Cold War Kids / Chronique LP > Loyalty to loyalty
Il y a deux années de cela maintenant, les Cold War Kids débarquaient sur la scène rock avec sous le coude un disque armés de singles aussi "tubesques" qu'énergisants. Un véritable coup de Trafalgar couronné de succès et qui propulsait le groupe comme l'un des portes étendards de la nouvelle génération avec tout ce qu'il faut de potentiel pour cartonner. En clair, CWK avait la hype dans le sang et le landerneau du rock à ses pieds. L'effet de surprise une fois estompé, les américains se sont attelés à la tâche de combler des attentes démesurées avec un second disque baptisé Loyalty to loyalty. Le meilleur moyen de savoir ce que le groupe avait réellement dans le ventre après la surprise Robbers & cowards.
"Against privacy" ne laisse pas vraiment augurer le meilleur pour ce deuxième opus. Titre inaugural un peu mou du genou mais délicatement sophistiqué, ce premier morceau n'est pas une franche réussite mais suggère paradoxalement que le groupe a cherché ici à soigner son écriture. Moins immédiate au première abord, moins roots et plus produite, quitte à remettre en question les recettes qui faisait le succès de l'album qui les a propulsé là. Osé. Mais lorsque débute "Mexican dogs", on se rend compte que le groupe a plus d'une corde à son arc. Et s'il faut accrocher au chant haut perché, à vif et un peu écorché de Nathan Willett, Cold War Kids démontre ici sa capacité à imposer un songwriting qui refuse tout calibrage radiophonique pour privilégier la spontanéité et la personnalité des compos. Le résultat est ici imparable. Rock post-moderne au groove légèrement old-school, mélodies fiévreuses, et feeling bluesy omniprésent, le groupe met le paquet et démontre que sa griffe musicale est reconnaissable entre mille. Reconnaissons que c'est plus rare ces temps-ci. Et les californiens d'enchaîner avec des morceaux de la trempe d'un "Something is not right with me", "Welcome to the occupation" ou "I've seen enough". Classe... pour le moment..
Car le souci avec Loyalty to loyalty, c'est surtout que ça aurait fait un excellent EP composé de quatre/cinq titres, un effort serti de titres brûlants et inventifs, alors que là, l'album ne tient pas la longueur. "Every valley is not a lake" est ainsi un peu poussif, quant à "Avalanche in B" les instrumentations jazzy ne se marient définitivement pas avec la voix si singulière du chanteur. Et en ce qui concerne le reste, les morceaux ne déchaînent pas les passions ("Dreams old men dream"), pire, les Cold War Kids semblent s'éloigner des horizons rock pour offrir un vague mélange bluesy/rock/soul qui lorgne du coin de l'oeil autours de Tom Waits sans jamais parvenir ne serait-ce qu'au début de la cheville du maître. Ennuyeux, bancal et inutilement grandiloquent ("Relief"). Le groupe met la presse bien-pensante à ses pieds uniquement parce que celle-ci cherche à justifier son statut de découvreur de talents. Mais dans la réalité, la fin de Loyalty to loyalty est interminable, bien trop maniéré et par instants boursouflé pour faire frissonner les amateurs du genre.
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(The) Aurelio
Décembre 2008
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