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Cold War Kids est assurément l'une des "hype" de l'année 2006. Et comme toutes les nouvelles tendances rock anglo-saxonnes débarquant sur le W-Fenec, c'est avec un peu de recul que l'on en parle, histoire d'éviter les pseudo nouvelles pépites pop-rock qui s'éteignent aussitôt allumées. Des feux de paille, façon Rapture fabriqués de toutes pièces par des majors associées aux radio et qui après deux trois singles n'ont plus rien à offrir. Mais, il y en a d'autres, qui à la manière d'un Kasabian en ont assez dans le ventre pour tenir la route et proposer quelque chose de vraiment solide avec un feeling imparable et des morceaux tailler pour exploser aussi bien les charts que les salles de concert. Après un premier EP paru en 2005 et rapidement épuisé, Cold War Kids en a sorti un deuxième, lui aussi disponible trop brièvement puis un troisième, avec toujours le même résultat. Dès lors, le groupe signe chez Downtown Recordings, éminent spécialiste en coup fumant (Gnarls Barkley, Eagles of Death Metal...) et sort son premier album intitulé Robbers & cowards début octobre 2006 aux USA et quelques mois plus tard en France via V2 Music.

Cold War Kids / Chronique LP > Hold my home

Cold War Kids - Hold My Home Comme tous les gosses, on aurait aimé qu'ils ne grandissent jamais et restent les mêmes musiciens possédés et foutraques, entrés dans la postérité de l'indie à l'époque de leur premier essai Robbers & cowards en 2006. Mais comme tous les bons musiciens, ceux-là aussi ont évolué : dans leur démarche, dans leur son, dans leurs ambitions, certainement. Une évolution qui verra le départ de leur fantastique guitariste-fondateur en 2012, puis de leur batteur l'année suivante. Alors, 5 albums et 10 ans après leurs débuts, où en est Cold War Kids (ou plutôt qu'en reste-t-il) ? Ce qui frappe d'entrée avec Hold my home, c'est le déséquilibre qui s'est progressivement installé au sein du quatuor américain. Là où les anciennes productions donnaient à entendre (et à voir en live) une formation soudée, fusion de fortes personnalités, on sent désormais le chanteur davantage mis en avant, au risque d'être souvent livré à lui-même ("All this could be yours" qui tourne presque à vide). La voix de Nathan Willett est toujours aussi juste et sincère mais elle sonne désormais comme celle d'un rescapé, avec le bassiste, de la ''grande époque''. Le jeu de batterie, qui avait déjà commencé à passer à la trappe depuis la direction plus électronique prise sur le troisième album, Mine is yours, est devenu globalement impersonnel. La guitare, autrefois si centrale et sale, se fait étrangement discrète. Alors soit, un groupe évolue. Mais quand il perd les trois-quart de son essence, peut-on encore parler du même projet ?

Ce qui perturbe surtout, c'est l'envie de créer des hymnes, quasi sur chaque titre, chez des artistes naguère aux antipodes de telles considérations. À cette fin, le propos se fait de plus en plus rock, carré, compressé, sec ("Hot coals", "Drive desperate"), comme si le groupe nous faisait le coup de "Something is not right with me" (single de leur second LP Loyalty on loyalty) mais sur un album entier. Oublié le feeling mystique de "Robbers" ou "Avalanche in B". Oubliée aussi une certaine mise à nue, une fragilité sans retenue. Les compositions semblent courir, mais vers quoi ? Du stadium-rock à la U2 ("Hotel anywhere") ? Des sons plus pop à la Red Hot Chili Peppers ("Go quietly") ? En fait de courses, on a surtout le sentiment qu'elles fuient leurs origines à tout jambe. Tout n'est évidemment pas à jeter, certaines pistes parviennent encore à mêler habilement noirceur d'antan et recherche de luminosité ("Nights & weekends"), même si très vite on se retrouve de nouveau avec cette foutue caisse claire sur tous les temps, broyeuse de groove ("Hold my home", "Flower drum song"). La fin du disque, plus subtile, rattrape un peu l'affaire ("Harold bloom") et le tout se termine même par le meilleur des 11 titres. Ouf.

Succombant aux envies rassembleuses, les Cold War Kids ont désormais choisi de faire du rock moyen là où ils excellaient pourtant dans leur blues torturé. Comme tous les gosses, on aurait aimé qu'ils ne grandissent jamais ; ceux-là semblent avoir définitivement quitté la maison.

Cold War Kids / Chronique LP > Dear miss lonelyhearts

Cold War Kids - Dear Miss lonelyhearts Hype de la scène pop-rock indé nord-américaine depuis l'excellent Robbers & cowards et son tube "We used to vacation", les Cold War Kids s'étaient crashés en plein vol à l'heure de confirmer avec un Loyalty to loyalty passablement boursouflé et décevant. Après la claque du premier album, la déception était à la hauteur des attentes suscitées par le coup de Trafalgar des débuts. A tel point que l'on avait finalement zappé Mine is yours, un troisième opus passé ni vu ni connu au-dessus du terrier, sans vraiment de regret. Et voici comme notre belle mais éphémère idylle avec les américains semblait être destinée à se jeter d'elle-même aux oubliettes... avant que ne débarque Dear miss lonelyhearts.

"Miracle mine" / "Lost that easy"... deux petits titres et la surprise : Cold War Kids s'offre un joli retour au grâce au détour d'une paire de compositions inspirées, dopées par une pop charismatique et des arrangements qui percutent la sphère rock indé avec un appétit constant. On n'attendait pas grand chose et pourtant, le groupe arrive à faire oublier ses errements passés... Bon pas complètement non plus, "Loner phase" manque un peu de l'envie retrouvé sur les premiers morceaux quand "Fear & trembling" puis "Tuxedos" se révèlent assez quelconques (voire très)... Et l'on craint alors que le lancement de l'album ne soit au final qu'un feu de paille.

Mais apparemment, le groupe a décidé de jouer avec les nerfs de l'auditeur et lâche alors un "Bottled affection" insidieux puisque devant être écouté plusieurs fois avant de dévoiler toutes ses qualités. Pour au final se révéler être un petit hymne à placer en bonne place au sein de la discographie d'une bande qui enchaîne avec "Jailbirds". Toujours pas de chef-d'oeuvre espéré mais c'est efficace, aérien dans l'écriture, moins conventionnel que l'on aurait pu le redouter et suffisamment inspiré pour convaincre. D'autant que vient alors le moment pour les Kids de poser une petite pépite sur la platine : "Water & power". Là, par enchantement, on oublie le passé et on admire les américains à l'oeuvre... la la classe retrouvée. Tant pis si la fin de l'album ("Dear miss lonelyhearts", "Bitter poem") s'avère très anecdotique, ce quatrième album réussit le petit miracle de nous réconcilier avec un groupe apparemment encore capable de faire de belles choses avec sa musique.

Et ça, c'était déjà quasiment inespéré.

Cold War Kids / Chronique LP > Loyalty to loyalty

Cold War Kids - Loyalty to loyalty Il y a deux années de cela maintenant, les Cold War Kids débarquaient sur la scène rock avec sous le coude un disque armés de singles aussi "tubesques" qu'énergisants. Un véritable coup de Trafalgar couronné de succès et qui propulsait le groupe comme l'un des portes étendards de la nouvelle génération avec tout ce qu'il faut de potentiel pour cartonner. En clair, CWK avait la hype dans le sang et le landerneau du rock à ses pieds. L'effet de surprise une fois estompé, les américains se sont attelés à la tâche de combler des attentes démesurées avec un second disque baptisé Loyalty to loyalty. Le meilleur moyen de savoir ce que le groupe avait réellement dans le ventre après la surprise Robbers & cowards.
"Against privacy" ne laisse pas vraiment augurer le meilleur pour ce deuxième opus. Titre inaugural un peu mou du genou mais délicatement sophistiqué, ce premier morceau n'est pas une franche réussite mais suggère paradoxalement que le groupe a cherché ici à soigner son écriture. Moins immédiate au première abord, moins roots et plus produite, quitte à remettre en question les recettes qui faisait le succès de l'album qui les a propulsé là. Osé. Mais lorsque débute "Mexican dogs", on se rend compte que le groupe a plus d'une corde à son arc. Et s'il faut accrocher au chant haut perché, à vif et un peu écorché de Nathan Willett, Cold War Kids démontre ici sa capacité à imposer un songwriting qui refuse tout calibrage radiophonique pour privilégier la spontanéité et la personnalité des compos. Le résultat est ici imparable. Rock post-moderne au groove légèrement old-school, mélodies fiévreuses, et feeling bluesy omniprésent, le groupe met le paquet et démontre que sa griffe musicale est reconnaissable entre mille. Reconnaissons que c'est plus rare ces temps-ci. Et les californiens d'enchaîner avec des morceaux de la trempe d'un "Something is not right with me", "Welcome to the occupation" ou "I've seen enough". Classe... pour le moment..
Car le souci avec Loyalty to loyalty, c'est surtout que ça aurait fait un excellent EP composé de quatre/cinq titres, un effort serti de titres brûlants et inventifs, alors que là, l'album ne tient pas la longueur. "Every valley is not a lake" est ainsi un peu poussif, quant à "Avalanche in B" les instrumentations jazzy ne se marient définitivement pas avec la voix si singulière du chanteur. Et en ce qui concerne le reste, les morceaux ne déchaînent pas les passions ("Dreams old men dream"), pire, les Cold War Kids semblent s'éloigner des horizons rock pour offrir un vague mélange bluesy/rock/soul qui lorgne du coin de l'oeil autours de Tom Waits sans jamais parvenir ne serait-ce qu'au début de la cheville du maître. Ennuyeux, bancal et inutilement grandiloquent ("Relief"). Le groupe met la presse bien-pensante à ses pieds uniquement parce que celle-ci cherche à justifier son statut de découvreur de talents. Mais dans la réalité, la fin de Loyalty to loyalty est interminable, bien trop maniéré et par instants boursouflé pour faire frissonner les amateurs du genre.

Cold War Kids / Chronique LP > Robbers & cowards

cold_war_kids_robbers_and_cowards.jpg La claque ! "We used to vacation" était annoncé comme un tube... et bien c'en est un. Premier titre de Robbers & cowards et single idéal pour ces chers programmateurs de radio, ce titre fait la part belle à une mélodie qui fracasse les enceintes, bien aidé en cela par une rythmique imparable et un clavier au feeling monstrueux. Cold War Kids balance, invente, use également de ressorts connus mais le fait avec classe et finalement se fend d'un premier titre énormissime... Un coup d'essai ? Un véritable coup de maître. Alors que l'on s'enquille les premières mesures de "Hang me up to dry", on se dit que non, le groupe ne peut décemment pas nous asséner un deuxième single aussi efficace que le premier comme ça, sans ciller. Pourtant si. Et toujours ce feeling monstrueux, toujours ces accords de clavier qui pulsent pendant que les riffs de gratte et la section rythmique assurent le spectable. Toujours ce chant haut perché et cette efficacité maximale qui nous assure un quota de tubes garantis sur cet album forcément alléchant.
On se doute que le groupe ne pourra pas tenir la route à ce rythme et effectivement, le groupe relache un peu la pression le temps de "Tell me in the morning" et "Hair down" avant de réenclencher la machine à tube(s) avec "Passing the hat". Ni complètement pop, pas vraiment purement rock, Cold War Kids navigue à vue entre deux eaux et ne s'égare jamais, même en jouant les funambules... Complètement relaché et décomplexé, Robbers & cowards aligne les titres avec une insouciance non feinte et une personnalité suffisante pour ne pas céder aux facilités du tout markété pour les radios ("Saint John"). Alors que l'on s'attend à une suite de hits absolus dans la veine des premiers titres, quelques nouveaux morceaux à l'énergie rock mais aux mélodies et arrangements débordant de mille influences pour former un cocktail quasi inédit, le groupe change son fusil d'épaule se fend d'un morceau plus calme, plus apaisé. Sans rater sa cible. Et les auditeurs d'avoir droit à une sorte de ballade mélancolique pop-rock mais façon Cold War Kids. Car là où les américains font très fort, c'est avec ces titres qui ont l'étonnante faculté de ne pas être conçus pour plaire aux masses et qui pourtant devaient rallier un grand nombre d'amateurs de rock indé à leur cause. La preuve en décibels avec un "Hospital beds" furieusement jouissif alors même que le groupe ne se prive pas pour prendre des risques et parfois surprendre, voir même dérouter (le décevant "Pregnant", le plaintif "God, make up your mind"...), tout en imposant sa marque via des singles d'une efficacité rare à l'inventivité souvent surprenante ("Red, wine, success")... Sans aucun doute les signes d'un futur grand groupe en devenir...