Jehan-Apathia Records Quelle est ta formation ?
Ma formation est inexistante étant donné que mon seul diplôme est le Brevet des Collèges. Je n'ai même pas le bac puisque j'ai arrêté l'école avant, je suis un autodidacte à 100%. J'apprends sur le tas et je trouve que c'est très bien comme ça, c'est le plus intéressant.

Quel est ton métier ?
Je suis développeur Web, ce qui va plutôt bien avec la gestion d'un label. Ça permet de maintenir une boutique en ligne, de créer des sites Internet pour les groupes, de créer aussi des conneries comme avec Pryapisme. J'ai finalement pas fait tant que ça de sites Internet de groupe, mais j'ai fait celui de Pryapisme et j'ai aussi conçu lors du lancement de Futurologie un petit soundpad où les gens pouvaient cliquer sur un petit carré et ça faisait un son. Il y avait une vingtaine de carré comme ça et si on trouvait la bonne combinaison, ça donnait un nouveau morceau. Donc, tout ça se marie plutôt pas mal je trouve.

Quelles sont tes activités dans le monde de la musique ?
Gérer Apathia Records, ça suffit largement ! Ça doit prendre facile la moitié de mon temps. Il n'y a pas vraiment de journée type chez Apathia Records, étant donné que je suis développeur Web freelance, je m'adapte complètement selon le besoin, c'est à dire que je peux passer une journée sur le label, une autre sur le boulot, répondre aux mails le matin, l'après-midi, bref, c'est très haché, j'essaye autant que possible de m'adapter au mieux. Sinon, j'accompagne les groupes du label dès que je peux, mais je considère que ce n'est pas ma fonction première. C'est vrai que s'il y a une très belle date comme à l'Euroblast avec les Pryapisme, ou bien avec les Heart Attack au Lezard'Os Metal Fest à Reims, je me déplace. Donc, le mec du merch' sur ces dates-là, c'est moi ! On est deux à gérer Apathia Records, moi je suis basé à Lyon et mon collègue est du côté de Reims, on s'est bien séparé les taches. Cette année, je crois que je vais voir plus les Pryapisme que mon collègue. C'est assez peu commun au final.

Ça rapporte ?
Bah, ça dépend. Est-ce qu'on arrive jusqu'au seuil de rentabilité ? Maintenant, oui, ça n'a pas toujours été le cas et ça peut très vite pencher du mauvais côté. Ca va dépendre des sorties, du nombre de sorties. Certains groupes ou albums génèrent plus de chiffres que d'autres, mais je n'arrive pas à vivre de cette activité. Des fois, ça me paye les déplacements, c'est déjà pas mal. Si ça rapporte au niveau des contacts et rencontres ? Oui et non, car j'aime bien être dans mon rôle d'homme de l'ombre vu que je suis pas le mec qui parle le plus. Forcément, à force, je connais du monde dans le milieu métal-rock, mais ça ne représente pas tant que ça. Après, c'est vrai qu'il y a quelques années au Hellfest, j'ai rencontré le futur batteur de Carcass mais de là à rencontrer Ozzy Osbourne, clairement pas ! (rires)

Comment es-tu entré dans le monde du rock ?
Je pense que ça devait être avec Nirvana comme beaucoup, je devais avoir 10-11 ans. Ça a bifurqué sur System Of A Down, Slipknot, Linkin Park, toute ma génération quoi ! Après, c'est parti sur du métal plus extrême avec un pote qui était déjà bien dedans, qui m'a balancé un petit Cradle Of Filth de derrière les fagots, changement tellement brutal sur le coup que j'ai pas trop continué à écouter, pis je suis revenu vers cette musique progressivement.

Une anecdote sympa à nous raconter ?
J'avais fait une tournée avec les Zapruder, on s'est retrouvé au Kosovo dans un espèce de camp de vacances pour hippies au bord d'un fleuve toxique, ce coup-là est fort quand même. C'est marquant. Toujours sur cette tournée, la veille d'ailleurs, le groupe jouait à Sarajevo, et le batteur trouve rien de mieux à faire que de s'enfermer dans les chiottes et d'essayer de sortir par le faux plafond. Évidemment, ce con s'est coincé. Cette tournée, c'était du grand n'importe quoi !

Ton coup de cœur musical du moment ?
Oye, il y en a beaucoup ! Là, j'ai redécouvert le premier album de Virus parce que j'ai appris qu'ils sortaient un nouvel EP ; le dernier Ulver, qui est fantastique, c'est un album pour les fans de Depeche Mode ; le dernier Nightbringer est vraiment pas mal du tout, comme le dernier Mastodon évidemment ; dans le genre un peu plus confidentiel t'as l'album de Au Champ Des Morts, un groupe de black qui est sur le label Debemur Morti Productions, c'est vraiment pas mal, on sent une petite touche à la Glaciation ; et pour terminer, je vais te citer La Torture des Ténèbres, rarement un groupe a aussi bien porté son nom, c'est un espèce de mur sonore qui bourrine comme pas possible pendant 50 minutes, à chaque album c'est pareil, ça ressemble étrangement addictif en fait, je te recommande leur dernier album Civilization is the tomb of our noble Gods, vraiment tout un programme, pour le coup, ça a été une excellente surprise.

Es-tu accro au web ?
Je suis développeur Web (rires), donc oui forcément, et puis tout ce qui est un peu geek me touche, même si c'est moins qu'avant peut-être. Je dois passer 14h par jour devant un ordinateur donc je suis un peu accro quand même.

À part le rock, tu as d'autres passions ?
La bouffe peut-être, j'aime bien cuisiner et passer du temps en cuisine genre le métalleux qui bouffe du chocolat et des pâtes (rires). Je me défends bien sur les lasagnes bien que je sois plus pâtisserie, du genre petite tarte coco, spéculoos, ganache en chocolat avec des fraises par dessus. Un truc bien métal quoi !
En ce qui concerne la passion de la musique, je n'écoute pas que du rock, j'adore l'électro, des trucs assez variés comme Lorn, Trentemoller ou Stephan Bodzin, le rap aussi avec les classiques français IAM et NTM, mais également des trucs plus noise-dark comme Dälek, j'aime bien Moodie Black aussi, je suis assez friand des mélanges de styles.

Tu t'imagines dans 15 ans ?
Ouh, putain ! Moins de cheveux, plus de barbe. Difficile de se projeter, est-ce qu'Apathia Records sera encore là ? Impossible à dire, j'espère. Si j'en vivrai ? J'espère encore plus (rires). C'est pas évident, surtout avec cette scène musicale un peu changeante qui vit au bon vouloir du public, mais pas que, au bon vouloir aussi de certains médias indés comme Noisey qui font la pluie et le beau temps dans ce milieu, c'est pas une critique hein, y'a plein de bons médias. C'est juste que je me rends compte que c'est de plus en plus dur d'avoir de l'exposition pour les groupes en fait, vu qu'il y a des milliers et des milliers de projets musicaux. Regarde Zeal & Ardor qui joue ce soir, c'est parti d'une connerie sur 4Chan, et là ils se retrouvent à faire un buzz monstrueux.