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Biographie > Si ça ne caspian les oreilles...

Caspian Band Caspian voit le jour à l'automne 2003, lorsque cinq jeunes musiciens, Philip Jamieson, Calvin Joss, Chris Friedrich, Joe Vickers et Erin Burke-Moran, originaire de Beverly (à quelques encablures de Boston) décident de monter un groupe. Six mois plus tard, le quintet met en boîte une première démo, laquelle lui permet de tourner un peu dans sa région natale mais également d'ouvrir sur quelques dates de la tournée nord-américaine des japonais de Mono. Novembre 2005, Caspian sort son premier véritable effort discographique, You are the conductor, un EP qui voit le jour en CD via Dopamine Records (Akimbo entre autres) et en vynil chez The Mylene Sheath (le label des excellents Gifts from Enola, Giants et autres Junius...).

Au printemps de l'année suivante, le groupe s'embarque pour une tournée d'une trentaine de dates sur le territoire américain puis enchaîne avec une deuxième escapade live pendant laquelle il en profite pour mettre en boîte un Tour EP. En 2007, le quintet passe par l'étape du "long-play" et sort, toujours via Dopamine Records/The Mylene Sheath, l'album The tour trees. Celui-ci s'attire les faveurs de la presse spécialisée et sort également en Europe via le label Make My Day Records en 2008. Fin 2008, les Caspian mettent en boîte un split 7'' avec Constants (sorti chez Radar Recordings, le label d'Adai et de The Cancer Conspiracy...) avant de s'atteler à l'écriture puis l'enregistrement de leur deuxième album. Intitulé Tertia, celui-ci voit le jour à l'été 2009 via The Myle Sheath/Make My Day Records.

Caspian / Chronique LP > Waking season

Caspian - Waking season Il va falloir se le tenir pour dit, il y a trois sortes de groupe de post-rock : les groupes de post-rock que l'on appellera normaux (bons, moyens, mauvais etc,.), les groupes de post-rock qui ont vraiment la classe. puis au-dessus encore, Caspian. Une entité qui, quasi trois ans et demi après l'immense Tertia revient sous les feux de la rampe avec un Waking season forcément attendu. Un disque qui joue à faire languir l'auditeur encore et encore, de longues mais savoureuses minutes (l'éponyme "Waking season", "Porcellous") avant de le combler, au terme d'une progression longue de près de 11'30 (cumulées) trouvant son aboutissement sur "Gone in bloom and bough".

Entre Tertia et Waking season, la formation américaine a sorti un (Live at Old South Church) plutôt remarqué dans les hautes sphères spécialisées mais n'a clairement rien perdu de ses qualités de songwriting. Pas plus qu'en termes d'intensité émotionnelles portées par des mélodies qui ici, se retrouvent en lévitation tout autour de l'auditeur et si l'attente aura été longue avant d'aboutir à ce premier climax de l'album, nul doute que le résultat en méritait la peine. Dix minutes et vingt quatre secondes très précisément d'une odyssée post-rock aux enluminures pop scintillantes, ressemblant de près comme de loin à un croisement idéal entre un Mogwai au sommet de son art et un Sigur Ros fidèle à lui-même, soit stratosphérique. Caspian ne touche plus terre et enchaîne avec le très beau "Halls of the summer".

Un quatrième titre qui semble boucler la première partie de l'album, alors même que l'on se dit que Caspian n'évolue pas vraiment sur la même planète que ses contemporains. Et le pire, c'est que la suite ne va faire que confirmer cette impression doucereuse. "Akiko", "Hickory '54" ou encore "Long the desert mile". les morceaux se suivent, les esquisses mélodiques s'entremêlent le long de paysages sonores finement ciselés et Waking season se révèle être un nouveau bijou signé par les Américains. D'autant que si les âmes chagrines pouvaient encore cyniquement espérer un faux pas du groupe sur son final, ce sera peine perdue : "Collider in blue" se dévoile comme interlude sous un halo ambient qui se fond directement dans l'ultime morceau de l'album "Fire made flesh", apothéose sublime d'un disque qui confirme le statut de petite merveille de la scène post-rock qu'est celui de Caspian, un groupe qui sait s'affranchir des codes de son genre de prédilection pour le sublimer.

Caspian / Chronique LP > Tertia

Caspian - Tertia A bien des égards, on pourra convenir que Tertia est ce qui ressemble assez confusément à une pépite. Pour différentes raisons qui tiennent autant du recul évident que doit prendre le critique sur l'oeuvre qu'on lui soumet, comme de cette impression parfois récurrente de ressentir un début d'emballement qui va rapidement s'éteindre pour laisser place à un plaisir, certes moins immédiat, mais sans doute plus réfléchi et attenué, il arrive que l'on essaie d'écrire avec son esprit plutôt que chercher à retranscrire ses émotions. En même temps, pourquoi décrypter de manière aussi analytique, chercher à percer de manière systématique et quasi chirurgicale, ce qu'il y a sous la surface d'un morceau, calculer, réfléchir alors que l'on peut tout aussi bien coucher sur papier son ressenti, ce qui affleure en nous à l'écoute de ce disque...

En clair, Tertia est un diamant brut. Etait un diamant brut plutôt... que les Caspian se sont longuement appliqués à polir, à travailler encore et encore depuis leur local de répétition jusqu'à leur studio d'enregistrement, pour en faire ressortir le plus infime et raffiné des éclats. Musicalement, cela se traduit par une longue introduction ("Mie") au minimalisme qui va rapidement rompre avec ce que sera la suite. Celle-ci qui intervient justement avec "La cerva" et fait naître en nous une émotion rare et donc précieuse. Une fulgurante explosion d'adrénaline qui intervient en même temps que les guitares s'embrasent dans des crescendo irradiant d'intensité et bruissant de cette saturation qui transporte l'auditeur dans un autre monde. Celui d'un groupe qui, l'espace de quelques instants, semble touché par une grâce presque irréelle en même temps qu'il semble incroyablement déterminé à faire brûler nos enceintes afin d'exorciser ses démons intérieurs. On en reste littéralement soufflé...

Après une telle démonstration, le quintet nous laisse reprendre nos esprits en nous offrant un délicat espace de quiétude musicale, apaisante et satinée (le début de "Ghosts of the garden city") avant de laisser de nouveaux ses instruments attiser les flammes d'un post-rock immersif et stratosphérique (la fin de "Ghosts..."). Maniant les paradoxes avec une maestria et un naturel confondants, entre naïveté et maturité, puissance tellurique et douceur apaisante, le tout dans un seul et même morceau, le groupe se plaît à brouiller les pistes. Entre rock indé velouté et post-rock abrasif, il ne choisit pas vraiment et préfère laisser sa musique parler à sa place. Celle-ci le fait au demeurant merveilleusement bien : "Malacoda", "Epochs in Dmaj", "Of foam and wave", quelque part entre Explosions in the Sky, Pelican et Sigur Ros, les morceaux se suivent, s'assemblent, se ressemblent parfois mais c'est aussi ce qui fait l'intérêt de Tertia... et se complètent, d'autant que les dix titres qui le composent s'enchevêtrent pour former un tout indivisible ("The Raven", "Vienna", "Sycamore"...), une oeuvre flirtant avec la perfection à appréhender dans son entièreté afin d'en saisir tout l'éventail de ses subtilités. Et qui plus est livrée dans un digipak absolument magnifique. Incroyablement classe...