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Biographie > Petit canaillou

La Canaille (du chant révolutionnaire repris par les ouvriers, en 1871, durant la Commune de Paris), c'est 4 gars - actuellement, Marc Nammour (textes, voix et programmations), Mathieu Lalande (guitares et claviers), Walter Pagliani (basse, contrebasse et claviers) et Nicolas Rinaldi (scratchs et programmations) - qui décident de former un projet hybride rock/hip-hop en 2003. Véritable entité militante aux textes trempés dans l'acide, La Canaille se forme dans l'autoprod' et sur scène. Le label Discograph sort le premier EP éponyme du groupe en 2008 suivi un an plus tard du premier album, Une goutte de miel dans un litre de plomb. Ce dernier sort La Canaille de l'ombre qui se fait connaître à travers des dates en première partie de poitures tels que La Rumeur. Les membres originaires de Montreuil reviennent en février 2011 avec un deuxième opus, Par temps de rage.

Review Concert : La Canaille, La Canaille fraternise en live (mai 2012)

La Canaille / Chronique LP > La nausée

La Canaille - La nausée On entend souvent dire que le troisième album est un cap à passer, que c'est quitte ou double. Au mieux, on ose affirmer que c'est celui de la maturité, au pire que c'est le début de la fin ou carrément celui de trop. Dans le cas de La Canaille, qui a sorti il y a quelques mois La nausée, on est à l'antipode de la fin, le groupe ayant compris ce que le mot "évolution" signifiait réellement. "Maturité" n'est pourtant pas le terme approprié pour parler de ce nouveau disque car la formation de Montreuil en faisait déjà preuve et ce depuis ses débuts. Et si son rôle à toujours été, à l'instar de tant d'autres (citons Lofofora, La Phaze ou Cabadzi) de réveiller les consciences à travers des textes lucides et éclairés, sa manière de les mettre en musique évolue sensiblement.

Composé en majeure partie par Mathieu Lalande et Jérôme Boivin autour de son chef de file Marc Nammour, ce nouvel album ne sonne pas complètement hip-hop - malgré la présence de quelques beats bien placés et des scratchs de DJ Pone (Birdy Nam Nam, Svinkels, Sarh) et de DJ Fab - et encore moins rock, même si les prestations de la formation n'en sont pas loin sur scène grâce, entre autres, à la guitare agonisante de Serge Teyssot-Gay sur "Omar". Pas mal délaissé justement de ces cordes qui faisaient le bonheur de Par temps de rage, La nausée fait davantage place aux programmations électroniques dépouillées, substrat du slam-rap réaliste de son frontman. Chacun de ses titres apporte sa pierre à l'édifice grâce à sa couleur, son ton, son message, son humeur, son histoire, et bien sûr son invité vocal ou musical qui contribue à l'ouverture artistique de ce disque. Ainsi, Lazare vocifère dans son rôle d'"Omar", le voisin SDF du narrateur ; Sir Jean (Meï Teï Shô, Le Peuple de l'Herbe) déverse son flow fédérateur si particulier sur "Briller dans le noir", morceau hip-hop-ragga percutant qui termine en beauté l'œuvre ; Lorenzo Bianchi signe la prod limpide et angoissante de "Décalé", l'un des meilleurs titres du CD. On est même surpris par un solo de trompette sorti de nulle part sur "Monsieur madame".

La Canaille et sa marque de fabrique indélébile, née de la plume du rappeur, conteur et poète urbain Marc Nammour, est vraiment à part dans le paysage musical français. Toujours en auto-production par le truchement de son association, le porte-voix du milieu ouvrier et de la précarité s'assure une crédibilité artistique à travers son vécu, son soutien du milieu musical, son attitude vis à vis de ses diverses actions (ateliers d'écriture, réalisation d'un opérap) et bien évidemment la qualité de son travail abattu sur La nausée. Sa découverte en mars dernier via le single "Jamais nationale" - une réponse à la montée du front aux élections européennes qui rappelait sur certains points le "Quand j'entends le mot France" d'Duval MC (Merci Rémi pour la découverte !) - laissait présager du bon. Il a pourtant fallu moult écoutes pour analyser le tout et admettre in fine que La Canaille tient là son opus le plus abouti jusqu'à présent.

La Canaille / Chronique LP > Par temps de rage

La Canaille - Par temps de rage Chaudement recommandé par Rémi, mon ex-collègue du W-Fenec, fan de ces groupes à tendance rap trempant leurs plumes dans l'acide pour en recracher des vers clairvoyants sur une musique sortant un peu du rang (j'ai une pensée précise pour Calavera ou Redbong), le deuxième album de La Canaille débarque enfin sur nos pages. Enfin, car nous avons malheureusement loupé médiatiquement la sortie il y a 2 ans d'Une goutte de miel dans un litre de plomb, opus ayant véritablement lancé cette formation de Montreuil dans le grand bain des artistes à découvrir absolument. La Canaille est de ces groupes qui ont décidé d'assumer leurs influences aux sonorités hétérogènes. D'abord, il y a cette équipe de musiciens, trois plus exactement, avec une série d'invités venus enrichir le panel sonore (trompette, contrebasse, vielle à roue) de ce Par temps de rage. Rare pour un groupe de rap, style où les artistes ont l'habitude de souvent mettre en avant les featurings vocaux pour se faire un peu de pub. Résolument indépendant, La Canaille préfère s'affirmer en peaufinant ses compositions à la base rock sans distorsion (guitare, basse, batterie) et ne pas faire de différence entre le fond et la forme. Musicalement proche de La Rumeur, de par le style de flow à la fois incisif et intimiste de Marc Nammour se rapprochant également de celui de 20Syl d'Hocus Pocus par moment, le groupe mélange aisément les ambiances entre groove d'un côté et délicatesse de l'autre. Les guitares de Mathieu se veulent blues ("J'ai faim"), reggae ("Salle des fêtes") ou fusion ("Trop facile") et éparpillent de véritables petits arpèges délectables sur les rythmiques affinées de Denis Charolles, connu pour être le batteur de la Compagnie des Musiques à Ouïr et l'ancien de Little Bob (mais pas que !). De son côté, Marc décrit avec sa prose subversive les maux de la société, les luttes et les espoirs à travers des thèmes qui lui sont chers tels que l'identité, le chômage, le savoir ou la colère, une griffe à rapprocher de celle de Hamé, Fabe ou Akhenaton. Notons la présence notable sur cette nouvelle galette du rappeur américain Napoleon Maddox, une rencontre faite lors d'une création jazz au festival M Pulse de Montreuil en mai 2010. On l'aura compris, les membres de La Canaille font partie de cette génération où le rap mettait en valeur des textes sincères et censés. Par temps de rage, c'est 12 titres mis en boîte en 6 mois, une urgence qui porte ses fruits et qui on l'espère amènera ces gars là à inspirer une nouvelle "famille" d'artistes.