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Biographie > Du stoner qui embraye

Clutch Clutch est-il à ranger dans la case, évidemment réductrice, des combos stoner ? Si oui, pourquoi ont-ils, entre autres, tourné avec un groupe tel que Sepultura. Réponse simple et directe : parce que. Nous on dira plutôt, pourquoi pas ? Après tout, qui a dit qu'un groupe devant assurer les premières parties d'une formation culte de thrash metal tribal devait boxer dans la même catégorie ? Personne et encore moins nous au W-Fenec.
C'est bien sympa tout ça, mais n'a toujours pas répondu à la question. Clutch est-il un groupe stoner. Réponse : oui. Mais non. Enfin un peu quand même. Une petite étude de cas s'impose. Entre heavy rock psychédélique hérité des 70's, groove typiquement desert rock et d'impros jazzy, il fallait bien trouver une étiquette à coller au style du groupe et celle du stoner paraît la moins improbable. Quoiqu'il en soit, la musique de Clutch ne se décrit pas aussi aisément, elle s'écoute et s'explore. Le parcours de ce groupe natif du Maryland, lui peut se raconter, car il mérite largement que l'on s'y attarde deux minutes.
Plus d'un million de disques vendus, au total, depuis le début de sa carrière, des démêlés à n'en plus finir avec leurs maisons de disques successives (Earache, Columbia, Atlantic Records), un farouche volonté d'en découdre quoiqu'il arrive afin de ne pas produire une musique soumises aux diktats des majors, un cercle d'irréductibles amateurs du groupe de par le monde, des participations aux bande-originales du film New York 1997 ou du jeu vidéo Tony Hawk. Clutch c'est tout ça et un peu plus. Depuis 1991, date de formation du groupe, les membres de ce combo, pas comme les autres, sortent leurs disques sur un label différent à chaque fois, ne font que ce qu'ils veulent vraiment, ne jouent que pour s'éclater et proposer ce son qui leur est propre et une personnalité à part.
Sa vie, son oeuvre, son culte. et quelques disques extrait de leur discographie sélective, au passage, Clutch ne pouvait pas ne pas être sur le W-Fenec. Avec un peu de retard, on s'est finalement chargé de leur cas.

Clutch / Chronique LP > Psychic warfare

Clutch - Psychic warfare On retrouve les copains du Maryland là où ils nous avaient laissé il y a deux ans avec un Earth rocker qui avait mis une fessée à tous ceux qui pensaient que Clutch avait pris un coup de vieux. Un album qui marquait surtout une volonté pour un groupe marqué par sa tournée avec Motörhead de rentrer dans un format un peu plus simple et carrément plus heavy qu'on ne leur connaissait pas jusque-là. Loin de déplaire à votre serviteur, cette nouvelle formule lui avait néanmoins parue un peu légère, certes sympa en live mais inégale et assez peu durable sur album. Pour tout vous dire il manquait ces cotés jam et groove du Sud qui permettent au groupe d'être dans le haut du panier.

Tout est pardonné avec ce Psychic warfare qui n'y va pas par quatre chemin en nous assénant d'entrée de jeu deux missiles super efficaces ("X-ray visions" et "Firebirds") qui foncent donc dans la même traînée que leurs aînés d'il y a deux ans. Sauf qu'il est clair que Clutch a chopé la pleine maîtrise de sa formule, parce que cette fois, ça joue sans retenue aucune et on retrouve ce feeling de tueurs qui caractérise le groupe, notamment avec le jeu de Jean-Paul qu'on sent beaucoup plus à l'aise dans ce registre qu'il y a deux ans, puisqu'il réussit le tour de force d'être dans l'efficacité absolue tout en balançant ses petits breaks jazzy qui manquaient justement la dernière fois. Pour le reste on est clairement dans du heavy pur et dur, Neil est au sommet de sa badassitude et Sult se permet même de la jouer Angus Young sur le solo de "Noble savage" où les quatre compères en profitent pour appuyer sur l'accélérateur comme jamais. De quoi faire passer les anciens morceaux pour des chutes du dernier album de Queens Of The Stone Age.

Bref, on se retrouve avec une sorte de synthèse entre Earth rocker et Strange cousins from the west (même si ça penche carrément plus du coté d'Earth rocker, le blues n'étant plus là que sous forme d'accent) : des brûlots Hard Rock speed et super heavy mais avec une maîtrise totale et un jeu plus audacieux. Bref, comme la dernière fois, mais la classe en plus. On tient d'après moi le meilleur album de Clutch depuis Robot hive / Exodus avec des titres qui vont tout dévaster en live, d'autant que le groupe du Maryland à définitivement prouvé ce qu'il valait en face à face sur ses dernières tournées.

Du coup, nous voilà face a un mystère : 11 ème album et 25 ans d'une carrière au cours de laquelle Clutch n'a non seulement jamais vraiment pêché, mais a en plus sortit une petite tripotée d'albums cultes et ce dans des styles toujours un peu différents mais toujours authentiques. 11 ème album et visiblement toujours aucune difficulté à pondre des hymnes rock'n'roll qui marche dès la première écoute et qui durent un bon moment. Ils auraient donc découvert la recette parfaite de l'album rock'n'roll ? Faux : Clutch est le rock'n'roll, tout simplement.

Clutch / Chronique LP > Earth rocker

Clutch - Earth rocker Earth rocker, plus qu'un titre d'album, une punchline stoner-rock en soi, une véritable profession de foi pour l'un des plus efficaces représentants du genre. Voilà, on arrête là ou on continue? OK on continue. Parce que c'est ce qui transpire d'un premier titre éponyme qui permet à Clutch de se dégourdir les riffs sans trop en faire, on donne dans le classique, le rock pur et dur aux relents stoner qui sentent la rocaille, au groove opiacé qui envoie façon "minimum syndical". Faut être honnête, à l'instar de ce qu'il propose sur la suite immédiate, avec "Crucial velocity", le groupe ne se foule pas trop et s'en tient strictement à ses acquis pour combler les inconditionnels du genre, tous déjà acquis à sa cause.

Et comme ce ne sera pas suffisant bien longtemps, il enclenche la machine à "coolitude" à partir de "Mr Freedom" et ensuite lâche définitivement la bride pour redevenir le mètre-étalon de sa catégorie avec un "D.C sound attack" qui envoie du rêve par pack (de bières) entiers. Un feeling incroyable (et pourtant on est habitués), un charisme vocal de fou(s), des lignes instrumentales qui balancent, Clutch est définitivement de retour au sommet avec un titre en forme de hit absolu ; et donne la leçon à l'interminable cohortes de suiveurs qui viennent s'engouffrer dans son sillage. Taulier de sa catégorie musicale, il n'a pas grand chose à faire pour reléguer la concurrence bien loin derrière lui. Et si celle-ci se rapproche un peu trop, un coup d'oeil dans le rétro, un petit coup d'accélérateur et on expédie un solide "Unto the breach" dans les écoutilles. Et puis? Bah, c'est un peu tout en fait...

Sans surprise (en bien comme en "mâl(e)"), Earth rocker, toujours sorti sous la propre bannière du groupe (Weathermaker Music), s'offre une petite ballade (aussitôt écoutée, aussitôt oubliée) avec "Gone cold", avant de remettre les gaz (en sourdine toutefois) sur "The face". Là est le gros point noir de l'album, à savoir que si Clutch n'a rien perdu de son exceptionnel savoir-faire, il est clairement en panne d'inspiration bluesy/funky et se contente d'un cocktail rock/stoner certes burné mais extrêmement conventionnel. A l'image de morceaux aussi convenus que "Book, saddle and go" ou "Cybord bette" pour lesquels, les américains donnent l'impression de reproduire à l'infini des formules rock bien électriques et fuselées certes, mais déjà entendues mille fois par ailleurs. Tout en les appliquant avec deux classes de plus que ses contemporains toujours... Evidemment il suffit de dire cela pour qu'ils lâchent un "Oh, Isabella" au gimmick rock'n'roll furieusement fédérateur avant de conclure sur une note toute aussi groovy avec "The wolf man kindly requests..." électrisant à souhait, pour finalement se dire que Clutch reste encore et toujours fidèle à lui-même (un peu trop même...).

Sans doute parce que les grands groupes ne déçoivent jamais vraiment.

Clutch / Chronique LP > Heard it all before

Clutch_heard_it_all_before.jpg 3e opus live made in Clutch après les Live at the Googolplex et Live at Flint, Heard it all before est une double galette disponible en édition limitée et comportant pas moins de 2h20 de musique... le fantasme de tout bon amateur du groupe en sommes. Car en live, les américains donnent dans la grosse marave rock'n roll, un bon gros set où les bûcherons sont toujours prêts à en découdre. Ce Live at the Hi Fi Bar débute donc non pas par Clutch mais par The Bakerton Group, autrement dit, Clutch, sans Neil Fallon en mode exclusivement instrumental et plus blues rock que stoner "in your face". Quatre titres de mise en route (dont les très bons "Bruce Bigsby" et "Last orbit"), histoire de débrider les mécaniques pendant lesquels on retrouve l'inimitable griffe de Clutch avec un petit côté légèrement différent qui fait tout l'intérêt de TBG et voici déjà venue l'heure de passer au plat de résistance. D'entrée de jeu, le stoner/heavy rock old-school au groove sidéral et aux textures jazzy, fait son petit effet, bien aidé par un Neil Fallon en forme olympique ("Never be moved"). "You can't stop progress", "Power player", "The devil & me"... les titres défilent et sa voix si particulière fait des ravages. Le combo justifie largement sa réputation de "killer" en live et se livre complètement assurant un show complètement rock'n roll et furieusement énergisant. Un petit coup de "Slow hole to China" bien épileptique et piloté avec une maîtrise de tous les instants, un soupçon de "The soapmakers" sauvagement burné, le gros rock viril des américains en impose. Après le déjanté et destructuré "Burning beard", le groupe boucle le premier acte sur le toujours très bon "Big news I" et ses accents western rock à l'harmonica carrément dépaysants. Deuxième acte, après une quinzaine de titres bien virils qui ont eu largement leur dose de testostérone et de groove funky, de fulgurances jazzy pour museler la concurrence, les Clutch nous envoient une deuxième fournée toute aussi blindée en tubes stoner rock. "Burning in hell/How many more years" en guise d'apéritif et le groupe enquille sans sourciller un "King of Arizona" en forme d'hymne au grand ouest américain, puis un "The Mob goes wild" aux guitares gorgées en électricité. "Shotgun name Marcus" débarque alors mettre le feu aux enceintes avec son rock furieux qui démonte les cloisons à coup d'épaule pendant que "Basket of eggs" vient tranquillement parachever le travail. Mélodie carnassière, riffing animal, section rythmique qui cimente le tout avec aisance, les Clutch font le métier avec passion et se trouve les yeux fermés, eux qui ont déjà plusieurs centaines de concerts à leur actif. Un "Mice & Gods" et un "Black umbrella" plus tard et le groupe conclue l'affaire avec la doublette "Electry worry"/"One Eyed Jack". qui tronçonne tout sur son passage Tubesque et jouissif, à l'image de ce live bien complet et qui ravira les inconditionnels du genre.

Clutch / Chronique LP > From beale street to Oblivion

Clutch : From beale street to oblivion 17 ans de carrière, 3000 concerts dixit la légende, une tripotée d'albums qui ont démontré sans l'ombre d'un doute que le groupe savait y faire et une indépendance acquise à la force du riff, Clutch n'a plus rien à perdre, plus rien à prouver. Le groupe est désormais l'une des icônes d'un heavy bluesy stoner caniculaire et a toujours une base solide d'inconditionnels prêts à les suivre dans leurs pérégrinations live aux quatre coins... du globe. Qu'attendre donc des Clutch à l'heure de ce From beale to Oblivion ? Montré encore une fois que ces mecs en ont sous la pédale, qu'avoir s'être archi-rodé en concert, ils se trouveraient les yeux fermés, qu'ils sont toujours capables de nous lâcher dans les enceintes de véritables hymnes stoner blues ? Un peu de tout ça et même un peu plus...
Eloignons d'entrée les âmes chagrines, non, ce nouvel opus ne sera pas celui de la révolution de palais chez le groupe. On a aimé le stoner funky et massif de Blast tyrant, les riffs heavy blues de Robot hives/ exodus, on aura donc en gros droit à un gros mélange des deux. Cool, c'est ce qu'on attendait d'eux. Et au final, ça donnera ce que ça donnera, ça défouraillera, ce que ça défouraillera, mais les auditeurs en auront pour le petite liasse de billets verts. Déjà, à la prod, comme c'est toujours plus sympa de se payer l'un des maîtres du genre, Neil Fallon et ses gars se sont assurer les services d'un Joey Barresi qui est tout sauf un manche. En témoignent les brillants états de services du bonhomme (Kyuss, QOTSA, The Melvins, Fu Manchu, mais également Tool dans un autre genre) qui démontrent sans l'ombre d'un doute que le stoner, le Joey, ça le connaît.
Et résultat des courses, on s'en doutait quand même un peu, l'association Clutch / Barresi, fait des étincelles. Le son est taillé pour faire mâle, les guitares dévorent le bitume et les atmosphères ensablées nous font visiter le Grand Canyon sous un soleil de plomb. Influences bluesy ominprésente, groove obsédant, feeling tentaculaire, le cinq majeur américain a des fourmis dans les jambes et envoie quelques riffs ultra-efficace dans les enceintes. C'est évidemment bien troussé, pas plus inspiré que d'ordinaire (mais l'ordinaire chez Clutch, c'est souvent jouissif) mais c'est du cousu main pour un groupe qui reste au sommet de son art. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter une oreille discrète sur le démentiel "Electric worry", ou sur le toujours excellent "One eyed dollar", déjà paru sur l'album Jam room. De quoi faire frémir même les amateurs de stoner burné les plus blasés... Toujours aussi bon après 17 ans de carrière, et ça, si c'est pas la classe...

Clutch / Chronique LP > Pitchfork and lost needles

pitchfork_and_lost_needles_artwork Seconde sortie de l'année 2005 pour Clutch, celle-ci sur Megaforce, Pitchfork and lost needles arrive dans les bacs un mois après l'excellent Robot hives/Exodus et pose dès lors une question évidente : comment font-ils donc pour sortir des disques à ce rythme ? On vous rassure, Pitchfork and lost needles n'est "qu'une" compilation, ou plus exactement LA compilation, en clair Clutch de A à Z et sous toutes les coutures, ou presque. Parce qu'à la différence de Slow hole to China, cet album ne compile pas les raretés, reprises et autres démos du groupe, mais regroupe intelligemment des titres extraits des différents efforts discographiques du groupe. Où voilà comment ne pas exploser son compte en banque en s'offrant tous les disques, EP et autres 7'' de Clutch Et ça, ça n'a pas de prix... (sic).
On débute les hostilités avec des titres assez récents puisque tirés de Careful with that EP, sorti en 2001. Du bon gros stoner qui claque et qui ravira le fan de riff rageurs, de groove typiquement desert rock et de rythmiques caniculaires ("Arcadia", "Wicker", "Juggernaut"). Le ton se durcit ensuite peu à peu avec des titres variablement heavy, mais toujours très revendicatifs, issus des premiers témoignages discographiques de Clutch (Pitchfork 7', Transnational speedway). Pour faire court, on pense à du Rage Against The Machine, mais version stoner rock (la démo "Passive restraints").
Le groupe enchaîne les titres en plongeant les deux mains dans sa discographie pour le moins riche et furieuse. On a, au choix, droit à un "Release the cracken" extrait de Jam room (1999, River Road Records), une rareté déjà présente sur la compilation Slow hole to China ("Guild of mute assassins"), ou des chutes studio inédites enregistrées lors des sessions de Robot hives/Exodus (2005). Raretés, flashbacks sur les débuts du groupe, évolution du style et morceaux de stoner brut de décoffrage, ce Pitchfork and lost needles dresse un panorama assez complet de la production discographique de Clutch, un combo qui réalise le tour de force d'allier quantité et qualité, le tout avec une régularité assez effrayante. A conseiller aussi bien à ceux qui veulent découvrir le groupe, qu'aux collectionneurs invétérés.

Clutch / Chronique LP > Robot hives/Exodus

robot_hive_exodus_artwork A chaque année son nouvel album. Pour Clutch, la tradition est immuable et c'est donc au début de l'été 2005 que sort ce Robot hives/Exodus très attendu des inconditionnels du groupe. Blast tyrant avait surpris tant par l'inspiration de ses compos que par la qualité de sa prod, ce nouvel opus est là pour faire mieux. Le stoner, c'est bien sympathique, mais avec un gros son qui explose les enceintes, rien à dire, c'est évidemment cent fois meilleur.
Artwork soigné, en même temps, difficile de faire pire que celui, immonde, de Blast tyrant, ce nouvel opus débute par le très groovy "The incomparable Mr. Flannery". Un titre sur lequel Neil Fallon et sa troupe baladent leur coolitude et leurs riffs ensablés pendant 3'43 d'un rock désertique fort sympathique. Moins réussi, "Burning beard" et son riff de gratte qui tourne en boucle peut lasser, mais reste au demeurant fort sympathique. Surtout que vient alors le gros hit de cet album, un "Gullah" au groove stoner absolument dantesque, Clutch et son chanteur en fond des tonnes et ça marche. Rock your body !
Le groupe passe la seconde et rend quelques titres absolument jouissifs parmi lesquels un très ironique "Mice and gods" légèrement psyché (même si l'on est pas encore sur le territoire des Meadow naturellement), un "Pulasky skyway" qui nous reste de longues heures dans la tête. C'est simple, rock et efficace. Surtout que Clutch nous ressort ensuite ses influences jazzy avec "Never be moved" ou "Small upsetters". Autant dire que là, ça se passerait presque de commentaires tant le groupe semble maîtriser son sujet à la perfection. A réserver à tous ceux qui n'aimeraient pas forcément le gros stoner qui dérouille (Kyuss, Hermano.), quant aux autres, les inconditionnels du genre, ils se régaleront de voir le groupe nous balancer dans les écoutilles, un rock jazzy plus inspiré que jamais.
On le savait déjà, Clutch aime le jazz et le blues (ils ont d'ailleurs déjà repris du John Coltrane à l'occasion de Slow hole to China) mais là, les vétérans du stoner, visiblement plus en forme que jamais, se régalent et semblent impossibles à arrêter. "Circus maximus", "Tripping the alarm", "Land of pleasant living"... autant de titres de stoner, bluesy à souhait et encore une fois fortement inspirés par des sonorités jazz hérités des maîtres du genre. Près de quinze ans après leurs débuts, les Clutch se montrent tour à tour inspirés, fascinants et adictifs. Définitivement cultes.

Clutch / Chronique LP > Blast tyrant

clutch_blast_tyrant_artwork Attendue après un Pure rock fury qui avait fait grand bruit dans le petit monde du stoner, une compil de raretés et un album de live recordings qui avait ravi jusqu'aux amateurs les plus exigeants du genre, la cuvée 2004 de Clutch (sortie chez DRT Records), s'annonçait à la hauteur de ce que l'on attendait du groupe. Pas l'artwork, d'un goût franchement douteux. Mais l'important n'est pas vraiment là.
Clutch met la machine en route avec "Mercury" puis "Profits of doom", deux morceaux groovy à souhait, brûlant et plus catchy que jamais, où, le charisme de son chanteur fait véritablement des merveilles. Le groupe nous sert des louches d'un stoner taillé dans le roc(k), lourd, rageur, heavy. avant d'embrayer sur un "The mob goes wild" aux riffs incandescents, plus speedés et, en plus, lesté de quelques solos de grattes hallucinants. On va être clair, Clutch n'est pas là pour se la jouer ou donner dans la demi-mesure, Neil Fallon et ses hommes sont là pour en découdre et s'éclater en nous offrent, par la même occasion, un rock racé, sans concession mais terriblement cool. Ces gars maîtrisent, se trouvent les yeux fermés et ça se voit à chaque riffs, à chaque break ou rupture de rythme. En même temps, rappelons quand même, que le groupe a gardé le même line-up depuis ses débuts, et ça c'est suffisamment rare, de nos jours, pour être noté.
Véritable choc tectonique, survolté et explosif, le stoner de Clutch est du genre à ne pas pouvoir laisser indifférent. "Cypress grove", "Promoter", "Regulator", le groupe balance les coups et nous met dans les cordes sans pouvoir nous laisser respirer. A la limite du KO, on se relève se disant que non, Clutch ne peut pas continuer à ce rythme. Erreur. Achevant l'auditeur à coup de solos à la Tom Morello, le génial guitariste de RATM et Audioslave, sur des titres tels quels "Worm drink" ou "Army of bono" ; le groupe aligne les tubes comme d'autres enfileraient les perles. Et ça fait mal. très mal.
On ne cherchera pas à comprendre les textes assez atypiques du groupe, ceux-ci étant souvent sujet à plusieurs interprétations, Clutch n'est pas là pour ça, mais plutôt pour mettre le feu à la platine CD. Autant dire que, bien que répétitif (et on reprendrait bien une part pourtant.) le stoner rock des natifs du Maryland ne peut qu'être une vraie tuerie en live (pour vous en assurez, jettez une oreille sur "Spleen marchant"). D'autant plus qu'en ajoutant un clavier, le groupe a permit à sa musique de respirer un peu plus et de la rendre encore plus groovy (l'instrumental English pounds).
Avec Dare I say d'Hermano et Songs for the deaf des Queens Of The Stone Age, ce Blast tyrant, septième album officiel des Clutch, est assurément l'une des bombes stoner pur et dur de ces dernières années. Plus qu'un album, un gros courant d'air sur le petit monde aseptisé du rock. Match terminé par arrêt de l'arbitre. Il y a des survivants ?

Clutch / Chronique LP > Slow hole to China

clutch_slow_hole_to_china_artwork Bien loin des groupes qui mettent plusieurs années pour composer le moindre EP, Clutch est du genre ultra-prolifique, ce Slow hole to China en apporte la preuve en proposant une bonne douzaine de titres inédits ou très rares enregistrés depuis les débuts du groupe. Il y a dans ce cas, toujours, deux camps, les irréductibles collectionneurs qui veulent tout posséder et les autres, plus circonspects quant à l'utilité d'une compilation de raretés. On les comprend, si ces morceaux sont si bons, pourquoi ne figurent-ils pas sur le tracklisting des différents efforts du groupe ? Sauf que. Clutch ne fait pas les choses comme les autres.
On connaît les désormais légendaires déboires du groupe avec les maisons de disques, alors cette fois, Neil Fallon et sa troupe se sont décidés à sortir ce Slow hole to China sur leur label River Road, comme ils l'avaient fait d'ailleurs pour le Live at the Googolplex l'année précédente ou l'album Jam room en 1999. Et l'utilité d'une telle compilation de se vérifier avec l'éponyme et old-school Slow hole to China, avant de se lâcher sur un "Nickel dim" aux riffs électrisants et la performance live de l'un de ses titres, en l'occurrence "Sea of destruction". La suite sera du même calibre.
Une séance de jams psychédéliques à l'occasion d'"Oregon", puis on revient à des bases plus stoner-rock avec un "Easy breeze" étourdissant, ou un "Rising son" aux résonances très seventies. Ces raretés sont d'une qualité étonnantes et auraient sans doute eu largement leur place sur n'importe lequel des albums, EP ou singles du groupe. Slow hole to China n'est pas le produit d'une réflexion exclusivement mercantile, cette compilation recèle quelques perles stoner de très haute volée, parmi lesquelles une version live de "Guild of mute assassins", ou le surprenant "Equinox", titre sur lequel, Clutch livre une brillante relecture du travail du jazzman John Coltrane.
13 morceaux rares ou live signés d'un groupe hors-norme et foncièrement rock'n roll. Pas nécessaire, tout simplement indispensable.

Clutch / Chronique LP > Pure rock fury

clutch_pure_rock_fury_artwork Avec un titre pareil, deux hypothèses s'offrent à nous, soit Clutch envoie la sauce d'un rock tétanisant et jouissif, soit le groupe se ridiculise en voulant se la jouer. Coup de bol, les américains assurent brillamment le show et, même en étant signés chez Atlantic Records pour cet album, injectent une sacrée dose de pure folie rock'n roll à ses compos. D'entrée, le groupe annonce la couleur, ici, on cause stoner metal massif et rock brut de décoffrage (l'intro métallique d'"American sleep", "Careful with that mic"). Sulfureux, heavy, puissant, Clutch balance à la face du monde un son d'une lourdeur considérable, un groove hallucinatoire et un flow irrésistible. Le tout avec une maîtrise du riff et de la rythmique assez remarquable (l'éponyme "Pure rock fury" et son solo de gratte démentiel, ou un "Red horse rainbow" aux lignes de basse de haute volée).
Pris en flagrant délit d'excès de vitesse sur une highway californienne, le groupe passe en mode supersonique et explose le radar avec des titres aussi speedés que "Open up the borders". Autant dire que ça pulse dans les éprouvettes. Et même si le groupe passe un peu à côté de quelques titres un peu répétitifs ("The great outdoors !"), il évite habilement la sortie de route et remet d'un coup de riff puissant, Pure rock fury sur de bons rails ("Frankenstein", "Sinkemlow"). Décidé à dynamiter ce qu'il reste de cet album, le combo rajoute quelques caisses de C4 pour finir le travail proprement et nous aligner quelques titres sulfureux et surtout interprétés en live (dont un "Brazenhead" qui donne un petit aperçu de ce que peut donner Clutch en concert, c'est-à-dire une vraie tuerie).
Depuis le début des années 2000, Clutch n'est définitivement plus un groupe comme les autres mais plutôt une véritable centrifugeuse. A raison d'une sortie par an (minimum), le groupe cultive son culte à coup d'album chargés de titres en bétons, histoire de montrer une fois pour toutes que les majors et même certains labels indépendants, doivent être gérés par des gens qui ne connaissent désespérément rien à la musique. Ok, on s'en doutait déjà un peu, mais là, ça en devient pleinement flagrant. Ejectés des maisons de disques ne supportant plus leur volonté d'indépendance forcenée et leur absence de logique marketing, les membres de Clutch sont l'exemple type du groupe très largement sous-estimé par les grands argentiers du monde de la musique.
A l'heure où la majorité des groupes de rock rêvent d'être signés chez une major, Clutch prend le chemin inverse et ne s'en porte que mieux. D'autant que les fans, qui les suivent depuis une petite douzaine d'années, ne s'y trompent pas et ont bien compris que le groupe puisait également une partie de inspiration là-dedans. A l'image de l'énorme dixième titre de Pure rock fury, Clutch is "immortal".

Clutch / Chronique LP > Jam room

clutch_jam_room_artwork 1999, Clutch a déjà sorti plusieurs albums, EP et autres maxi-CD, affirmant par là un style forgé dans le stoner rock qui défouraille et une personnalité assez détonante au sein d'un système, où un groupe signé sur une major ne peut fait que ce que la "direction artistique" de ladite major lui demande. Pas vraiment la tasse de thé de Clutch, alors le groupe ce lance dans le projet de Jam room, un album de stoner au concept simplissime : laisser la plus grande part possible à l'improvisation. Connaissant les talents des membres de Clutch, on risquait d'assister à un gros boeuf, genre jam session groovy et bien rock'n roll, le truc qui allait en mettre plein les mirettes et nous filer la patate pour la journée. Et c'est à peu de chose près ce à quoi ressemble cet album. Une suite de titres plus moins ou moins jazzy, psychédéliques, voire limite funky et country (!?), parmi lesquels, des morceaux tels que "Big fat pig", "Raised by horses" et "The drifter" sortent assez aisément du lot.
Si la majorité des titres sont à réserver aux véritables inconditionnels du genre, Clutch se laissant fréquemment aller aux impros les plus diverses et variées, Jam room a au moins le mérite de voir le groupe se mettre en danger et à prendre encore une fois des risques presque inconsidérés en refusant catégoriquement toute forme de formatage calculé. Véritable espace d'expression libre, laboratoire d'expérimentations stoner les plus diverses et variées, ce disque doit, avant tout, être vu comme un exercice de style et de virtuosité formelle avant d'être vu comme un véritable Long Play. Clutch laisse d'ailleurs ici, une large place aux titres instrumentaux, lesquels se font plus rares sur les autres opus du groupe. Un peu à l'image du travail de Kyuss sur Blues for the red sun, les natifs du Maryland livre plages musicales très personnelles ("One-eyed dollar", "Super dupper"), voir absconses ("Bertha's big backyard") et laissent avant tout s'exprimer leur groove si particulier ("Swam boat upside down"). On notera néanmoins que le groupe nous gratifie d'une version alternative du remarquable Sinkemlow, titre que l'on retrouvera sur l'album suivant du groupe, Pure rock fury.
Au final, on considérera que Jam room est sans aucun doute le disque le moins accessible du groupe et qu'il n'est pas vraiment le meilleur moyen de découvrir ce qu'est véritablement le son de Clutch lorsque l'on est néophyte. Il est dans ces cas là préférable de commencer par Blast tyrant ou Pure rock fury, Jam room étant sans doute plus à réserver aux inconditionnels purs et durs du groupe.

Clutch / Chronique LP > Clutch

clutch_artwork Précédés d'une réputation solide de véritables bûcherons donnant dans le stoner metal qui balance, la faute notamment aux deux EP Impetus et Pitchfork, ainsi qu'à un premier album (Transnational speedway) qui en aura laissé plus d'un sur le carreau, les Clutch font chauffer le moteur du hummer avec deux titres mélangeant stoner (très) lourd, flow particulièrement rugueux, influences jazzy, hardcores et un soupçon de sonorités à la Isaac Hayes (celui-là même qui a signé le thème du film Shaft), deux titres se ressemblant étrangement et du coup baptisés "Big news I" et "II". Simple et efficace.
Apôtre d'un stoner rock incandescent et vindicatif, Clutch pose ici les bases de ce qui sera ce style si particulier qui a fait et qui fera sa renommée aux quatre coins du globe. Urgent, très "rentre-dedans", le desert rock furieux des américains ne s'embarrasse pas des convenances et va droit à l'essentiel. Au premier regard, enfin à la première écoute, les membres du groupe s'érigent en guerriers du stoner avec "Rock'n roll outlaw" ou "Texan book of the dead". D'une lourdeur assez impressionnante même pour du stoner, le son de Clutch claque sur les enceintes et n'en finit pas de surprendre.
Heavy et trempé dans l'acide, cet album respire le désert, ses cactus, ses canyons et sa chaleur étouffante, les titres s'empilent sur le lecteur CD, nous assèchent la glotte et carbonisent les enceintes. Clutch nous offre du stoner/ metal comme on en a rarement vu avant, oubliez les Kyuss, Queens Of The Stone Age et autres Fu Manchu, ces américains donnent dans un rock dur, racé, âcre aux nuances hardcores largement perceptibles ("Spacegrass"). Rien à dire, certains morceaux balancent le groove déjà puissant et sans concession ("Animal farm" ou "7 Jam") qui atteindra son summun à l'occasion de Pure rock fury. Le chant de Neil Fallon peut rebuter tant il paraît rocailleux et justement "non chanté" ("The house that peterbuilt"), mais une fois que l'on se fait à l'habitude, on se rend compte qu'il cadre parfaitement avec le son des ses compagnons de jeu.
Direct, viril et rageur, l'uppercut Clutch laisse des traces et reste gravé dans nos mémoires. Pas le meilleur album du groupe, mais un disque écrit dans une veine typiquement stoner, c'est-à-dire très brut, implacable et avec les tripes, en clair un disque qui révèle ce qu'est la vraie nature de ce groupe hors normes. A ne pas mettre entre n'importe quel mains. Vous aurez été prévenus.