rock Rock > Chapelier Fou

Biographie > Louis in Wonderland

Louis Warynski a toujours vécu dans la musique, il entre au Conservatoire de Metz à 6 ans avec un violon sur les bras, plus tard, il se mettra également au clavecin. Ado, il envoie bouler (quelque temps) le conservatoire pour jouer avec des amis, se met à l'informatique et s'amuse à sampler les phrases du Chapelier Fou, un des persos d'Alice au pays des merveilles pour remplacer sa voix. Il va utiliser ce nom pour son premier album éponyme qu'il autoproduit en 2007. Depuis, il a été invité à de nombreux festivals (Printemps de Bourges, Poulpaphone où je le découvre en live, Eurockéennes...), a sorti quelques EPs et a trouvé le temps d'enregistrer un nouvel album, 613, qui sort le 15 mars 2010.
Deux ans et trois EPs plus tard (Darling, darling, darling, Scandale et Al Abama), Chapelier Fou redevient visible avec Invisible.

Interview : Chapelier Fou, Chapelier pas si Fou (sept. 2014)

Chapelier Fou / Chronique LP > Deltas

Chapelier Fou - Deltas Art et mathématiques sont deux domaines qui s'adorent et si les matheux ne sont pas forcément de grands artistes, nombreux sont les artistes à avoir jouer avec les mathématiques. Si la peinture s'est allègrement amusée avec les nombres (d'or ou pas), en musique, il est moins évident de faire la corrélation, même en écoutant du math-rock... Le Chapelier Fou joue fatalement avec les chiffres depuis toujours mais cette fois-ci, il a noirci le trait en invitant des références à se mêler dans ses titres.

Dès l'artwork, c'est évident, la géométrie est belle et bien là, même si elle reste assez floue et surtout colorée, Chapelier Fou est tout sauf binaire et si ses compositions sont ciselées, elles sont également libres et n'apprécient guère les cadres classiques et la rigueur... mathématique. Le titre de l'album est une autre pièce à verser au dossier : Deltas, point de géographie fluviale ici mais davantage le symbole du changement, au pluriel, ils seraient donc plusieurs même s'ils ne sont pas si évidents que ça, tant ce nouvel opus s'inscrit dans la lignée des précédents, avec peut-être un peu moins de violon ? Ensuite, c'est dans les noms de piste que Louis place des références évidentes qui viennent en percuter d'autres : "La guerre des nombres" (ou comment remixer H. G. Wells), "Triads for two", "Pentogan 3.14" (ou comment un changement de lettre vous déforme un mot, à noter que Pi n'est présent que là alors que si "Grand Arctica" et son rythme marqué avait duré 5 secondes de moins...) ou moins évidentes... Comme ce "Pluisme" que je vois comme la contraction poétique de "prisme" et "pluie" ou ce "i_o" qui peut être interprété comme le passeur de 0 et de 1 d'un appareil à l'autre. Comme toujours, Chapelier Fou apporte plein de choses, son imagination n'est pas forcément la même que la nôtre, sans texte, cette interprétation reste personnelle et chacun pourra se construire la sienne. Musicalement, c'est pareil, on peut chercher à découvrir des symboles, des messages mais je préfère me laisser porter par les mélodies, les samples, les rasades de violon, c'est tellement plus simple et plus agréable... A cette enseigne, dénotent le tip top "Tea tea tea" dansant, la douceur de "Carlotta Valdes" qui procurera quelques Sueurs froides aux plus timorés mais aussi "Tickling time" où Gérald Kurdian vient (de nouveau) poser sa voix. Depuis Invisible, les deux artistes ne se quittent plus : après avoir apporté son instrument sur un titre ("Celebration") de l'album de son comparse (La solidité des choses (The strength of things)), le Messin et le Parisien travaillent encore ensemble pour ce morceau très doux où les parasites s'éclatent avec des notes très pures.

Jamais facile à appréhender, la musique de Chapelier Fou est à vivre comme une expérience, alors certes, chez soi, ça demande de l'attention et soit de l'abandon soit de la concentration mais en live, c'est un immense plaisir et quand on l'a connu une fois, il est bien plus aisé de s'y replonger. Si tu n'es pas convaincu par ces titres, va à la rencontre du Chapelier Fou, tu y reviendras forcément. C'est aussi sûr que deux et deux font quatre.

Chapelier Fou / Chronique LP > Invisible

Chapelier Fou - Invisible Le chapelier a ajouté un petit grain de folie à son album, à savoir qu'il a décliné l'artwork d'Invisible en 9 pochettes qui peuvent être liées à chacun des 9 titres du CD, à chacun de placer celle qu'il préfère sous le cristal (et à l'auteur de l'article de se débrouiller pour en mettre une à côté de son article !), roches ou morceaux de paysages dans une forme bizarre sur fond noir, c'est assez particulier mais l'idée est sympathique...

Invisible débute par une fanfare de sons un peu désordonnés qui retrouvent le sens de la marche peu avant que le maître violon fasse son apparition, très électro et très pop, c'est un titre plein d'entrain qui correspond bien aux dynamiques proposées en live par Louis Warynski. Tempo plus lent, ambiance plus cinématographique pour les neuf minutes de "Cyclope & Othello" durant lesquelles on peut aussi entendre un violon un peu pleurnicheur qu'une troupe de bidouillages saturés dansant en boucle. Chapelier Fou s'affranchit parfois des canons de la musique pop pour faire voler en éclat les lois qui régissent l'architecture d'une composition "classique" mais sait aussi rester sage quand un ami vient lui apporter de l'aide, que ce soient "Vessel arches" avec l'artiste aux multiples facettes Gérald Kurdian connu musicalement avec son projet This is the Hello Monster) ou "Moth, flame" avec Matt Elliott le chanteur/guitariste folk aussi connu pour son travail sous le nom The Third Eye Foundation, dans les deux cas, le chant semble apaiser l'hôte qui calme ses ardeurs de trifouillages et d'expérimentations pour se contenter de dessiner une ligne musicale directrice accompagnant au mieux la voix de ses invités. Seul, on dirait qu'il essaye de combler le vide laissé par l'absence de voix aussi bien par quelques envolées de son instrument fétiche (exploité au maximum de ses sonorités), que des petits choeurs ("L'eau qui dort") ou des samples venus d'on ne sait où mais qui apportent beaucoup de bonne humeur et contrastent donc avec la tonalité du violon.

De moins en moins Invisible dans le paysage musical français, Chapelier Fou continue de charmer son monde en apportant de la fraîcheur et des bonnes idées.

Chapelier Fou / Chronique EP > Scandale

Chapelier Fou - Scandale Après la parution de la chronique de Al Abama, on a rapidement eu une réponse quant à la question indirectement posée en introduction dudit article... C'est un peu le hasard qui a fait que la promo n'avait pas pu nous faire parvenir les deux premiers EPs Darling, darling, darling et Scandale, Chapelier Fou voyant plus le format EP comme un jouet que comme un moyen de se faire connaître d'un public encore plus large, peu de moyens ont été consacrés à ces sorties... Mais comme elles étaient de qualité, les amateurs du bidouilleur ont répondu présent et peu à peu l'idée de promouvoir dans les médias indépendants ces pépites a germé, le temps de mettre en place le tout et on était déjà à la fin du triptyque... Avec des excuses (inutiles), l'agréable chargé de promotion a déniché au fond de ses cartons un digipak du Scandale qui est donc arrivé jusqu'à mes oreilles !
Et c'est une perle ! Déjà, on a le droit à un superbe écrin (avec une nouvelle déclinaison de l'artwork, peut-être la plus belle des trois) et à 7 titres même si trois d'entre eux servent à faire des liaisons (entre le vide et l'EP pour le cristalin "Prélude" et le gazouillant "Postlude", entre différentes plages pour le vocalement trafiqué "Mystérieux message" -différent du titre du même nom présent sur Al Abama-). L'arme de prédilection du Chapelier Fou, le violon, se joue avec ou sans archet et se mélange avec délice et douceur à d'autres instruments ("Capitaine Fracasse"), s'efface derrière les bidouillages de tout genre ("Animaux flexibles") ou fait la course avec des notes bondissantes et un appareil photo ("Doodling hands")... Louis Warynski ne se refuse rien, ose tout, transforme le quotidien avec magie et créée sans cesse. Si le magicien des sons et du violon est souvent très bon, il touche parfois au génie et c'est le cas ici avec "Scandale !", chef d'oeuvre qui donne son surnom à la pépite. Rythme à faire soulever les foules (avec des redites à la Ravel pour son "Bolero" option ambiance asile de fou à la Ez3kiel sur "Break or die"), téléscopages de sons et de voix ne durent que 200 secondes mais doivent pouvoir s'étirer sur bien plus en live sans que personne ne se lasse. J'en suis fou.

Chapelier Fou / Chronique EP > Al Abama

Chapelier Fou - Al Abama Après des concerts remarqués et un joli album chroniqué dans nos pages (cf : 613), Chapelier Fou a décidé de casser le rythme classique de la production musicale en sortant une trilogie d'EPs. Hasard et incompréhension de la promotion (décidément ça arrive de plus en plus souvent), on n'a reçu que la troisième et dernière partie du triptyque composé de Darling, darling, darling, Scandale et donc de ce Al Abama. Comme pour les deux précédents, c'est son vieil ami Grégory Wagenheim qui réalise l'artwork, un peu plus coloré que le premier, un peu moins que le second...
Les cinq titres sont dans l'ensemble assez doux, le plus marquant étant l'éponyme : "Al Abama" assez entraînant, entre boîte à musique et carrousselle, on se laisse emporter par les différents instruments qui jouent avec une mélodie simple et qui rappelle l'enfance. "Mystérieux message" est un assemblage de bruitages avec un sample de voix complètement déformé, option canal plus en crypté (pour les moins jeunes qui ont connu le décodeur !), ce n'est pas franchement excitant mais en transition entre deux titres, pourquoi pas... L'élément dominant de "La bonne orthographe" est le rythme, on s'y accroche pour mieux se faire entraîner par la musique assez étrange qui enveloppe le tout. Après trois titres assez courts, "Right place and time left" prend lui le temps de s'installer, les bidouillages se répètent, se crashent à l'arrière-plan pour mettre en relief un ensemble de notes très pures, espacées et là encore très douces, le piano produit comme des bulles qui éclatent régulièrement dans un air saturé de petits sons parasites. Jamais le morceau ne s'emballe, au contraire, il se meurt tranquillement avec quelques percussions et petites saccades de violon. La dernière piste (oui, ça passe vite un EP !) est un faux éclat de rire : "Hahahahaha ?". Les trois petites minutes sont plutôt mélancoliques, le mouvement un peu plus pesant bien qu'on retrouve d'avantage de notes dans les mesures...
Du fait du format choisi par Chapelier Fou, Al Abama est un peu particulier et se destine aux plus fans du projet, il permet surtout à l'artiste d'expérimenter sans retenue, sans contrainte et d'élargir son univers musical.

Chapelier Fou / Chronique LP > 613

Chapelier Fou - 613 Pochette colorée mais étrange (des confetti au coeur d'une grenade (le fruit) coupée en deux sur fond gris), titre énigmatique : 613 (comme le nombre de préceptes de la Torah mais aussi le nombre de grains que l'on trouve en moyenne dans une grenade) et une musique hors du commun, voilà comment se présente Chapelier Fou. L'image de la grenade, explosée, et des couleurs éparpillées correspond assez aux ambiances, pétillantes et variées que le messin nous propose même si les festivités restent mesurées et le CD passe mieux dans une atmosphère "lounge" que "fiesta", les tempos restant modérés et les sonorités plutôt douces. Chapelier Fou joue parfois sur la nervosité (''Grahamophone") mais son terrain de jeu favori reste la mise en boucle de riffs violonico-supersoniques (voire de guitare, de mandoline...) et la surimpression de la même couche sur un autre ton ou une autre octave avant d'emballer le tout vers un peu plus de folie, un travail d'orfèvre en studio et de génie en live où Chapelier Fou se livre complètement et assume son nom (il porte un chapeau et devient / nous rend fou). Sur CD, le génie est moins éclatant, le rythme est moins soutenu mais Louis ne laisse pas tomber son auditeur dans l'ennui ajoutant à ses gimmicks et phrases musicales majeures des percussions, des sifflements, des samples de voix pour apporter un peu plus de chaleur voire même un chanteur sur "Elle est l'eau qui fait le torrent" ou "Half of the time" (et là, c'est Matt Elliott aka Third Eye Foundation qui s'y colle).
Sur cet album, le travail est énorme mais difficile à percevoir pour le simple amateur de musique qui pourrait rester froid à l'écoute de 613 mais sera fatalement conquis en assistant à une prestation live de Chapelier Fou et reviendra ensuite vers son boulot studio...