Duchess Says - Sciences Nouvelles Qu'ils nous manquaient profondément ces maudits Québécois de Duchess Says. Il aura fallu attendre pas moins de cinq ans pour qu'Anthologie des 3 perchoirs (2008) et In a fung day T! (2011) aient un petit frère répondant au nom de Sciences nouvelles. Bon, il y avait bien eu ce split-album avec les Belges Le Prince Harry l'année dernière, qui d'ailleurs nous donnait un alléchant aperçu de quelques titres de ce nouvel album ("Pink coffin" et "Travaillez") mais cela ne suffisait pour assouvir notre patience désespérée. Comme pas mal de journalistes aiment le rappeler, l'épreuve du troisième album est importante car elle est généralement le signe d'un nouvel élan dû à la peur de ne pas se renouveler après avoir posé les bases solides d'une identité artistique. En résumé : soit ça passe, soit ça casse. On tombe en plein dans le mille avec la bande d'Annie-Claude puisque Sciences nouvelles est issu principalement d'expérimentations élaborées dans le nouveau studio du groupe, là même où une partie de son enregistrement a été effectué. Une première pour le quatuor agrémentée au passage d'un changement de crèmerie puisqu'il a rejoint l'écurie Slovenly Recordings (JC Satan, Avenue Z, Red Mass).

Révélé quasiment dès le départ par son approche casse-gueule, donc atypique, du synth-punk et ses prestations scéniques dantesques, Duchess Says restait dans les mémoires comme un groupe bourrin mais pas trop, aux sonorités dansantes sans être totalement joviales et qui en quelques secondes agissait comme un agent psychoactif sur son auditoire. Comme son nom l'indique Sciences nouvelles apporte quelque chose de nouveau. La digestion de ce nouvel opus s'avère moins facile que ses prédécesseurs, c'est un fait. Son temps d'apprivoisement est bien plus long de par la diversité des ambiances qui le parcourt. Duchess Says est autant capable de larguer en 37 minutes quelques morceaux de synth-pop qui sont par moments bien dérangés (l'efficace "Inertia", le tube interstellaire "I repeat myself" marqué par sa voix maniérée ou bien "Travaillez", un titre au rythme chaloupé qui aurait très bien pu être composé par le regretté Jacno pour Debbie Harry), que des petites expérimentations maison pas piqué des hannetons (comme la très industrielle "Poubelle" qui met en avant des percussions sur... une poubelle, "Talk in shapes", une sorte d'interlude ambiant bourdonnant et cosmique, ou l'électro minimaliste très perché de "The family physicians").

On sent clairement chez Duchess Says la volonté de bouleverser ses principes, que ça soit dans sa façon de chanter (écoutez bien les différents timbres de voix utilisés par A-C), dans son approche de la composition (notamment une immédiateté moins évidente) et des sonorités portés sur la recherche intensive. Difficile alors de dire si un morceau échappe à la règle que s'est imposée le groupe, peut-être que la contagieuse et malsaine "Negative thoughts", l'une des meilleures chansons de l'album avec "I'm an idea", est l'heureuse élue. À moins que ce soit le punk foudroyant aux habillages dissonants de "Pink coffin". Vous trouverez surement la réponse en rentrant dans le nouvel univers inénarrable des disciples de l'Église de la Perruche, dont la démarche juste et honnête les fait monter encore d'un cran sur l'échelle de la jouissance auditive. Mais où donc s'arrêteront-ils, ostie de câlisse ?