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Biographie > Crottes de nez

Stéphane Charasse est d'abord batteur et un peu guitariste au sein de Rubin Steiner, ensuite, incapable de garder ses bricolages de sons pour lui, il créé Boogers. Il se fait connaître peu à peu, est sélectionné pour le FAIR 2010 (ce Fonds d'Action et d'Initiative Rock a du nez car il encourageait Arman Méliès en 2006, Montgomery, Stuck in the Sound, Wax Tailor en 2007, Cocoon en 2008, The Elderberries en 2009...) signe chez At(h)ome et sort son premier album As clean as possible le 15 mars 2010.

Interview : Boogers, Boogers en intervi "ou" (avril 2014)

Boogers / Chronique LP > Running in the flame

Boogers - Running in the flame Concerts, clips, remixes, depuis la sortie de More better, Boogers a picoré la vie, a abusé de pizza, de bière et de biscuits apéritifs et résultat... Non pas une prise de poids conséquente mais cet artwork à la fois bien crado et assez réussi... Preuve s'il en fallait qu'avec des déchets, on peut faire quelque chose de bien et pas uniquement du recyclage basique. Le recyclage amélioré, c'est d'ailleurs l'activité principale de Boogers qui s'amuse encore sur Running in the flame à mélanger les sauces pour créer la sienne. Ca part encore plus dans tous les sens et si ce n'est quelques passages qui ne sont pas à mon goût ("Oh my love" ou l'ultime "Don't want me" et sa rythmique électronique que je trouve assez pénible), il faut bien avouer que le batteur a fait des progrès.

En effet, son chant, si perturbant par le passé, passe beaucoup mieux, alors, c'est peut-être l'habitude mais l'ensemble est davantage maîtrisé, plus mélodique et accrocheur, y compris pour un béotien chez qui entendre ce genre de voix pourrait être rédhibitoire. Les effets, les tons, le parlé/chantonné, tout s'imbrique presque naturellement, Stéphane Charasse est tellement à l'aise qu'il s'autorise une sortie en français ! Le guilleret "Dis-moi pourquoi" pourrait même passer sur les radios puisqu'il ne flinguerait pas les génialissimes quotas... Ceci dit, ce n'est pas le titre que je mettrais en avant, non, je préfère largement la grosse disto baveuse de "Showtime", à la fois expéditif (82 secondes) et jouissif car porté par une série de riffs juste parfaitement rock'n'roll. Dans cette lignée mais avec un peu moins de génie et plus de mesures, "Nerves" ou "The big summer" (où les machines s'intègrent plutôt bien) sont de sympathiques pépites, "I'm there" bénéficie d'un refrain entêtant, et avec "Running in the flame", on a une synthèse de ce qu'est le touche à tout Boogers.

J'en viens à me poser cette question : n'y aurait-il pas plus d'idées dans une tête que dans trois, quatre ou cinq ? Ou alors la création musicale ne serait-elle pas muselée par le "groupe" ? Les exemples d'artiste rock "solo" qui osent plein de choses sont bien plus nombreux que les groupes qui explorent de nombreux territoires ensemble. En tout cas, on sent Boogers totalement libre de ses mouvements et comme lui, on en profite.

Boogers / Chronique LP > More better

Boogers - More better Si on en croit le premier titre, "More Boogers", certains ont réclamé haut et fort plus de Boogers, les voilà servis avec en plus du plus : du mieux ! More better commence donc avec des sourires et petits clins d'oeil pour les fans, les choses plus sérieuses sont attaquées avec "I don't think so" où l'on retrouve le Boogers qu'on avait laissé As clean as possible, soit un fourmillement de sons et d'idées, des mélodies faciles et une voix hors des sentiers battus car loin des charmes auxquels la pop nous habitue. Dans le rythme et une certaine nonchalance ("New bad things are much better", "How do you feel now"), je pense parfois à Nada Surf mais ce chant encore fragile, même s'il se découvre plus que sur le premier album, fait que Boogers ne ressemble à personne ! Et ce qui importe avant tout, c'est ce talent qui permet de composer des morceaux efficaces immédiatement comme "I don't care", "Broke my bones" ("bones" est à ne pas confondre avec "balls"...) ou encore "I'm the weirdo", parce qu'on peut critiquer autant qu'on veut le côté "cheap" de certains sons, le chant parfois criard ("We don't want you" mixe même les deux), Boogers arrive à charmer son monde grâce à la maîtrise de l'écriture et de bons dosages, sachant par moment donner une dimension bien plus large à ses titres ("How do you feel now") voire aller jusqu'à flirter avec les codes du post rock ("Easier and easier") pour faire voyager l'auditeur et annihiler toute trace d'ennui ou tout sentiment de redite.
Au final, on a bien envie de revenir à notre point de départ et de réclamer à notre tour "More Boogers" car le loustic n'a certainement pas encore livré toutes ses bonnes idées !

Boogers / Chronique LP > As clean as possible

Boogers - As clean as possible Si Boogers est tout seul, et pourtant il a autant de bonnes idées qu'un groupe et sait manier suffisamment d'instruments pour tout faire lui-même. S'il se balade à la batterie, il est aussi très à l'aise avec les guitares et les claviers, seule la pratique du chant semble plus épineuse, le garçon masquant sa voix sous des tonnes d'effets lesquels limitent les mélodies à des lignes simples. Mais qui dit simplicité et talent dit souvent efficacité ; et à l'écoute du tubesque "I trust you", comment ne pas hocher la tête et reprendre le refrain ?
Boogers est un bricoleur et les instruments "traditionnels" ne lui suffisent pas, il récupère tout un tas de sons et les réutilise dans ses chansons, le paroxysme est atteint avec "I'm sorry", un assemblage de battements de coeur, de cuivres, de tambourins (?), de toussotements et d'autres sonorités improbables qui se mêlent avec génie à quelques riffs de gratte plus ou moins saturés selon l'humeur.
Le ton général est pop rock, avec des accents plutôt brittons, l'ensemble me fait penser à The Married Monk qui marie bien légèreté et absence de prise de tête pour l'auditeur alors qu'ils abattent un gros boulot d'arrangements. Quand Stéphane range son sourire et se fait plus intriguant ("The devil"), c'est déjà la fin de As clean as possible et la mayonnaise tourne vers une ambiance proche de celle que Nic-U aime développer.
Si tu as envie de changer d'air, de siffloter, de te laisser guider par des rythmes, tu vas aimer Boogers, si tu es fan du décorticage des morceaux, de l'analyse des sons, du démontage de pièces montées musicales, tu vas aussi aimer Boogers, si tu n'écoutes que du black métal scandinave et parle avec des grognements, qu'est-ce que tu fous là ?