The Crumble Factory - Band 1 D'où vient ce nom, The Crumble Factory ? Vous êtes des spécialistes du crumble en dehors de vos activités musicales ?
Absolument pas ! Ce nom m'est venu sans réfléchir, comme d'habitude. Quand j'en ai parlé à un ami irlandais, il m'a dit que c'était vraiment chouette dans la sonorité et que cela avait plusieurs sens, dont "usine à châteaux de sables" en quelque sorte. Comme un clin d'œil à l'absurdité dramatiquement drôle de nos quotidiens (waouh). Ou l'inverse.

Je suis un peu perdu, vous êtes combien dans votre troupe ? 4, 5, 6, 7 ou 8, comme j'avais pu l'écrire à l'époque de votre premier disque ?
Oui, c'est pas net tout ça, tu as raison ! Je vais tenter de te l'expliquer : le groupe est composé de quatre membres permanents sur scène depuis l'enregistrement de Betsy cha cha : Rem (chant, guitare), Ann (chant, claviers), Pat (basse), Seb (batterie). Joël Calatayud et Rémi Saboul interviennent sur des parties de guitares solo, ils sont membres du groupe en studio d'une certaine manière.

Dis-moi, la formation a quelque peu changée depuis le premier disque éponyme sorti il y a 3 ans. Où est passé Julien Barbagallo, le batteur du premier album, il est toujours occupé avec Tame Impala ? Et concernant Stephan Bertholio, Martin Jaussan et même Triboulet ?
Pour l'enregistrement du premier album, j'avais écrit, maquetté et pré-arrangé les morceaux et j'ai proposé le projet à des amis musiciens pour l'enregistrer car nous n'avions pas de véritable groupe de scène. Suite au premier album, et pour l'enregistrement de Betsy cha cha, nous avons travaillé différemment, et enregistré avec les musiciens qui joueront en live.
Julien est évidemment très occupé avec Tame Impala mais aussi avec son projet solo Barbagallo dont le nouvel album vient de sortir, Stephan est en pleine tournée avec Dionysos, Martin est entre autres bassiste de P.A., nouveau très bon groupe toulousain ! Quant à Triboulet, il est surtout le grand sorcier du Studio de la Trappe à Toulouse. Il avait fait quelques interventions au piano sur le premier album. Il n'y en a pas sur Betsy cha cha.

En parlant de "factory", votre nom est associé depuis le début à celui de Pop Sisters Records. Vous pouvez nous en dire plus et présenter la structure et son but ?
Nous avons créé Pop Sisters Records avec Joël Calatayud (Indian Ghost, Don Joe Rodeo Combo) pour défendre nous-mêmes nos projets respectifs et ne plus nous poser la question de la recherche d'un label. Depuis, Laurent Olivaud et Gianni Tremolo nous ont rejoints. L'idée était aussi de partager des ressources communes et trouver des synergies pour le pressage, la promo, les tournées, etc... D'autres groupes nous ont rejoint depuis tels que Hanky Panky et Jim Younger's Spirit. Nous n'avons pas de ligne éditoriale stricte, mais l'ensemble des groupes du label ont une approche assez semblable de l'enregistrement et de la scène, même si les univers sont différentes (pop, rock français, psyché..).

C'est difficile de nos jours de faire distribuer un disque en physique ? Car on sait que le digital rend les choses bien plus faciles à ce sujet.
Les disques de Pop Sisters Records sont distribués par Pias France en physique (CD et vinyles) et digital, ce qui est une bonne chose. Nous tenons à effectuer toutes les sorties en vinyle par conviction artistique mais aussi parce que le support est en adéquation avec les attentes des réseaux de disquaires indépendants. Et puis, il y a les concerts : ce sont plus que jamais des lieux privilégiés pour la rencontre et pour la vente de disques.

J'ai remarqué que vous mettiez du cœur à l'ouvrage, non seulement pour soigner vos enregistrements mais également vos artworks. Celui de Betsy cha cha est particulièrement bien réussi, c'est une commande ?
Il s'agit plus d'un coup de cœur que d'une commande, suite à une rencontre à New York. L'œuvre avait déjà été réalisée et j'ai demandé à son auteur Domenico Zindato, un artiste italien vivant à Mexico et qui expose à NY, son accord pour l'utilisation de son travail pour notre pochette. Il a écouté quelques morceaux qui lui ont plu et a donné son accord pour notre plus grande joie. Je crois qu'il est très heureux de voir son travail reproduit sur une pochette de disque !

Est-ce si compliqué de travailler à deux voix dans un groupe ?
Au départ de l'écriture d'un morceau, je ne suis pas certain de l'utilisation des deux voix. Cela s'impose assez vite, soit parce que cela sert la "texture" (souvent), soit parce que le thème du morceau amène naturellement cette idée de dialogue ou de chœur féminin.

J'imagine qu'avec vos deux voix masculin/féminin et votre style pop-rock par moment un peu faussement nerveux, on vous a déjà fait le coup de la comparaison avec les Pixies. C'est quelque chose qui vous dérange ?
(rires) C'est drôle que tu dises "faussement nerveux", mais je crois que c'est un peu cela ! C'est une malédiction, je suis peut-être un vrai calme en fait. L'écoute d'un disque peut renvoyer à la musique que l'on connaît, ce qui encourage les références à des groupes existants. Pour ce qui est de la comparaison avec les Pixies, je l'ai bien méritée, tiens. Elle est à la fois légèrement flatteuse et inévitable, je crois. Cela ne me dérange pas. À la sortie des disques des Pixies, certains articles faisaient référence aux Beatles. Et pour Betsy cha cha, on m'a même parlé de Genesis (si, si). Pourquoi pas.

Est-ce que Betsy cha cha est issu d'un processus d'écriture collectif ou tu composes tout ?
Je te rassure, ce groupe est une dictature... Je compose et pré-arrange l'ensemble des morceaux puis le groupe se les réapproprie pour l'enregistrement et pour la scène. Une fois les prises principales effectuées en studio, je finalise les arrangements. Contre-exemple, "Rabbit" a été finalement co-écrit avec Pat suite à plusieurs interventions sur la structure.

Combien de personnes possèdent le nouveau disque chez eux au moment où j'écris ces lignes ?
Aucune idée ! Tu me fais penser que je dois relancer Pias. Certainement un raz-de marée !

Selon toi, quel est l'archétype des personnes qui sont susceptibles d'apprécier Betsy cha cha ?
C'est difficile à dire, je vois des gens relativement différents aux concerts. J'ai l'impression que les frontières sont plus floues qu'avant, je l'espère en tous cas.

Serais-tu capable de résumer ou de décrire l'album en donnant une citation ou une expression connue ?
Toolootoolootoo. I feel well, well, well.

Les membres de The Crumble Factory ont plutôt de la bouteille et de très bonnes références musicales. Du coup, je me demandais si la musique était votre job. Je sais que Rémi Saboul fait du sound design, mais les autres ?
On a tous un boulot à côté (sauf Pat). Pour ma part, c'est essentiel, car ce projet ne nourrit pas une famille (rires), je crois aussi que cela donne un caractère rare et urgent à la musique. Et puis quand on est un peu attentif, on peut constater que les gens de la vraie vie sont vraiment complètement dingues sans s'en rendre compte, ça vaut le détour.

Vos chansons ont le chic pour accrocher directement l'oreille, il y a une certaine délicatesse qui me touche. Qu'est-ce qui vous amène à jouer des chansons pop plutôt tournées vers la mélancolie et qui par moment ont un côté un peu faussement naïf, je pense notamment à "So you want to be a writer" ? The Crumble Factory - Band 2
Pour le coup, c'est peut-être vraiment naïf ! J'ai parfois l'impression que mes chansons sont écrites par une petite voix intérieure qui est moi enfant, et qui ne me quitte jamais. Quand j'écris une chanson, je me demande souvent si elle pourrait se chanter comme une "lullaby". Rien de punk là-dedans. C'est peut-être ce qui donne cette impression. Et alors, pour "So you want to be a writer" en particulier, la vérité c'est que j'aurais aimé enfermer une centaine d'enfants dans une pièce et leur faire chanter la mélodie à l'unisson. C'était techniquement compliqué et je n'avais pas prévu de faire la sortie des écoles.

Pas mal le clip psyché-délirant de "Pâquerette". C'était pour continuer à inonder YouTube de vidéos de chat ? Il paraît que ça marche du tonnerre. Plus sérieusement, pouvez-vous m'en dire un peu plus sur ce clip ?
Oui, il s'agit d'une démarche totalement opportuniste pour inonder le marché de chats et récolter un succès immédiat (rires). En réalité, je suis tombé par hasard sur un long métrage d'animation, en images lo-fi, avec une pixellisation pourrie, une sorte de retrocomputing qui m'a touché. J'ai ressenti que la rythmique de ce film et les thèmes abordés - on parle peu des chats avec des lasers dans les yeux ces temps-ci, mais ce serait une véritable source d'énergie et d'optimisme pour la planète - étaient en totale résonance avec le morceau. Du coup, j'ai vérifié les droits et nous avons eu l'autorisation de travailler le clip avec ces images.

Les personnes qui ont aimé Betsy cha cha, auront-elles la chance de vous découvrir en live prochainement ?
Nous avons fait quelques dates à la rentrée pour caler le live, et nous partirons sur une petite tournée au 1er semestre avec entre autres Nantes, Toulouse, Marseille, Bordeaux et Paris.