rock Rock > Chelsea Wolfe

Biographie > La louve de Stamford Bridge

Chelsea Wolfe_1 Originaire de Sacramento, Chelsea Joy Wolfe a eu la chance très jeune de pouvoir avoir un papa musicien dans un groupe de country et ayant son propre studio d'enregistrement à la maison. Elle enregistre dès l'âge de 9 ans ses premières chansons mais ce n'est que bien plus tard, vers la vingtaine, qu'elle s'investit totalement dans la musique. Après plusieurs tentatives de compositions et d'enregistrements infructueuses (notamment Mistake in painting en 2006), elle prend du recul et décide d'arrêter ses activités.

En 2009, elle part en Europe avec un groupe d'artistes performant dans des endroits insolites comme des vieilles usines, des cathédrales ou des apparts. C'est lors de son retour aux States que Chelsea Wolfe reprend vivement la composition et la voie du studio en 2010, d'abord par une série de CDR vendus en live puis par un premier album noise lo-fi intitulé The grime and the glow sorti chez le label new-yorkais Pendu Sound (Starred, Tempers, Von Haze). Moins d'un an plus tard, elle déménage à Los Angeles pour se rapprocher des ses musiciens et collaborateurs puis enchaine avec un deuxième album, Apokaypsis. Ce dernier, un soigneux mélange de drone, de métal, de pop et de folk, va la révéler au public. Elle part tourner aux Etats-Unis puis en Europe et s'arrête notamment au Roadburn en 2012. Ce live fera l'objet d'un album-live dévoilé l'année suivante. Anecdote : Ayant de sérieux problèmes de trac sur scène au début, elle fut un temps obligé de porter un voile noire sur le visage.

Son troisième album, Unknown rooms : a collection of acoustic songs, sorti en octobre 2012, met en lumière le côté folk-drone de la demoiselle. Ce disque marque la nouvelle collaboration de la chanteuse avec le label Sargent House (And So I Watch You From Afar, Deafheaven, Wovenhand). Chelsea Wolfe présente à la rentrée 2013 son quatrième disque, Pain is beauty, et renforce à l'occasion son champ sonore et rend son style plus éclectique. Elle tourne, entre autres, avec Queens Of The Stone Age et les post-métalleux de Russian Circles avec qui elle participe à l'enregistrement d'un de leurs titres sur leur album Memorial.

Chelsea Wolfe sort son cinquième et nouvel album, Abyss, en août 2015. Il est produit par John Congleton (du groupe The Paper Chase).

Chelsea Wolfe / Chronique LP > Abyss

Chelsea Wolfe - Abyss Alors, celui là... comment dire ? Je l'attendais pas forcément, il m'est tombé dessus entre deux découvertes d'albums sympas mais sans plus, et puis BAM ! Claque de cow-boy dans la tronche, high-kick circulaire façon MMA catégorie Super Heavyweight, coup de boule en loucedé au gré des pistes. Bref, ce nouvel album de Chelsea Wolfe risque de se retrouver dans le top des sorties musicales de l'année tant il semble difficile pour un artiste aujourd'hui de concevoir un disque aussi abasourdissant et touchant au plus haut point, et ce de A à Z, sans fauter ne serait-ce qu'une seule seconde. Voilà pour l'extatique enthousiasme expansif, venons-en au fait maintenant.

Je tiens à préciser pour celles et ceux qui ne connaissent pas cette Californienne, que sa musique est loin de respirer la joie de vivre. En même temps, avec un titre d'album et un artwork aussi explicite, difficile de se planter sur les intentions de la demoiselle. C'est plutôt d'un appel à l'aide et plus particulièrement de troubles du sommeil que la prêtresse du folk-drone témoigne sur Abyss. Une façon pour elle de ne pas s'oublier dans toute cette noirceur en amalgamant avec entrain les styles (doom, electro, post-rock, folk, rock goth, expé) et en contrastant les champs d'expressions comme sur l'introductive "Carrion flowers" où les sons électro saturés se mêlent à la voix sublime et satinée de Miss Louve. Deux ans après un Pain is beauty également très réussi, Chelsea Wolfe accompagnée de sa troupe de mecs (dont Mike Sullivan de Russian Circles), continue de sublimer la noirceur en musique, qu'elle soit oppressante ("Iron moon", "Dragged out"), anxiogène ("After the fall", "The abyss"), salvatrice ("Maw", "Crazy love") voire flippante avec un "Color of blood" dans lequel la chanteuse semble s'être prise une mandale tant sa diction est altérée par moments.

Ces onze titres d'un peu moins d'une heure au total démontre un état proche de la neurasthénie, sa froideur et sa lourdeur assumée magnétise avec facilité et agilité l'auditeur. En effet, et cela peut paraître paradoxal, Abyss s'écoute et se digère sans trop de difficulté, Chelsea Wolfe jouant ainsi la carte du contraste équilibré entre la sensation de claustrophobie et l'espace abyssal. Notons la préciosité des arrangements et le traitement parfait sur la voix de Chelsea qui ne tombe pas commodément sous l'opulence d'effets. L'album se clôt avec "The abyss" rappelant le Third de Portishead mais aussi que l'Américaine est souvent hantée par le fantôme de Beth Gibbons. Noir c'est noir, il y a toujours de l'espoir.