'il n'est pas chose aisée de leur donner totalement tort.