Damon Albarn - Everyday robots Surdoué devenu mégastar outre-Manche (pas que là-bas d'ailleurs), longtemps petit prince de la scène brit-pop anglo-saxonne, mais surtout véritable musicien accompli, Damon Albarn est aussi et surtout une véritable tête-chercheuse créative, un stakhanoviste de l'art musical du XXIe siècle s'affranchissant régulièrement de toutes les frontières. Notamment géographiques. On connaît son amour pour le continent africain, le dynamisme qu'il y trouve et les sonorités qu'il en rapporte (cf : Mali Music, Rocket Juice and the Moon), son affection pour les paysages sonores originaire d'Asie (ainsi que les contes et légendes qui s'y rapportent, en témoigne son opéra Journey to the west), tout comme ses velléités expérimentales, anticonformistes, ne sont plus à démontrer en matière de conception de nouveaux langages musicaux (on pense à l'évidence cartoonesque Gorillaz, l'opéra Elisabéthain Dr Dee ou le super-projet baroque The Good, The Bad And The Queen). En clair, l'homme-orchestre échappé (définitivement?) de Blur, le groupe qui l'a fait connaître, est désormais un touche-à-tout, désireux de s'éloigner des sirènes du show-business, du marketing moderne et de tout ce qui s'y rapporte pour ne plus livrer que sa propre vision de la musique. Quitte à le faire pour une fois (une première) en solitaire avec Everyday robots.

On l'a compris, premier opus solo du songwriter/musicien/compositeur londonien, l'album est un recueil de morceaux destinés à explorer la facette la plus personnelle de l'anglais. Conçu comme une suite d'instantanés fugitifs captés en musique et donc tributaire de l'humeur du moment, du paysage peint et des colorations sonores qui s'y rapportent, l'album passe ainsi du très beau et magnétique morceau éponyme inaugural à un "Hostiles" nonchalamment mélancolique avant de s'offrir une promenade pop enlevée avec le lumineux "Mr Tembo". Entre-temps, on aura eu droit à une ballade désenchantée "Lonely press play", témoignant de cette classe intemporelle dont Albarn fait ici étalage sans jamais se cacher derrière un masque, un collectif de musiciens ou quelconque artifice rusé dont il a désormais l'habitude. L'exercice du disque solo est donc autrement plus difficile à appréhender pour un homme qui se sait attendu au tournant, mais celui-ci relève tranquillement le défi, une fois passé le bref interlude "Parakeet", avec un élégant, jazzy et chaloupé "The selfish giant". Instillant le trouble d'une tristesse à peine contenue sur "You & me", il appuie sur la corde émotionnel avec un "Hollow ponds" aussi sensible que déchirant. Il en va ainsi de la musique de Damon Albarn sur cet Everyday robots : introspective mais pas trop, pudique, juste ce qu'il faut ("Seven high", "Photographs (You are taking now)"), pour un résultat quasi inattaquable sur le fond comme la forme. Quelle classe quand même....