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Interview : Conger ! Conger !, L'interview zoologique (déc. 2013)

Conger ! Conger ! / Chronique EP > This is a black EP

Conger ! Conger ! This is a black EP Après deux albums (At the corner of the world et ZAAD) qui ont véritablement marqué les esprits des amateurs de musique exigeante, les Marseillais de Conger ! Conger ! publient un EP nommé This is a black EP (logiquement doté d'une pochette blanche) uniquement disponible via les concerts du groupe et bandcamp. Et au vu des quatre redoutables compositions présentes, This is a black EP mériterait une plus ample distribution.

Sur This is a black EP, Conger ! Conger ! semble poursuivre sa mue avec 4 titres foncièrement différents de ce qu'ils avaient produit auparavant. L'effet de surprise est donc omniprésent et le trio entretient indirectement son aura de groupe en évolution constante. Le premier titre, "Sex without joy", est une entrée en matière qui met déjà l'auditeur sur les fesses : un long titre de 6 minutes avec un chant perché qui anime un leitmotif détonant, un développement surprenant et une orientation pop lumineuse qui fait mouche. La seconde piste, "Awa", démarre sous d'autres hospices avec une entame percutante et une dynamique qui l'est tout autant tandis que la troisième étape fait figure de morceau plus "bourrin" et mélodique à la fois, notamment la guitare de Pierrot, qui s'illustre avec des plans heavy et un chant arraché qui prend immédiatement à la gorge. L'EP se conclut sur un très beau titre, dont l'introduction annonce un démarrage en trombe, mais qui va finalement s'épanouir dans la retenue. Le chant chloroformé de Patrice étonne ainsi que le titre qui va s'avérer très hypnotisant sur la longueur.

Bref, encore une excellente pioche que ce This is a black EP du coté de Conger ! Conger ! qui confirme un songwriting sans œillère et de haute tenue. Il se murmure qu'un autre EP intitulé This is a white EP (logiquement doté d'une pochette noire cette fois-ci) devrait voir le jour assez rapidement... Vivement cette suite qui s'annonce toujours aussi audacieuse et épatante.

Conger ! Conger ! / Chronique LP > ZAAD

Conger ! Conger ! - ZAAD Inutile de te dire que l'on a frétillé de plaisir dès que l'on a eu ce nouvel album des congres dans les mains tant At the corner of the world et sa noise open-mind avait été une sacrée carte de visite. Une conjugaison parfaite d'éclectisme, de songwriting deluxe pour un impact exponentiel. D'ailleurs, deux ans après, l'intérêt pour cet album ne faiblit toujours pas.

Pour ZAAD, la recette semble de prime abord sensiblement la même mais le groupe semble encore plus enclin à repousser les frontières de leur identité, on en veut pour preuve "To let them play with fire ?" où Conger ! Conger ! fait preuve d'assez de talent pour rendre un morceau disco parfaitement acceptable. Et jouissif en plus ! Le reste, c'est aussi de la balle, le haut du panier, de la haute voltige, de l'endorphine par palettes, toujours avec cet éclectisme des plus judicieux : post-harcore sur "Why making child tonight ?", post-punk sur "Why making child ?" tandis que "Why making ?" me fait penser à du dEUS période In a bar, under the sea (ou Trunks pour citer un groupe méconnu...), une sorte de pop arty avec un saxophone aux sonorités chaudes. En milieu de ZAAD, après le fameux morceau disco, les Conger ! Conger ! se lâchent complètement et utilisent des hurlements doom-sludge pour un titre qui joue à cache-cache avec les nerfs de l'auditeur pour ensuite gagner définitivement en lourdeur. Comme le disque est plutôt short niveau durée, il aurait été dommage de se foirer sur les derniers morceaux et ça ne sera pas le cas. Mais alors vraiment pas. "To let them play ?" est, là encore, une bien belle leçon de musique sans œillères puisqu'il s'agit ni plus ni moins que d'un morceau de cold-pop éthérée avant de conclure sur du pur hardcore old-school à la Minor Threat sur une plage de 40 secondes. Et je ne t'ai pas mâché tout le boulot, il y a encore une foultitude de portes (de la perception) à découvrir. C'est aventureux, pertinent, jamais chiant, toujours captivant donc parfait. Seul reproche, l'album ne dure pas longtemps et on tendance à rester un peu sur sa faim quand ZAAD se termine. Je te l'accorde, c'est un reproche de gros nase quand l'on voit le nombre de disques avec 12 titres pour 5 potables. Mention parfait quand même.

NdR : Oui, la pochette, c'est Zizou ou Zazie quand notre Jojo national est rond comme une barrique. Après la thématique du génocide rwandais, le trio s'attaque à la déliquescence de sa propre ville, c'est-à-dire Marseille. Un disque totalement approuvé par Jean-Claude Gaudin-Skywalker, pour citer un autre groupe marseillais, de rap cette fois-ci, avec deux-trois titres potables à leur actif, notamment ceux avec le Wu-Tang-crew.

Conger ! Conger ! / Chronique LP > At the corner of the world

Conger ! Conger ! - At the corner of the world Conger ! Conger !, c'est tout d'abord un morceau lâché en téléchargement gratos sur leur bandcamp qui laissait présager une énorme tuerie. Un mp3 ("When I was a nigger", en l'occurrence) qui pratiquait la terre brulée sonore avec une précision rare et un avant-goût qui laisse le cul bien vissé sur la chaise. De quoi laisser l'auditeur avec un soupçon d'amertume et de frustration dans les oreilles de ne pas pouvoir entendre le reste de la bestiole.
Ne tergiversons pas, At the corner of the world est un putain d'album et une découverte intensément excellente, la preview pertinemment choisie n'a pas failli à sa tache. Ce qui est vraiment attirant chez cette galette de Conger ! Conger !, c'est cette ouverture d'esprit qui agrémente chaque piste et rend l'écoute de l'album totalement palpitante. Les Conger ! Conger ! font de la noise incandescente et jouissive, comme sur le premier brulot "At the corner of the world", mais pas seulement. La deuxième plage me fait penser au virage de Generic sur II avec un titre épuré donc l'intensité croit pour finalement péter des genoux avec des arguments éprouvés. Sur "Pray", la quatrième piste, Conger ! Conger ! gagne en gras et en force de frappe grâce à cette voix quasi-sludge (on est pas loin d'Akimbo de Jersey shores vocalement et musicalement) savamment maitrisé. "Liguardo", la cinquième piste, c'est une des belles curiosités d'At the corner of the world, un titre unplugged avec toujours cette même rage exacerbée en fil rouge.
La suite ? De la balle, comme toujours. "Her name" n'était pas forcément un de mes titres favoris mais les multiples écoutes ont fait leur effet et les arguments différents proposés (une voix aigüe, plus de mélodie et de tentations pop) ont finit par convaincre. Idem pour "Icarus", un des grands titres de l'album, qui raisonne comme du Conger ! Conger ! classique mais sacrément érectile auditivement avec un leitmotiv cinglant qui scotche les neurones en deux-temps trois mouvements. Les trois dernières titres d'At the corner of the world ne sont pas en reste et proposent un final explosif avec l'intense "The fall", l'ambivalent "Old age" et le progressif "Dust" qui lorgne de nouveau vers le Conger ! Conger ! le plus gras et le plus incisif.
Une grande leçon de noise-open mind et encore une excellente sortie pour Mr Katatak (Berline0.33, Ntwin...), label dont on ne parle jamais assez et qui se construit une petite réputation exemplaire. Et l'édition vinyle est sublime. Il fallait le souligner histoire d'être complet.

NdR : A noter, chers lecteurs, que je n'ai pas fait de chronique aussi longuette depuis un bail. C'est bien qu'il se passe un truc pas anodin chez Conger ! Conger !

[fr] Ecoute At the corner of the world: bandcamp (116 hits)External ]