Earth -  Angels of darkness, demons of light II Enregistré, on l'a dit lors de sa chronique, en même temps que le premier volet, le deuxième épisode du diptyque Angels of darkness, demons of light de Earth continue de marquer une évolution dans la musique du groupe emmené par Dylan Carlson. Peu à peu, l'étiquette drone/doom semble de plus en plus inadaptée à ce qu'est l'entité américaine, qui au fil des morceaux tend à évoluer sur des territoires folk, rock, légèrement doom certes, mais surtout marqués par des teintes americana et surtout des atmosphères de western crépusculaire. Fascinant. "His teeth did drightly shine" est à ce titre symptomatique de ce qu'est devenu Earth. Un groupe pratiquant une musique séminale et ténébreuse, languissante sinon parfois un peu léthargique, mais toujours avec ce petit quelque chose qui arrive à captiver l'attention (le plus souvent). Parce qu'il faut bien admettre qu'à force de jongler avec les affres de l'ennui ("Sigil of Brass"), de se jouer de lui tout en le provoquant, Dylan Carson et sa troupe prennent autant de risques qu'ils ne rallient d'adeptes, même de nouveaux pas forcément très au fait de ce que faisait Earth il y a dix ou quinze ans.

Par son singularisme artistique autant que les ambiances qu'il instille, Angels of darkness, demons of light II, est un album exigeant, tantôt sombre, d'autres fois plus lumineux ("A multiplicity of doors"), un disque cafardeux perclus de douleurs anciennes, hanté par les fantômes folk du passé et d'un parcours musical jalonné, au fil des années, de joies (l'influence majeure qu'a eu Earth 2 : Special low frequency version sur la scène musicale de la fin du XXe siècle) comme de larmes (pour mémoire Dylan Carlson était celui qui a acheté l'arme avec laquelle Kurt Cobain - son ami de longue date - a mis fin à ses jours). La vie a continué et le temps de défilé, pourtant le groupe n'a de cesse de vouloir le freiner. Les cordes qui crissent le long du plancher, des instrumentations qui marque l'esprit par leur caractère justement intemporel, l'album place l'auditeur hors du monde, il est une messe western folk à écouter religieusement, à appréhender dans son individualité comme dans l'ensemble qu'il forme avec son prédécesseur. Unique, définitivement à part et tout aussi incontournable, Earth continue de cultiver son culte et le légitime une fois encore un peu plus.