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Biographie > "Quand je regarde comme ca on me voit, si je regarde comme ca on me voit plus, on me voit, on me voit plus..."

Formé à Chicago courant 2008 à l'initiative de Brian Case (ex-90 Day Men), Disappears est une formation rock/shoegaze/indie-pop/krautrock et fait ses premières armes en live lors du Pitchfork Music Festival 2009 tout en livrant quelques enregistrements épars, ce avait de sortir un premier album, Lux qui paraît en 2010 chez Kranky, un label qui a notamment hébergé des formations et artistes du calibre de Godspeed You! Black Emperor, Low ou Tim Hecker. Un premier disque qui en appelle rapidement d'autres puisque le groupe se révèle particulièrement prolifique, enchaînant alors les sorties à un rythme plutôt soutenu à raison d'un album par an (en sus de quelques productions additionnelles).
Guider en 2011, Pre-language en 2012 puis Era un an plus tard viendront garnir la vitrine discographique d'une formation à laquelle participera également ponctuellement Steve Shelley (de Sonic Youth) - entre 2011 et 2012 - et qui produira également dans l'intervalle un live (Live at Echo Canyon, 2012) ainsi que deux EP vinyls (A new house in a new town et Kone tous deux en 2013.).

Interview : Disappears, L'interview disparue (Oct. 2013)

Disappears / Chronique LP > Era

Disappears - Era Après avoir enchaîné les sorties depuis son premier album à raison d'un disque par an, soit Lux en 2010, Guider l'exercice suivant, Pre language courant 2012 puis le présent Era, tous parus chez Kranky (A Winged Victory For the Sullen, Deerhunter, Tim Hecker, etc.), Disappears ne semble pas prêt à ralentir le rythme en termes de productivité, d'autant que dans l'intervalle, les Américains ont également livré un opus live ainsi que deux EPs. Rapide et plutôt très productif, le groupe qui a enregistré le départ de l'ex-Sonic Youth Steve Shelley, ne perd pas non plus de temps dès lors qu'il s'agit de prendre d'assaut la platine avec l'inaugural "Girl".

Une entrée en matière toute en virulence corrosive qui défragmente les formats indie pop classiques pour imposer un cocktail rock/post/punk glaçant et clinique : soit une musique aux effluves bruitistes noyées sous un amas de décibels, n'hésitant pas à invoquer l'héritage de Joy Division pour brutalement le passer à la moulinette d'A Place to Bury Strangers. On a vu pire comme entrée en matière. Surtout que les Disappears poursuivent leur entreprise de démolition très indie en distillant leur groove, âpre et survendu ("Power") avant de poser sur la platine un "Ultra" robotique et habité, lesté de magnétisme tranchant. Une véritable démonstration de style (lequel s'est radicalisé depuis Pre langage) et de songwriting résolument anxiogène ("Era"), qui, entre indie-rock incandescent, post-punk habité par un psychédélisme grinçant et shoegaze/krautrock ascétique, met les enceintes dans le rouge.

Mais plus qu'une simple conjugaison de styles, ce nouvel album de Disappears répond au besoin de ses auteurs de repousser leurs propres limites en termes d'écriture, de voir un peu jusqu'où leurs velléités expérimentales peuvent les mener d'un point de vue créatif. Parfois relativement accessible (l'excellent "Weird house") comme d'autre fois beaucoup moins ("New house" et son atmosphère à la limite de la sphère goth), le groupe maîtrise son sujet à la perfection. La frappe est brutale, l'aspect extrêmement percussif essentiel, le riffing aussi versatile que furieusement racé, jouant de l'effet de répétition pour accroître son impact, véritablement aliénant ("Elite typical"). Sans jamais desserrer leur étreinte, les Américains font pleuvoir sur la platine une averse de décibels aussi tranchants que vénéneux et parachèvent ainsi avec classe cet album à l'exigence froide et salvatrice.